vendredi 30 juin 2006

Chasseboeuf, Ernestine : Ernestine écrit partout. Volume 1. (Ginko Éditeur)

Ernestine écrit partout... mais pas à n'importe qui, ni sur n'importe quel sujet ! A 89 ans, la plus pétulante des dames de lettres donne son opinion sur les grandes questions de ce siècle naissant : la difficulté de se déplacer en Minicomtesse, les " fromage killer " au lait cru, la nostalgie des chefs-d'œuvre du temps passé (Les Deux orphelines), le bruit des hélicoptères qui l'oblige à garder le lit afin de couver ses œufs.
Ce recueil de lettres, la fois hilarantes et pertinentes, est agrémenté de poèmes aussi ruraux que rustiques.

Ernestine Chasseboeuf
49320 Coutures

À Monsieur le patron de la fromagerie des Halles à Angers.
Monsieur,
Si je me permets de vous déranger dans votre commerce, vous comprendrez bien que c’est pour une affaire grave. C’est rapport à mes voisins qui m’ont offert un fromage de chez vous. Il sent tellement fort que ça fait longtemps que j’en ai pas senti du comme ça. Le Chaussé aux moinesà côté c’est de la rigolade, comme tous ceux qu’on peut acheter à Hyper U ou au relais des Mousquetaires, quand ça pue c’est que la date est dépassée, autrement rien. Ce que je voudrais être sûre, c’est qu’il a pas la mystériose comme on a vu à la télé. C’est vrai que mes voisins, c’est des bons voisins avec moi, mais comme ils ont ma maison en viager, c’est quand même plus prudent de se renseigner sur le fromage avant, après se serait trop tard, surtout pour une vieille personne comme moi. Vous allez le reconnaître facilement, c’est un fromage bien coulant, jaune doré, un peu moins lourd qu’une demi-livre de beurre, mais rond. J’ai peur que si vous tardez à me répondre qu’il soit tout coulé vu que je le mets pas au frigo en cas qu’il donne l’odeur à tout.
J’ai un livre de Bellemare sur les crimes parfaits, y a rien sur le fromage-killer mais si ça se mettait à exister je voudrais pas être la première victime, surtout que ça ferait pas de la réclame à la commune et à vous non plus. J’attends votre réponse, j’espère que ça sera négatif, parce qu’il a l’air bon, le fromage, merci d’avance.
Ernestine.
P.S : J’envoie un double de la lettre au notaire qu’a fait le viager, comme je fais toujours quand y a un doute. Si des fois c’est un crime, ça leur profitera pas.

Un livre très amusant à déguster sans modération. Certaines lettres sont vraiment drôles notamment celles adressées à Noël Mamère ou à la direction de France inter.
C'est un petit bouquin qui procure un vrai bon moment de détente.
Il y a deux autres tomes parus et j’espère les trouver à la bibliothèque.



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mercredi 28 juin 2006

Fante, Dan : La tête hors de l'eau. (10/18)

Autour de Los Angeles, une Chrysler abîmée sillonne les routes brûlantes. Au volant, on retrouve le fameux Bruno Dante - alter ego de Dan Fante. Apparemment, il va mieux : il fait partie des Alcooliques Anonymes, et même s'il vient de se faire virer de son boulot de vendeur d'aspirateurs, il compte réussir dans le télémarketing... Mais ne nous y trompons pas, Bruno ne compte pas signer son mea culpa. La Tête hors de l'eau est bien le roman d'un appel permanent à la fureur de vivre. Un appel qui, pour Bruno, prend simultanément la forme d'une sublime Irano-Mexicaine aux yeux de " purs saphirs " et d'une écriture de textes qu'il faut achever...

" Pour sortir de l'enfer, il reste l'humour et l'écriture : ça tombe bien, Dan Fante a une forte propension au premier et un réel talent pour la seconde. Marchant la tête haute dans les pas de Bukowski et de Hubert Selby Jr, son idole révérée, il fait de son odyssée sur le fil [...] un petit chef-d'œuvre d'émotion. " (Bernard Quiriny, Chronicart)

Nous avions laissé Bruno Dante, héros (?) de EN CRACHANT DU HAUT DES BUILDINGS assez mal en point à New York. Dans ce livre, on le retrouve, de retour à Los Angeles toujours aussi instable et en proie à ses graves problèmes d’alcoolisme. Naviguant de petits boulots en galères, se faisant virer de partout et balançant entre de gigantesques cuites et essais infructueux pour arrêter la picole.
Mais, est-ce le fait d’être de nouveau dans son état natal, la Californie ? Bruno à l’air de vouloir vraiment remonter la pente. Il cherche sérieusement, mais souvent en vain, à brider son caractère impulsif, à se fixer dans une vie plus stable professionnellement et surtout à sortir de sa dépendance alcoolique.
Dans ce bouquin, Dan Fante raconte avec brio le parcours de son alter ego, sa vie en permanence à la limite de la rupture, ses tentatives pour sortir de la galère. L’amour qui lui tombe dessus n’est pas forcément une chance supplémentaire de s’en sortir…
La fin peut être considéré comme optimiste malgré les nombreuses désillusions précédemment endurées. Un livre percutant, moins « noir » que le précédent mais toujours aussi captivant.
Si Dan Fante n’a peut-être pas l’immense talent de son père John, il sait néanmoins écrire des livres envoûtants, des livres forts, âpres semblables à de grands verres de whisky que l’on boit à grandes lampées. Sans modération.


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lundi 26 juin 2006

Territoire des morts (Le).

Dans un avenir pas si lointain. Si la civilisation a régressé au-delà de l’âge des ténèbres, abandonnant aux morts-vivants ses reliques et vestiges, une poignée de survivants vivent encore dans le souvenir de l’ancien monde. Barricadés derrière les fortifications imprenables d’une ville bunker, Fidders Green dont Kaufman autoproclamé chef, ce sont les nantis du nouvel ordre mondial, des opportunistes sans scrupules qui, depuis les tours de leur bastion, jettent un regard méprisant l’anarchie et l’horreur qui règnent plus bas, dans les rues livrés aux morts. Des zombies qui, fédéré par l’imposant Big Daddy, s’organisent et marchent sur le bastion des vivants de plus en plus vulnérables. Pour assurer leur protection et sienne, Kaufmann engage un commando de mercenaires dirigés par Riley…

Je précise que j’ai recopié Á la lettre ce texte de présentation situé au dos de la jaquette du DVD.

Voici donc après LA NUIT DES MORTS VIVANTS, ZOMBIE et LE JOUR DES MORTS VIVANTS, le quatrième et dernier film de Georges A. Romero consacré aux morts vivants.
Mon opinion est très mitigée sur ce film tellement il y a du bon et du nettement moins excitant Les points forts d’abord.
- Une photographie superbe. Certaines scènes sont vraiment esthétiques, notamment celle où les zombies sortent du fleuve. Les maquillages sont très réussis et les morts vivants sont crédibles.
- Les effets spéciaux sont parfaits et le film est assez « gore ».
- Le message politique. Comme les précédents, ce film véhicule un message politique fort (même si outrancier et trop simpliste.) Le building symbolisant l’inaccessibilité des riches, les soldats et habitants représentants le sous prolétariat et les morts vivants, les exclus : SDF, Rmistes (ou tout au moins leurs équivalents US)
- L’action : le film ne subit aucun temps mort et on ne s’ennuie pas une seconde.
Maintenant il faut bien avouer que :
- Les acteurs ne sont pas très bons (à part le chef des zombies) et interprètent des personnages sans reliefs. Les dialogues sont souvent assez creux.
- Le scénario n’est guère fouillé et la progression du film est prévisible.
- Il n’y a pas d’idées nouvelles par rapport aux précédents opus de la série.
Alors pour les amateurs, c’est un bon petit film d’épouvante, sans surprise qui se laisse voir sans ennui mais par ailleurs, il s’agit sans doute du plus faible de la saga.


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samedi 24 juin 2006

Brussolo, Serge : Rire du lance-flammes (Le) (Éditions Vauvenargues)

Pyrania, un monde où le feu est si puissant que ni l'eau ni la neige carbonique n'en peuvent venir à bout. Pyrania, un univers de cauchemar peuplé de pompiers inutiles, de ramasseurs d'étincelles et de mutants intoxiqués par la fumée des incendies. Pyrania, un monde où il faut apprendre à survivre sous la caresse des lance-flammes ! (L'éditeur)

Et hop, encore un Brussolo !
Que dire de celui-ci ? Hé bien comme d’habitude. Des idées à foison, une écriture fluide et agréable et une fin bâclée. C’est tout ? Non, pas tout a fait. Serge Brussolo reprend (sans la développer bien sûr) l’idée issue du roman L’AMBULANCE des immeubles mobiles (avec moteur à la cave et poste de pilotage au grenier) ce qui donne des villes à l’aspect changeant.
Autre idée qui promettait, la suie dégagée par les incendies perpétuels se révèle indélébile ce qui « tatoue » les individus se risquant dans la rue sans un scaphandre de protection spécial. Certains recherchant cette marque et découpant leurs vêtements afin qu’ils servent de pochoirs pour leur propre corps.
Dans ce livre, comme souvent l’héroïne et d’ailleurs tous les protagonistes de l’histoire n’ont guère d’importance. C’est l’ambiance générale du livre qui compte et qui enchante le lecteur amateur de fantastique. Un superbe décor hélas mal peuplé.
Serge Brussolo sait comme personne donner une atmosphère lourde et étrange à ces bouquins. Il est vraiment dommage qu’il gaspille et galvaude son talent en bâclant littéralement ses fins.
Un livre assez moyen que j’ai lu sans déplaisir mais sans grande passion non plus.
Mon exemplaire est une réédition. Voici la couverture originale du FLEUVE NOIR de 1985


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jeudi 22 juin 2006

Ishiguro, Kasuo : Auprès de moi toujours. (Editions des Deux Terres)

Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes. (L’éditeur)

Le titre, assez curieux pourrait faire penser à un livre de la collection Harlequin. Ce n’est évidemment pas le cas, Kasuo Ishiguro étant sans doute L’écrivain britannique contemporain le plus exigeant et littéraire du moment. Un classique avant l’heure. Je ne vais pas m’appesantir sur l’histoire proprement dite pour ne pas déflorer le sujet. Je dis « Sujet » et non pas « intrigue » Il y a certes un mystère dans ce livre mais ce qui compte vraiment c’est plus le malaise profond qui se dégage du récit de la narratrice, Katy. Le ton du témoignage de celle-ci est léger, presque frivole et on peut avoir l’impression au début que cette école est tout à fait normale et que les petites chroniques et idylles adolescentes relatées par Katy sont identiques à ce que l’on peut trouver dans n’importe quel autre pensionnat du pays. Oui mais…
Kasuo Ishiguro est un écrivain diabolique. Il joue avec ses lecteurs. Au moment où l’on croit entrevoir quelques bribes de la vérité, il passe à un autre sujet et nous laisse avec notre frustration.
Quand enfin vers le tiers du bouquin la terrible vérité est dévoilée, le ton du livre ne change pas et notre curiosité n’est toujours pas satisfaite. Elle ne le sera d’ailleurs jamais. Kath ne se dépare pas de ce ton futile et l’ambiance reste toujours lourde de menaces.
Encore une fois, l’auteur se révèle être un prodigieux conteur. Un orfèvre de l’écriture. La façon dont il amène l’histoire, le sentiment qu’il nous cache un terrible secret derrière l’apparente banalité du récit est un véritable tour de force. Ce roman exige une attention de tous les instants. Il aborde un sujet d’actualité (le clonage) sous un angle philosophique évident. (La liberté est-elle compatible avec la connaissance de son destin ?) Un livre étonnant, d’une profondeur habituelle chez l’auteur de « LES VESTIGES DU JOUR » mais aussi un livre extrêmement pessimiste sur la place de l’humain dans notre société.
Une excellente lecture.


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mardi 20 juin 2006

L'homme à la caméra.

L’homme à la caméra réalisé par Dziga Vertov met en scène, à l’aide d’un montage moderne et audacieux, une ville et ses habitants. Une vision sur le vif de la vie dans une œuvre poétique et quasi surréaliste.
Le montage est ici considéré comme acteur du film. A ce titre, L’HOMME à LA CAMÉRA est une œuvre très novatrice dans sa conception et dans sa forme. Par ce procédé, le réalisateur invente le Kino-glaz (« ciné-œil ») à propos duquel il dira : « Je suis l’œil mécanique. Moi machine, je vous montre le monde tel que moi seul je peux le voir. »
Ce procédé va servir d’inspiration pour bon nombre de cinéastes des générations futures.

J’avais bien sûr déjà entendu parler de L'HOMME À LA CAMÉRA. Mais c’est la première fois que je le vois. Quelle découverte ! Il y avait bien longtemps que je n’avais pas été aussi enthousiaste pour une œuvre cinématographique.
Ce film muet date de 1929. Et pourtant il est d’un modernisme absolu.
Ce n’est pas à priori un documentaire mais il n’en est reste pas moins un témoignage exceptionnel de la vie à Odessa à cette époque.
Mais ce film assez fabuleux dans sa forme est bien plus que cela. C’est l’essai (réussi) d’un langage universel. Un "muet" qui ne demande aucun « carton » de présentation ou d’explication.
L'histoire relate une journée « normale » dans la ville d’Odessa et dès le début on est emporté par le tourbillon des images. Un immeuble est filmé d’une manière si inhabituelle qu’il faut quelques secondes pour le reconnaître en tant que tel. La caméra saute d’une machine à écrire à un moteur de voiture. Elle filme un train qui ressemble à un bateau îvre, une foule puis une rue quasi déserte, une femme lavant des carreaux et une autre s’essuyant le visage, un ouvrier extrayant le charbon d’une mine puis une cheminée d’usine rejetant de la fumée noire…
L'oeuvre montre les différentes périodes de la vie de la naissance à la mort en passant par le mariage. Toutes les facettes d’une journée sont représentées. Le travail, les loisirs, le sport… Tout s’enchaîne dans un rythme époustouflant. On est captivé, happé par ce tourbillonnement d’existences entremêlées.
Mais la véritable héroïne de ce film est la caméra. Elle est omniprésente et souvent montrée en train de filmer. On y voit son œil mais aussi, très symboliquement, un œil sur son objectif. D’ailleurs une séquence la montre seule, se déplaçant et filmant sans l’aide de quiconque. En effet, ici les trucages sont omniprésents et les ralentis, accélérés, dédoublements d’images, surimpressions et arrêts sur image se succèdent sans jamais, il faut le dire, nuire à la compréhension ou au rythme de l'ensemble. Le montage, extraordinaire, est le moteur même de L'HOMME Á LA CAMÉRA. On voit par exemple le film en train de se tourner et une opératrice le suspendre pour en extraire telle ou telle scène. Le parallèle fait entre l’incroyable rapidité d’une machine à filer et le film en train de passer dans la machine de la monteuse, la fusion totale entre les bribes d’histoires et la pellicule qui les contient est presque hallucinatoire. On peut croire que la caméra ÉLABORE le film. Qu’elle en est le démiurge.
Cette oeuvre est plus qu’une réussite ou une perle du cinéma muet. Non seulement c’est un véritable chef d’œuvre mais aussi un aboutissement. Je ne crois pas que l’on puisse faire mieux dans le genre. Je sais aussi maintenant de qui s’est inspiré Godefray Reggio pour son fantastique KOYAANISQATSI, autre monument cinématographique.
En bonus, le DVD nous offre LA PIPE DU COMMUNARD, moyen métrage de Constantin Mardjanov, une histoire édifiante de l’héroïsme d’un enfant, assassiné par les versaillais en 1871. Une histoire très belle mais de facture assez classique qui permet néanmoins d’admirer une scène fabuleuse de construction de barricade. La restauration de ces deux films est parfaite. Vous pouvez, et ceci pour 7€, vous offrir cette merveille indispensable sur
BACH FILMS.
ou alors mais nettement plus cher...


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dimanche 18 juin 2006

Nothomb, Amélie : Acide sulfurique. (Albin Michel)

Bon, j’avais juré que je ne lirais pas le dernier Nothomb et en fin de compte en voyant à la médiathèque l’épaisseur du bouquin, je me suis dit que l’affaire serait torché en une soirée.
Ce fut le cas.
Le cadre tout d’abord.
L’action ( ?) se déroule dans un camp de concentration emménagé pour les besoins d’une émission de télé-réalité. Des gens sont raflés, au hasard, pour meubler ce camp et des volontaires sont embauchés pour servir de gardiens. Amélie Nothomb les nomme des « Kapos » ignorant sans doute que dans les « vrais » camps, cette appellation était réservée aux prisonniers collaborateurs.
Le récit paresse d’une façon très linaire et raconte l’histoire d’une prisonnière : Pannonique et de ses rapports avec une « kapo » : Zdena. Pannonique étant un modèle de courage et de bonté et Zdena, comme il se doit, une ordure éblouie par la beauté et le charisme de sa captive.
Que dire d’autre ?
On peut croiser le matricule EPJ 327 amoureux de Pannonique (elle-même portant le doux numéro de CKZ 114) mais on n’en saura guère plus, les caractères des personnages n’étant qu’à peine esquissés.
L’idée de départ aurait pu donner une bonne petite contre-utopie mais Amélie Nothomb réussit l’exploit de nous ennuyer sur pourtant moins de deux cent pages imprimées en gros caractères.
Quelques petites leçons de morale (c’est pas bien de regarder des trucs comme ça à la télévision) arrivent involontairement à nous distraire.
Il faut y ajouter une bonne dose de truismes et de tautologies et pour finir en beauté, un dénouement qui dépasse le grotesque.
Voila, l’épreuve étant terminé, je peux attendre de pied ferme la prochaine livraison annuelle de la mère Nothomb… mais je passerai peut-être mon tour. En attendant je vais lire un livre tiens. Histoire de changer.


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vendredi 16 juin 2006

Brighelli, Jean-Paul : La fabrique du crétin. (Jean-Claude Gawsewitch Éditeur)

Nos enfants ne savent plus lire, ni compter, ni penser. Le constat est terrible, et ses causes moins obscures qu'on ne veut bien le dire. Un enchaînement de bonnes intentions mal maîtrisées et de calculs intéressés a délité en une trentaine d'années ce qui fut l'un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. Faut-il incriminer les politiques, les profs, les parents, les syndicats, les programmes ? En tout cas, la Nouvelle Pédagogie a fait ses « preuves » : l'école a cessé d'être le moteur d'un ascenseur social défaillant. Ceux qui sont nés dans la rue, désormais, y restent. Dès lors, que faire ?
Jean-Paul Brighelli analyse avec une lucidité féroce, sans nostalgie exagérée, cette école de la réussite devenue si souvent école de l'échec programmé et donne des solutions pour une école de demain. Normalien, agrégé de Lettres, il a, du collège à l'université, parcouru l'essentiel du paysage éducatif. Longtemps impliqué dans l'édition scolaire et para-scolaire, il en démonte au passage les mécanismes et les intérêts convergents. (L’éditeur)

Le constat dressé par Jean-Paul Brighelli est assez effrayant. L’école républicaine ne remplie plus sa mission et « balade » les élèves pendant des années sans leur apprendre ni les bases nécessaires à des études supérieures ni même celles, indispensables, qui devraient permettre d’ordonner et de penser leurs vies par eux-mêmes et donc de gérer leur liberté. L’auteur s’insurge contre l’idée d’une école »pré- professionnelle » qui enferme l’élève dans des bornes toujours plus étroites, qui le calibre pour un métier « à la mode » qui ne le sera plus lorsque la formation sera terminée. Il affirme tout au long du livre que seule une solide formation mettant l’accent sur les connaissances générales peut structurer un esprit libre et polyvalent.
Les programmes scolaires sont constamment revus à la baisse au niveau culture générale et privilégient surtout les activités d’éveil, et autres matières para-scolaire Le niveau baisse, les manuels scolaires se diversifient mais perdent en passant un nombre imposant de pages et, d’après l’auteur, aux élèves d’aujourd’hui on apprend 15% de ce que l’on enseignait il y a 30 ans !
De plus cette situation génère un véritable « apartheid » et il est clair que l’écart se creuse entre les lycées et grandes écoles très cotés et le tout venant des ZEP et universités « cul de sac ». L’ascenseur social est en panne, la masse s’abétifie alors que les enfants de « l’élite » eux bénéficient d’études d’un bon niveau.
Le livre souffre de nombreuses redondances et l’auteur se montre souvent excessif dans son propos mais le livre dénonce une situation plus que préoccupante. C’est l’avenir qui est en question ici. Un avenir qui peut se montrer assez terrifiant de par l’avènement d’un désert culturel. Une culture en train de disparaître au profit de savoirs parcellaires. La fin programmé de l’échelle sociale et l’arrivée d’une « dictature douce » qui comme dans une certaine Rome antique procurerait au plus grand nombre du pain et des jeux au détriment de la liberté. Un livre outrancier peut-être, mais utile et même salutaire.
Si seulement les futures réformes de l’enseignement pouvaient en tenir compte…



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mercredi 14 juin 2006

Saumont, Annie : Un soir à la maison. (Julliard)

Une bouchère qui finit au carmel, un écolier qui, pour sa rédaction, n'ose raconter ce qu'est " un soir, à la maison ", Un auteur qui signe dans une librairie avec le secret espoir d'apercevoir enfin ce mystérieux lecteur qui lui écrit depuis tant d'années...
Annie Saumont porte sur ces personnages - et quelques autres - ce regard plein de tendresse et d'humour grinçant qu'on lui aime tant.
Annie Saumont trace à la chaux rire. Nouvelliste pur-sang, experte dans l'art de la fougue et l'autopsie des vies banales sans gouvernail. Les éclopés de l'âme, les handicapés du centre-vie, voilà sa matière première. En cinq sec, elle débusque le malaise individuel comme la scoumoune collective.
Annie Saumont a reçu le pris de la nouvelle de l'Académie française 2003 pour l'ensemble de son œuvre. (L’éditeur)

Les nouvelles d’Annie Saumont sont toujours de très bonne qualité même si, et c’est bien normal, leur intérêt varie en fonction du lecteur. Pour ma part j’ai toujours apprécié le style clair et concis de l’auteur. Parfois j’aurais aimé un peu plus de développement de certaines idées mais c’est un peu la marque de fabrique d’Annie Saumont que d’écrire des nouvelles très brèves. La lecture en est très aisée, presque trop mais l’ensemble ne manque pas d’une certaine profondeur. Un recueil sympathique qui fait passer un bon (mais court) moment.


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lundi 12 juin 2006

Calmels, Robert : Pétales d'Or (Éditions Osmondes)

JE VOULAIS.

Je voulais voir les îles lointaines
Aux plages sans saisons
Bordées de cocotiers pour certaines
La mer pour horizon.

Au lieu j’ai vu les côtes bretonnes
Aux rochers emboués
Leurs plages polluées par des tonnes
De mazout échoué.

Je voulais voir des futaies de chênes
Aux vertes frondaisons
Où sur les branches des oiseaux viennent
Gazouiller leurs chansons.

Au lieu j’ai vu des forêts brisées
Par des vents déchaînés
Par les flammes plusieurs embrasées
Leurs arbres calcinés.

Je voulais voir de beaux paysages
Sous un brillant soleil
De magnifiques contrées sauvages
Le matin au réveil.

Au lieu j’ai vu des régions noyées
Des hameaux inondés
Par l’eau, des rivières dévoyées
Qui avaient débordé.

ATTENTE.

Sur terre il faut toujours attendre.
Le temps qui passe est notre sort
C’est la chose qu’il faut comprendre
Depuis la naissance à la mort.

Les attentes chez le dentiste
Le coiffeur ou le médecin
Depuis belle lurette existent
Nul n’en verra jamais la fin.

Parfois attendre est nécessaire
Surtout lorsqu’on est amoureux
Car toujours l’amour est précaire
Et il peut vous rendre malheureux.

Très rapidement la vie passe
Avec ses joies et ses malheurs
Jusqu’à l’instant où la mort lasse
D’attendre arrive avec douceur.

Bon, les poésies sont bien faites mais un peu « lisses » à mon goût. Tout le livre est du même genre. Bien écrit certes mais à mon avis guère enthousiasmant. C'est trop académique et même l'humour est absent. Je dirais que c'est un très bon "devoir".Je n’ai pas une seule fois « vibré » à la lecture des poésies qui le composent.
Introuvable sur Amazon, il est disponible sur le site de la
FNAC.

samedi 10 juin 2006

Hall, Sarah : Le Michel-Ange électrique. (Christian bourgois Éditeur)

Cyril Parks, quatorze ans, habite Morecambe, petite ville balnéaire du nord de l'Angleterre, plongée au cœur de la Première Guerre mondiale.
Il partage son temps entre ses amis, toujours prêts à faire les quatre cents coups sur la plage, et son travail : il aide sa mère, propriétaire de l'Hôtel de la Baie - et faiseuse d'anges à ses heures -, à accueillir clients et vacanciers, tous ouvriers ou mineurs phtisiques. Son don pour le dessin lui ouvre les portes de l'atelier d'un étrange tatoueur, ivrogne, bagarreur, violent.
Cyril tente alors, comme des milliers d'émigrés, sa chance en Amérique. Devenu tatoueur à Coney Island, dans cette fête foraine permanente peuplée de phénomènes de foire et de fous, il tombe amoureux de Grace - une jeune artiste de cirque qui lui demande d'encrer sur son corps un seul et même motif : un œil...
Entre excès et désespoir, grâce et désarroi, Le Michel-Ange électrique est un roman baroque à l'écriture flamboyante et débridée, aux personnages hors du commun.

Sarah Hall est née en 1974 en Angleterre. Son premier roman, Haweswater, paru en 2002, a obtenu le Commonwealth Writers First Novel Prize en 2003 ; Le Michel-Ange électrique a été sélectionné pour le prix Orange de la meilleure œuvre de fiction.

Il y avait vraiment longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi étonnamment dense comportant de longues phrases riches en mots inhabituels. L’histoire, aussi improbable et bizarre soit-elle, est littéralement ensorcelante. Le récit, très noir déborde de personnages excentriques et anormaux. Ils font, pour la plupart, penser aux personnages du fameux film « Freaks », difformes intérieurement et/ou extérieurement.
Ce livre écrit dans un style éblouissant regorge de digressions, d’ellipses, de métaphores et de fausses pistes. La richesse des descriptions psychologiques, l’immense documentation dont bénéficient tous les sujets abordés et l’abondance des mots rares en font un roman complexe et exigeant mais enthousiasmant.
On a du mal à imaginer que l’auteur n’a que trente ans et que ce livre n’est que son deuxième roman tellement il paraît mature. L’écriture fait penser à un classique.
C'est comme une sorte de contraire de Philippe Delerm, et c’est vraiment bon…



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jeudi 8 juin 2006

Lefort, Gérard : Vomi soit qui malle y pense. (Le Poulpe) (Librio / Noir)

Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, est assurément très perspicace : la lecture d’une notule relatant l’assassinat d’un certain Miche Gourlaouen, dans les pages « faits divers » de Ouest France, éveille immédiatement sa curiosité. Quoi de plus farfelu que d’être tué au lieu-dit de Kermaria au volant de sa voiturette électrique par un tir d’arme lourde non identifiée ?
Voila donc notre Poulpe en route pour la Bretagne bretonnante du Sud Finistère, direction la petite bourgade de Pont-Croix. Il tombe nez à nez avec Pierrette Le Louarn, sexagénaire aux rites étranges, qui semble intriguée par ses investigations, tandis que les Gourlaouen ne lui réservent pas un bon accueil. Il faut dire que les habitants de cette contrée sont un peu encombrés par la présence du Poulpe et agacés par sa ténacité à vouloir percer le mystère, qui étonnamment ne dérange personne…

Encore un petit « Poulpe ». Celui-ci est plutôt réussi et est bien dans la veine de ses prédécesseurs avec des rebondissements incessants et beaucoup de drôlerie. Ce petit polar ne prétend pas à la crédibilité d’un « Simenon » mais par son humour omniprésent, ses multiples calembours et son récit sans temps mort, se révèle très agréable à lire. Quelques outrances dans les descriptions des caractères des protagonistes et une rapidité d’écriture qui se fait parfois sentir dans les dialogues n’empêchent pas d’apprécier ce petit bouquin bien sympathique.
Un livre qui ne me laissera sans doute pas un souvenir extraordinaire mais son but n’est sans doute que de faire passer une bonne soirée au lecteur. Mission accomplie.



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mardi 6 juin 2006

Carroll, Jonathan : Os de lune. (Pocket)

Entre rêve et réalité, une jeune femme est partagée entre deux mondes, entre deux vies. Dans la première, elle est la mère d’une adorable petite fille, dans le New York de la fin des années 80 ; dans la seconde, elle parcourt avec un garçon qu’elle n’a jamais eu l’étrange monde de Rondua, où les animaux parlent, et où le danger rôde…

Ce bouquin est paru dans la collection « Terreur » de Pocket. C’est manifestement une erreur. Si certains passages peuvent parfois être assez effrayants, le livre dans son ensemble s’apparente plutôt à un conte pour adultes. Attention, l’auteur ne sombre jamais dans la mièvrerie et l’histoire allie avec bonheur une description de l’existence « réelle » avec le surnaturel, ou plutôt l’onirisme tellement le rêve est présent dans l’ouvrage, avec un monde chimérique appelé Rondua ou les habitants sont plus qu’étranges. Par certains côtés, on pense à « Alice au pays des merveilles ». Des animaux parlants, des comportements étranges, des situations ou la magie a une part importante. Quand les deux mondes s’interpénètrent, le merveilleux vire au cauchemar…
Comment décrire le plaisir que m’a donné ce livre ? Un style stupéfiant, l’histoire passionnante d’une quête dans un monde, irréel certes, mais tellement bien décrit qu’il en devient crédible. Un conte drôle, parfois cruel mais toujours magique. Os de lune est un livre rare. Un de ceux dont on garde longtemps le souvenir. Jonathan Carroll est un auteur inclassable qui possède un don d’écriture exceptionnel. Dans ce livre il a su mêler le bizarre avec l’inquiétant. La réussite est totale.



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dimanche 4 juin 2006

Regal d'asticots.

Herman Unger est un ermite qui possède le don de communiquer avec les vers de terre. Mais lorsque la mairie décide de l’expulser de chez lui, Herman choisit une méthode peu conventionnelle pour se défendre. Utilisés comme une « arme » stratégique, les vers de terre produisent alors des mutations inattendues chez les êtres humains…

Alors là ATTENTION ! Ce film est vraiment réservé à ceux qui peuvent comprendre et même apprécier le mauvais goût. Le scénario est débile et tient sur un timbre poste. Les acteurs jouent mal. Les images sont de mauvaises qualités et le montage est tellement catastrophique que certaines scènes sont manifestement dans le désordre. Les truquages sont à pleurer (de rire) et seule la vision des « repas d’asticots » est assez dégueulasse pour attirer l’attention. Que dire d’autre ? Que la durée du film (j’allais écrire l’œuvre !) est de 85 minutes et que c’est vraiment l’ultra maximum que l’on puisse supporter. Et pourtant, l’ensemble ne manque pas de charme. Dans le genre « film nul », REGAL D’ASTICOTS peut se comparer au cultilissime PLAN 9 FROM OUTER SPACE, le célèbre nanar de Ed Wood.
REGAL D’ASTICOTS est à regarder à plusieurs. Avec un tas de bonnes bières, il vous fera passer une bonne soirée de rigolade partagée. A prendre au cinquante sixième degré.
J’ai trouvé ce DVD sur le site
BACH FILMS

vendredi 2 juin 2006

Grimwood, Ken : Replay. (Points Seuil)

En ce 18 octobre 1988, Jeff Winston se trouve dans son bureau new-yorkais, et écoute sa femme lui répéter au téléphone : "Il nous faut, il nous faut..." Il leur faudrait, bien sûr, un enfant, une maison plus confortable. Mais surtout parler. A coeur ouvert.
Sur ce, Jeff meurt d'une crise cardiaque. Il se réveille en 1963, à l'âge de dix-huit ans, dans son ancienne chambre d'université. Va-t-il connaître le même avenir ? Non, car ses souvenirs sont intacts. Il sait qui va gagner le prochain Derby, et ce qu'il en sera d'IBM et d'Apple... De quoi devenir l'homme le plus puissant du monde, jusqu'à... sa deuxième mort, et qu'une troisième, puis une quatrième vie commencent... (L’éditeur)

J’avais loupé ce bouquin à sa sortie (1988) et je l’ai acheté, un peu par hasard, il y a plusieurs mois maintenant.
J’ai donc failli passer à côté d’un très bon livre.
L’histoire est assez classique (dans le fantastique et la SF) mais l’auteur renouvelle bien le genre. Une fois le postulat de base établit, il ne revient pratiquement plus sur ce qu’il considère comme une évidence. Au cours de ses multiples existences Jeff essaie plusieurs façons de vivre. Faire fortune, essai de vie ascétique, vie de débauche ou tentatives pour changer le monde… Ce qui est intéressant dans le livre c’est ce que bâti le héros du récit à travers ses vies supplémentaires. Ken Grimwood ne verse jamais dans la philosophie de bazar mais dissémine, au fil des chapitres, des réflexions intéressantes sur la finalité de la vie, la force de la fatalité ou l’impossibilité de changer les grandes lignes de sa destinée. La place donnée à la parité raison /émotion est aussi très développée.
A chaque « résurrection » l’intérêt du livre est relancé et l’on connaît de mieux en mieux les ressorts du raisonnement du personnage principal. Personnage bientôt rejoint par un autre protagoniste (une femme se trouvant dans la même situation), ce qui ajoute beaucoup à l’attrait de l’histoire.
En bref REPLAY est un livre passionnant, intelligent et profondément original, non dans le thème qu’il aborde mais dans la façon de le traiter. De plus l’écriture est vive, presque pétillante, le ton est souvent plein d’humour et l’ensemble donne un incontestable plaisir de lecture.
Un livre que je conseille donc, même à ceux qui d’habitude n'apprécient pas la littérature Fantastique.



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