jeudi 29 juillet 2010

Nelson, Blake : Paranoid Park. (Le Livre de Poche)

Bon, c'était la dernière semaine de l'été et on se trouvait dans le centre-ville quand Jared a suggéré qu'on fasse un tour à Paranoid Park, histoire de voir. Sur le coup, je n'ai rien dit. J'avais entendu parler de Paranoid, bien sûr, mais je n'avais jamais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style : " Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park. " Et c'est là que tout a commencé.

Paranoid Park est l'histoire d'une innocence perdue, celle d'un jeune skater de dix-sept ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. Un cadavre, pas de témoin. Sera-t-il capable d'affronter le monde réel et les conséquences de son acte ? Blake Nelson signe un thriller psychologique brillant autour des désarrois de l'adolescence. Paranoid Park a été adapté au cinéma par Gus Van Sant.

Ce bouquin traînait dans ma PAL depuis un bon moment quand j'ai vu que son adaptation cinématographique allait passer à la télévision. Je savais que si je regardais le film avant de lire le livre, il était à peu près certain que ce dernier resterait encore longtemps tout en bas de ma PAL démesurée. Je me suis donc précipité pour lire en urgence ce petit bouquin. Bien m'en à pris puisque ce livre m'a passionné !
Le récit commence comme un thriller classique avec un mort (accidentel) et une enquête qui touche de près l'auteur de cet accident. Mais très vite, la psychologie prend le pas sur l'action et nous suivons le cheminement du sentiment de culpabilité, la peur de la découverte et du châtiment de ce jeune garçon par ailleurs fort sympathique. On assiste à ses efforts pour essayer de continuer une vie « normale » entre ses copains, ses études et ses parents. Les problèmes normaux de l'adolescence se greffent sur l'omniprésence de son action passé. Séparation de ses parents, découverte de l'amour, évolution de ses amitiés... toute une vie banale polluée par son terrible secret. Mais si la tentation de se dénoncer pour retrouver une tranquillité d'esprit est forte, la découverte de la duplicité de certains adultes va l'empêcher de révéler son acte.
Le récit est passionnant et cette confession tout à fait poignante. Comment réagir quand on commet l'irrémédiable ? Doit-on en assumer les conséquences alors que l'irréparable n'est pas vraiment de son fait ?
Ce livre essaie de répondre à ces questions tout en captivant son lecteur. Attachant, fascinant par certains côtés, PARANOID PARK est un bouquin admirablement écrit et d'une sensibilité rare que l'on dévore en deux soirées.
J'ai regardé le film le lendemain et je dois dire qu'il m'a nettement moins convaincu. Mais c'est normal..


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lundi 26 juillet 2010

Andrevon, Jean-Pierre : Météore de Sibérie (Le). (Rivière Blanche)

En 1906, un corps céleste mystérieux s'abattait sur la Tugunska, en plein coeur de la Sibérie, causant mort et dévastation. Aujourd'hui, l'histoire semble se répèter…

Le journaliste photographe Marc Lucciani et ses confrères américains Oskar Selznick et Frank Matheson décident d'enquêter sur place, mais ils n'ont aucune idée de l'horreur qui les attend au sein de l'énigmatique "camp des étoiles" créé par les autorités russes pour exploiter les abominables secrets du METEORE DE SIBERIE…

Lire un livre de Jean-Pierre Andrevon est presque toujours un grand plaisir et celui-ci ne déroge pas à la règle. Deux ouvrages de l'auteur sont disponibles chez Rivière Blanche et j'avais vraiment beaucoup aimé L'AFFAIRE DU CALMAR DANS LE GRENIER dans la même collection.
En partant d'un fait réel (le fameux météore tombé en Sibérie au début du siècle dernier), Andrevon imagine qu'un nouveau bolide spatial vient s'abattre de nouveau dans la même contrée. Des journalistes décident de se rendre au point d'impact pour enquêter.
Toute cette première partie s'assimile à un roman d'aventures et l'écrivain arrive avec brio à nous réfrigérer tellement ses descriptions du froid polaire sont étonnantes de réalisme. Et puis avec l'intrusion de Marc dans le camp secret russe, les choses sérieuses commencent...
Et là, on retrouve le style inimitable de J-P Andrevon, mélange de science-fiction classique avec des scènes horrifiques tout à fait convaincantes. Ici tout est hostile au photographe français. Le climat bien sûr, qui joue un grand rôle dans ce livre et qui rend le cadre du récit particulièrement crédible mais aussi les services secrets russe, l'armée et bien sûr le savant fou. Car il y a bien un savant fou qui pratique d'ignobles expériences sur des humains dans cette base qui ressemble singulièrement à un cercle des enfers ! Et le roman ne cesse de monter en puissance jusqu'à l'apothéose d'un final apocalyptique. Quelques pages de conclusion permettent à l'auteur de nous faire redescendre « en douceur » avec une fin mélancolique très réussie.
LE MÉTÉORE DE SIBÉRIE est un bon petit bouquin. Classique dans son fond, il bénéficie de la maîtrise de l'écriture d'Andrevon, vieux briscard de la science-fiction française et se lit d'une traite.
Un bon bouquin de détente qui ne vous décevra pas.

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jeudi 22 juillet 2010

Cunningham, Michael : Maison du bout du monde (La). (10/18)

Jonathan et Bobby ont grandi ensemble au rythme des musiques seventies et dans les fumées de marijuana.
Approchant de la trentaine, ils se retrouvent à New York où ils essaient en compagnie de Clare, tout à la fois l'amie, l'amante et la mère, d'inventer la famille des années 80 écartelée entre la fin du rêve hippie, le solde de la révolution sexuelle et les débuts tragiques de l'épidémie du sida.
Au gré de leurs errances, La Maison du bout du monde dépeint les espoirs et les angoisses de toute une génération.

Après Les Heures et Le livre des Jours , ce livre est le troisième de cet écrivain que je lis.
Ce gros bouquin m'a beaucoup plu mais je le trouve quand même un ton au-dessous des deux premiers cités.
Le parcours de ce couple à la « Jules et Jim » est tout à fait bien rendu, les personnages bien cernés et l'émotion qui se dégage de leurs aventure bien réelle. J'ai donc dévoré les 425 pages de LA MAISON DU BOUT DU MONDE presque d'une traite, séduit par l'écriture lumineuse de Michael Cunningham et captivé par le récit du destin de Jonathan, Bobby et Clare. Bref, un tout bon bouquin qui alterne les moments d'optimisme et les passages plus tragiques vécus par les trois personnages principaux du roman. Pas de héros dans ce roman mais des gens simples, angoissés par le monde, torturés par une homosexualité souvent mal assumée et qui finissent par vivre ensemble en se retranchant plus ou moins du monde.
La seule faiblesse du livre est justement dans l'homosexualité omniprésente du livre. Car TOUS les protagonistes sont gay ! Même la cuisinière embauchée dans le restaurant vit en couple avec une femme. Ce n'est certes pas un livre militant mais on reste dubitatif devant le nombre de gays présents dans le récit.
Cette petite remarque mise à part, LA MAISON DU BOUT DU MONDE est un livre passionnant, émouvant, parfois drôle, mais toujours formidablement bien écrit. Chaque chapitre montre le point de vue d'un des personnages. On suit ainsi le parcours de Jonathan, Bobby, Clare et Alice (la mère de Jonathan) traversant leur vie en écoutant beaucoup de musique rock, comme pour assourdir le bruit de fond du reste de la société.
Ce beau livre me conforte dans la très bonne opinion que j'aie de cet écrivain.


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lundi 19 juillet 2010

Barbet, Pierre : Survivants de l'apocalypse. (Fleuve Noir "Anticipation")

La quatrième Guerre mondiale redoutée de tous éclate. Elle ne suit pas le schéma progressif des armes tactiques aux mégatonnes : Américains et Russes, pensant détenir un atout en interceptant les missiles, lancent d'emblée les armes stratégiques...
La France, prise entre deux feux, écope d'une bonne partie des bombes tombées en panne avant d'atteindre l'apogée de leur orbite. Apocalypse fin juin...
Les rescapés, à la Baule, sur la Riviera, dans la banlieue parisienne, tentent de s'organiser pour survivre. Hélas, les retombées s'abattent impitoyablement sur tout l'hémisphère Nord, avec leurs conséquences ; cancers, leucémies et... mutations. Est-ce la fin de l'Homo Sapiens ? Quel sera le sort de l'Europe après la bataille d'Armageddon ?

Un petit « post apo » pour la route ? Ce bouquin est parfait pour un bon petit moment de détente à la condition de ne pas être trop exigeant et de ne pas avoir peur de lire du « déjà vu ».
En effet, le sujet est archi-classique et le traitement de celui-ci par Pierre Barbet sans grandes innovations.
Mais l'écrivain maitrise bien son sujet (on sent une documentation en béton sur les radiations) et l'écriture est assez agréable pour faire oublier les stéréotypes inévitables et un certain manque de renouvellement dans ce thème souvent rabâché dans la science fiction.
N'attendez pas de SURVIVANTS DE L'APOCALYPSE un livre qui vous marquera pour longtemps mais par contre il vous procurera quelques heures de lecture agréable en compagnie de personnages assez attachants pour passer une bonne soirée.
Pierre Barbet a écrit un bouquin sympathique et finalement assez optimiste malgré son scénario « catastrophe ».
Vous pouvez vous le procurer à très petit prix.


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jeudi 15 juillet 2010

Adamek, André-Marcel : L'oiseau des morts. (Bernard Gilson Éditeur)

Un orage violent, un nid foudroyé, et voici que commence l'aventure d'une jeune corneille confrontée en un premier temps aux cruelles nécessités de sa survie d'oiseau, et fascinée ensuite par ses rencontres avec les humains, leurs bienveillances et vilenies. L'un d'eux parvient à l'apprivoiser et tente de lui inculquer la notion d'un langage. Au moyen d'une écriture forte et poétique, Adamek a construit un roman initiatique proche des contes philosophiques voltairiens, tout en tissant une trame narrative qui maintient le lecteur en haleine.
Les romans d'André-Marcel Adamek ont remporté de nombreux prix et ont été largement traduits : Le Fusil à pétales (prix Rossel, 1974), Le Maître des jardins noirs, Le plus grand sous-marin du monde (Prix du Parlement de la Communauté française, 2000), Retour au village d'hiver, La Fête interdite et La Grande Nuit (Prix des Lycéens en 2004).

C'est grâce à mon ami Suisse24 que, à travers ce livre, je viens de découvrir cet écrivain belge.
Je suis tombé sous le charme de cette histoire toute simple mais très touchante. L'écriture d'Adamek est très riche, très belle et le récit assez prenant pour que l'on soit obligé de dévorer ce petit livre en une soirée.
L'OISEAU DES MORTS est un petit bijou bourré d'émotion et de poésie. L'originalité de l'histoire du monde vu par une corneille est étonnante et pour tout dire on se régale à la lecture de ce bouquin.
Ne vous privez pas de ce plaisir ! Pour ma part je vais essayer de me procurer d'autres livres de cet écrivain
Merci de ce beau cadeau mon pote.
:top:


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lundi 12 juillet 2010

Brussolo, Serge : Meute (La) (Vauvenargues)

Marginale, délinquante à la dérive, Sarah a jadis été recueillie par Georges Mareuil-Mondesco, un fils de famille dévoyé et solitaire dont l'unique occupation consiste à scalper et à écorcher vives les femmes sur lesquelles il a jeté son dévolu. En échange du gîte et du couvert, Sarah est devenue tout à la fois son infirmière, sa bonne à tout faire et... sa complice.
Mais Georges n'est-il réellement qu'un banal serial killer parmi tant d'autres ? Rien n'est moins sûr, et Sarah ne va pas tarder à découvrir que des forces obscures grouillent au cœur de l'immense demeure où ils ont tous deux trouvé refuge. Une demeure qui abrite le musée maudit du père de Georges. le terrible Werner Mareuil-Mondesco, le roi du safari-massacre dont les carnages défrayèrent la chronique. Et si les animaux empaillés, accumulés au cours de ses chasses, avaient soudain décidé de se venger ?
Un roman pour lecteurs avertis, à ne pas mettre entre toutes les mains !

Ce roman est sans doute un des meilleurs de Serge Brussolo. On y retrouve ses thèmes et obsessions favoris. Une maison « vivante » et labyrinthique, des personnages inquiétants, une folie omniprésente et des situations improbables que l'on ne trouvent que chez l'auteur.
Comme souvent, l'écrivain réussit le tour de force de faire accepter au lecteur un récit totalement aberrant grâce à des trouvailles et rebondissements incessants qui ne laissent aucun répit.
Ici, c'est une immense maison-musée totalement isolée au sein même d'une ville et bourrées d'animaux empaillés qui semblent exiger des deux locataires un étrange et terrible pacte sanglant. Hallucination, cauchemar ou possession ?
On y trouve les habituels délires de Brussolo qui se communiquent au lecteur grâce à une écriture sombre et fiévreuse et des digressions angoissantes qui arrivent à nous piéger comme dans une toile d'araignée. Il est strictement impossible d'abandonner ce livre avant d'en avoir tourné la dernière page. Le dénouement, ouvert, est tout à fait réussi et LA MEUTE est l'exemple parfait de ce que peut écrire de meilleur Serge Brussolo.
LA MEUTE est un livre « vénéneux » terriblement prenant que l'amateur de romans fantastiques doit absolument lire et même relire. (Pour ma part, c'est en effet une relecture).


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jeudi 8 juillet 2010

Dubois, Jean-Paul : Une vie française. (Éditions de l'Olivier)

Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac.
Et Paul, dans tout ça ? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.
Une vraie série noire - krach boursier, faillite, accident mortel, folie - se chargera d'apporter à cette comédie française un dénouement digne d'une tragédie antique. Jardinier mélancolique, Paul Blick prend discrètement congé, entre son petit-fils bien-aimé et sa fille schizophrène.

Si l'on retrouve ici la plupart des " fondamentaux " de Jean-Paul Dubois - dentistes sadiques, femmes dominatrices, mésalliances et trahisons conjugales, sans parler des indispensables tondeuses à gazon -, on y découvre une construction romanesque dont l'ampleur tranche avec le laconisme de ses autres livres. Cet admirateur de Philip Roth et de John Updike est de retour avec ce roman dont le souffle n'a rien à envier aux grandes sagas familiales, dans une traversée du siècle menée au pas de charge.

voilà un livre tout à fait étonnant. La vie d'un homme de l'enfance à l'âge mur est contée tout en prenant comme repères le contexte historique et politique qui accompagne sa progression Ce qui frappe dans ce gros et beau roman, c'est l'écriture qui s'adapte au fil de l'évolution de Paul. Son adolescence en 1968, ses improbables études, ses aventures amoureuses et son mariage relatées d'une façon assez drôle, puis l'âge adulte, l'aboulie du héros, sa passion pour la photographie alliée à sa solitude, son état de spectateur du monde mais aussi de ses proches... tout cela est raconté dans un style, un langage qui se modifie subtilement et qui, petit à petit, fait basculer le récit vers le drame puis la tragédie.
Cet homme qui avait trouvé une sorte de bonheur paisible en vivant non pas en dehors du temps mais en témoin détaché va voir sa vie d'abord bousculée puis pulvérisée par des événements funestes.
On peut noter en passant les très réjouissants et cruels commentaires sur les hommes politiques dont aucun ne trouvent grâce aux yeux du narrateur.
Ce livre m'a enthousiasmé. C'est à la fois une chronique familiale, une puissante saga et un roman intimiste. Je ne suis pas loin de parler de chef d'œuvre et je resterai longtemps marqué par cette histoire passionnante qui allie émotion, intelligente description de l'évolution de notre monde et intensité romanesque.
Un livre indispensable !



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lundi 5 juillet 2010

Cousin, Philippe : Mange ma mort

Demain, Lumière entrera dans une cabine de photomaton comme on entre en enfer : toutes les photos la montreront nue, saccagée par une ombre menaçante. Menaçante ou amoureuse ? Derrière le mécanisme pervers, c'est l'amour qui guette, un amour aussi vorace que la mort. Cet amour dessiné au fil du rasoir, on le retrouve dans les six autres textes de cet étrange recueil, depuis l'amour ambigu d'un satellite tueur pour son technicien jusqu'au florilège abominable qui donne son titre au livre. Car si manger ou être mangé résume toute notre vie, c'est aussi la façon ultime et absolue d'aimer l'autre. Bon appétit, lecteur !

Quel titre ! Je dois avouer que c'est celui-ci qui m'a attiré avec bien sûr l'illustration de couverture. Ce recueil de nouvelles datant de 1983 est pour moi une découverte et une bonne surprise. Les récits sont tous passionnants et vraiment originaux. De plus l'écriture de Philippe cousin de par son pessimisme et son horreur qui ne verse jamais dans le gore fait un peu penser à celle de Ray Bradbury, la poésie en moins mais l'humour en plus. C'est en effet la caractéristique de chacun des textes de ce livre. On frôle l'horreur sans jamais y verser grâce à une ironie et un cynisme omniprésent. En cela, MANGE MA MORT fait aussi un peu penser à l'esprit caustique et profondément neurasthénique d'un Jacques Sternberg.
Que faire quand la terre rétrécit ? Quand un enfant matérialise ses rêves ? Quand une chose cachée sous la terre vous suit pas à pas ? Sept nouvelles que je qualifierai de succulentes.
Je suis étonné de ne jamais avoir entendu parler de cet écrivain talentueux. Dans la même collection deux autres recueils de nouvelles écrits en collaboration avec Jean-Pierre Andrevon sont disponibles dans la même collection (en occasion). Je viens de mes les procurer.
Je vous conseille ce superbe bouquin. Il donne une bonne idée de ce que peut être la science fiction française quand elle n'essaie pas d'imiter l'anglo-saxonne. Science-fiction est d'ailleurs un mot qui ne colle pas vraiment à ce livre. Fantastique baroque conviendrait sans doute mieux.
Laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas.


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jeudi 1 juillet 2010

Russo, Richard : Un rôle qui me convient. (10/18)

Parce qu'il est allergique, William H. Devereaux Jr. abuse des antihistaminiques, il souffre aussi de la prostate. Mais son problème, si l'on peut dire, est infiniment plus vaste.
En réalité, rien ne va plus dans la vie de ce professeur de lettres d'une cinquantaine d'années. Auteur, dans sa jeunesse, d'un roman qui a connu un semblant de succès, William Devereaux Jr. ne peut se résoudre à accepter son destin d'enseignant dans la médiocre université de Railton, Pennsylvanie.
Ce n'est pas tout : persuadé que sa femme le trompe avec le doyen de l'université, il découvre que l'une de ses filles est sur le point de divorcer et, pire encore, que sa secrétaire va publier un roman chez son propre éditeur.
Et puis, signe indéniable que le temps passe, il vient pour la première fois de se faire battre au tennis par sa fille aînée...
Sur ce qu'il faut bien nommer la crise de la cinquantaine, Richard Russo a écrit un roman à la fois drôle et désabusé, qui n'est pas sans rappeler ceux de John Updike.

J'aime énormément cet écrivain dont j'ai déjà lu deux romans magnifiques : LE DÉCLIN DE L'EMPIRE WHITING et UN HOMME PRESQUE PARFAIT et un recueil de nouvelles un peu moins convaincant : LE PHARE DE MONHEGAN et je dois dire que ce très bon livre me conforte dans mon opinion. De l'humour certes mais au service d'un récit où l'on voit les différents protagonistes qui se débattent, prisonniers d'une existence assez médiocre d'universitaire sans grande envergure. Le narrateur, William, qui est aussi le « héros » du roman, essaye par une dérision de tous les instants, de soigner son mal-être. Son ironie mordante se retournant souvent contre lui.
UN RÔLE QUI ME CONVIENT est tout à fait typique de ce que donne la (bonne) littérature américaine : critique féroce de la société universitaire américaine et de ses enseignants, de l'ennui dans lequel s'engluent la classe moyenne d'une petite ville et des luttes intestines et souvent dérisoires de professeurs désabusés par leur métier.
Les aventures cocasses de William H. Devereaux Jr. nous divertissent grâce à leur drôlerie omniprésente mais n'empêchent pas ce gros livre passionnant et intelligent de poser de véritables problèmes et de montrer que l'enseignement supérieur américaine n'a pas forcément l'excellence que l'on lui prête parfois.
Ce livre est un pur régal !



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lundi 28 juin 2010

Ecken, Claude : L'abbé X. (Fleuve noir "Engrenage")

Quand on n'a que douze ans et qu'on n'a jamais quitté sa mère, on ne sait pas grand chose du monde. Ni des adultes. Ni de leurs turpitudes. Heureusement, le pensionnat est là pour proposer une ouverture sur la vie. Grâce au contact avec les autres membres de la communauté. Pour Bruno Altoisse, ce sera la révélation... brutale !

Il y a quelques semaines j'avais lu le très noir ENFER CLOS du même auteur et ce livre, véritablement terrible, m'avait donné l'envie de connaître d'autres ouvrages de cet écrivain. C'est sur Priceminister que j'ai réussi à me procurer ce petit roman qui date de 1984. Plus d'un quart de siècle après sa sortie, il demeure d'actualité puisqu'il traite de pédophilie dans un établissement scolaire tenu par des religieux pervers...
Moins traumatisant que ENFER CLOS , L'ABBÉ X est quand même un bouquin que l'on peut qualifier de très glauque. L'ouvrage est passionnant mais souffre quand même de quelques défauts. Il est d'abord très linéaire et n'apporte en fait que peu de rebondissements. Le récit est assez prévisible et l'écriture assez conventionnelle voire scolaire. Enfin beaucoup de situations versent dans l'incroyable et l'ensemble paraît quand même assez invraisemblable.
Toutefois ce n'est qu'après avoir terminé ce livre que l'on en arrive à ces réflexions. La lecture est assez passionnante pour que ces imperfections et maladresses passent au second plan.
L'ABBÉ X est un polar assez sinistre et très pessimiste (la fin est un modèle du genre.) Il n'est certes pas un chef d'œuvre mais un livre assez prenant pour faire passer une bonne petite soirée à ceux qui n'ont pas peur de la noirceur du sujet.


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jeudi 24 juin 2010

Pagnol, Marcel : Jofroi (Editions de Fallois)

Le vieux Jofroi veut bien vendre don verger à Fonse, mais n'admet pas que le nouveau propriétaire en arrache les arbres morts...Afin de faire passer Fonse pour un bourreau, il entame une série de tentatives de suicides plus burlesques et imaginatives les une que les autres.

Très librement adapté de JOFROI DE LA MAUSSAN, un conte de Jean Giono, JOFROI (un moyen métrage de 1934) est le premier film personnel de Pagnol.
Tournant en décors naturels à La Treille, le village de son enfance, et donnant le premier rôle à un amateur, son ami le compositeur de musique Vincent scotto, Pagnol invente le néoréalisme au cinéma. Dix ans plus tard, Rossellini saura le reconnaître.

« Je le sais bien qu'il ne veut pas se tuer ! Mais avec toutes ses singeries, il se tuera un jour sans le faire exprès ! Quand il a fait semblant de manger des clous l'autre jour sur la place, il en a tout de même avalé cinq ou six ! »

N'ayant pas lu le conte original de Jean Giono ni vu le film que Pagnol en a tiré, j'ai donc abordé ce petit livre (qui n'est que la transcription des dialogues du moyen-métrage) sans aucun à priori. Franchement, si je n'avais pas lu le texte de quatrième de couverture, j'aurais bien cru que JOFROI était une œuvre originale de Marcel Pagnol. On y retrouve l'humour de GIGALON par exemple. C'est une farce pleine de soleil où à aucun moment on ne prend les situations au sérieux. C'est frais, drôle et sympathique. Jofroi est un petit livre qui se dévore en quelques instants, le sourire aux lèvres et qui donne l'envie de se replonger dans les œuvres complètes de Pagnol.
Pour ma part j'ai vraiment l'intention de chercher le texte original de Giono pour comparer la nouvelle avec ces dialogues de film. Et puis pourquoi pas découvrir ce moyen métrage qui doit être un bon petit moment de récréation. En tout cas, je me suis régalé à la lecture de cette petite merveille, simple et amusante.


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lundi 21 juin 2010

Jeter, K.W. : Âmes dévorées (Les). (J'Ai lu)

Dee a dix ans. Elle est en proie a d'horribles cauchemars récurrents qui échappent a tout contrôle. Kathy est une jeune femme retenue prisonnière. Droguée, torturée et louée pour assouvir les envies sadiques de certains hommes. Elle refuse de s'abandonner a la souffrance mais, parfois change de personnalité et dit s'appeler Renée. Un tout autre être qui jubile de ces outrages.
Dr la vraie Renée, physiquement, est ailleurs, plongée dans un profond coma... Personne ne semble pouvoir aider Dee et Kathy, les libérer de cette chose qui possède. Et dévore progressivement leurs âmes. Personne car... Comment accepter l'inacceptable ?

K.W.Jeter : Né en 1950, disciple de Philip K. Dick, il partage avec un égal bonheur son talent entre science-fiction (il est l'inventeur du courant Steampunk, qui réécrit le futur tel qu'il pouvait être conçu au XIXe siècle) et fantastique, où il excelle dans les ambiances de claustrophobie et de paranoïa.

Le texte de présentation ne donne pas une idée exacte de ce qui attend le lecteur de ce formidable roman. LES ÂMES DÉVORÉES n'est pas à proprement parler un livre à ranger dans la catégorie « Épouvante ».
Certes cette histoire de possession est particulièrement effrayante mais il s'agit ici plus de folie que d'horreur. Le fantastique est bien présent mais plus pour présenter un récit de perte d'identité, de domination et de schizophrénie sous un jour surnaturel plutôt que d'en faire une fin en soi. Alors, oui, cette histoire où l'on assiste à la tentative désespérée de David de soustraire sa petite fille, Deed,à sa belle famille et à la supposée influence de son ex femme dans le coma, est cauchemardesque, oui, l'ambiance étouffante et mortifère fait de ce livre un cauchemar éveillé mais les scènes ne sont pas gore (à part une exception éprouvante) et surtout ce bouquin est sans doute une des plus belles et intelligentes histoires de possession jamais écrites. K.W. Jeter arrive à transformer un univers banal en cauchemar démentiel. Car tout au long du livre, on se demande qui est vraiment fou dans cette aventure. Où donc se situe la limite entre la folie et le réel ? Quelle est la part de l'hallucination et du délire dans ce que vit David ?
Tout l'art de l'écrivain dans ce roman exigeant est bien de faire douter le lecteur pendant plus de trois cent pages jusqu'au dénouement... inattendu.
De cet écrivain j'avais déjà lu DRIVE-IN que j'avais bien aimé mais qui, par rapport à LES ÂMES DÉVORÉES était nettement moins ambitieux.
J'ai encore plusieurs romans de K.W. Jeter dans ma PAL et je m'en réjouis.


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jeudi 17 juin 2010

Perret, Jacques : Biffins de Gonesse (Les)

Ils ne sont pas nombreux ni quelconques, les anciens du 912e R.I., régiment de grande réserve et contre-choc, formé en 14, dissous en 20. À l'occasion des obsèques du commandant Burnier, président de leur amicale, le capitaine Huard et le caporal clairon Désenfans ont découvert un camarade ignoré, l'adjudant Lafleur, tout simplement. À son instigation, les biffins de Gonesse décident d'aller ranimer la flamme du Soldat inconnu. C'est le début d'une série d'aventures où s'exerce toute la verve de l'auteur du célèbre Caporal épinglé.

Ce livre, à cents lieux du fameux et génial LE CAPORAL ÉPINGLÉ du même auteur, est une réjouissante et sympathique pantalonnade qui met en scène d'anciens ou supposés anciens combattants à la façon de Courteline.
Pourtant si le récit s'apparente souvent à une grosse farce, il n'est pas dénué de sentiments et d'émotions. Car si les protagonistes sont manifestement des paumés plus proche de la clochardisation que de la société « respectable », ils ne manquent pas de panache dans leur petit délire de commémoration et de devoir.
On rit beaucoup à la lecture de cette histoire en admirant au passage l'incroyable richesse de l'écriture de Jaques Perret. Ce livre, comme tous ceux de l'auteur, est écrit dans un français parfait voire sourcilleux et débarrassé de tout anglicisme.. (Avec Jacques Perret, une fille se balade en chorte et non pas en short). Le style est parfait, le ton ironique et ce livre est une preuve de plus de la virtuosité de l'écrivain.
LES BIFFINS DE GONESSE est un petit bijou de drôlerie qui laisse pourtant un petit arrière goût amer car avec Perret, ni l'émotion ni la tendresse ne sont jamais très loin.
Alors si ce livre n'a pas l'ambition ni la force du formidable LE CAPORAL ÉPINGLÉ, il reste un très bon exemple de belle écriture (on peut même parler de virtuosité) au service d'une dérision et d'une cocasserie qui sont les caractéristiques de ce magnifique écrivain.


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lundi 14 juin 2010

Khara, David, S. : Vestiges de l'aube (Les). (Rivière blanche.

Manhattan est en proie à une mystérieuse vague de meurtres. Barry Donovan, flic New Yorkais dévoré par le désespoir, mène une difficile enquête. Au détour d’un salon de discussion sur Internet, il fait la connaissance de Werner. Personnage passionnant et hors du temps, il se révèle un ami bien peu commun…

En compagnie du plus humain des vampires, découvrez les secrets enfouis dans LES VESTIGES DE L'AUBE.
br/>. Ce thriller fantastique marque le début des aventures de Werner Von Lowinsky. Des collines de la Virginie au cœur de Manhattan, de la guerre de sécession à nos jours, on se laisse emporter par le flot hypnotique du premier roman de David S. Khara.

Vous savez maintenant combien je suis attaché à la maison d'édition Rivière Blanche qui présente souvent de sacrés bon petits bouquins.
LES VESTIGES DE L'AUBE est le premier roman de David S. Khara et autant le dire tout de suite, pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Allier le polar, le thriller et le fantastique n'est pas forcément évident mais avec ce livre, le mélange des genres se révèle parfaitement réussi.
Cette histoire d'un vampire esseulé à la recherche de son âme qui se lie d'amitié avec un flic New Yorkais dépressif est tout à fait originale. À cette relation déjà troublante, se greffe une enquête policière passionnante et parfois sanglante qui captive littéralement le lecteur. La relation Barry, Werner est assez ambiguë et intriguante et les caractères des deux protagonistes principaux sont bien cernés et parfaitement rendus. Werner, le vampire,n'a rien d'un monstre froid et sanguinaire tout en restant dangereusement imprévisible et la progression de son amitié avec Barry n'est pas sans poser de problèmes moraux à ce dernier.
Et ce récit fantastico-policier qui tient la route, est admirablement servi par une fort belle écriture très rythmée qui nous transporte de l'époque de la guerre de sécession, décrite avec beaucoup de crédibilité, au trépidant Manhattan contemporain.
L'épilogue est d'une habileté diabolique puisqu'à la façon d'un feuilleton du XIX° siècle il laisse entrevoir le début d'une nouvelle aventure...
J'ai adoré LES VESTIGES DE L'AUBE que je vous conseille sans réserve. C'est un livre passionnant, atypique et remarquablement bien écrit.
Bravo et merci Monsieur Khara. Ne tardez pas trop à nous livrer un autre volume aussi captivant que celui-ci.

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jeudi 10 juin 2010

Mengestu, Dinaw : Belles choses que porte le ciel (Les). (Le Livre de Poche)

Le jeune Sépha a quitté l’Éthiopie dans des circonstances dramatiques. Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire…

Avec ce premier roman brillant et sensible, Dinaw Mengestu, jeune écrivain américain d’origine éthiopienne, s’impose d’emblée comme un auteur majeur. L’exil, le déracinement sont au cœur de ce roman qui révèle un extraordinaire talent d’écriture et une maturité singulière.

Le récit commence en légèreté. Sépha et ses deux amis paraissent insouciants et tout en parlant de leur Afrique natale lors de leurs réunions arrosées semblent totalement immergés dans la société américaine. Puis très vite, on sent que le déracinement leur pèse beaucoup plus qu'ils ne l'avouent. L'histoire se centre rapidement sur Sépha et l'on se rend compte de sa résignation et de sa mélancolie. Petit à petit on apprend son histoire, sa fuite d'Éthiopie, son arrivée à Washington où il pense ne rester que quelques mois puis l'achat d'une petite épicerie qu'il laisse d'ailleurs doucement péricliter. En parallèle, on assiste à son amitié avec une femme blanche et sa petite fille. C'est d'ailleurs dans cette relation que l'on constate les limites de l'intégration et le mur invisible qui sépare un immigré noir et pauvre d'une jeune femme blanche et aisée dans ce quartier en pleine mutation où la réhabilitation n'est pas forcément une bonne nouvelle pour ses habitants.
Ce livre est un petit bijou de sensibilité, de mélancolique douceur et d'humanité. Il dessine les portraits de personnes un peu à part dans la société. Ni totalement exclues ni vraiment intégrées elles semblent comme en sursis dans un monde en mutation rapide.
LES BELLES CHOSES QUE PORTE LE CIEL bénéficie en outre d'une superbe écriture et sa lecture est un pur moment de bonheur. Bref, ce roman qui a obtenu le Prix du roman étranger 2007 est hautement recommandable.


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