jeudi 31 août 2006

Mahfouz, Naguib : Le jour de l'assassinat du leader. (10/18)

Naguib Mahfouz, grand écrivain égyptien, prix Nobel de littérature en 1998 vient de mourir à l’âge de 94 ans. Il laisse derrière lui une œuvre immense. Homme de lettres mais aussi homme de paix, il était farouchement opposé à l’intégrisme religieux et prônait une réconciliation avec Israël.
Je profite de cette triste occasion pour vous présenter un livre de cet auteur que j’aime énormément.


Un vieil homme, son petit-fils, la fiancée de celui-ci : le drame qui va bouleverser le destin de ces trois personnages se noue insidieusement dans ce roman à trois voix avec, en point d'orgue, le reportage radiophonique de la célébration de la Victoire. Ou comment l'affairisme et la corruption nés de l'Ouverture économique, prônée par le président Sadate, ont rongé les coeurs les plus purs et brisé même les plus belles amours...
Naguib Mahfouz décrit, avec maîtrise et tendresse, le destin inextricablement mêlé de la terre d'Egypte, de son peuple et de ses gouvernants : le jour de l'assassinat du leader sera également celui de l'assassinat du corrupteur. Les quatre nouvelles qui suivent ce roman révèlent chacune une facette encore inconnue, pour le lecteur francophone, du génie polyphonique de Mahfouz. (L’éditeur)

Je ne peux que vous conseiller ce livre qui, pour ceux qui ne connaissent pas Naguib Mahfouz, sera une bonne introduction à l’œuvre de cet auteur.
Il s’agit d’un court roman suivi de quatre nouvelles : LE BISTROT DU CHAT NOIR, LUNE DE MIEL, L’HOMME QUI PERDIT DEUX FOIS LA MÉMOIRE et ANBAR LULU.
Comme souvent chez Mahfouz, la question de la légitimité du pouvoir est au cœur de ce roman. Très pessimiste, le récit se déroule inexorablement jusqu’à la fin implacable. Une lueur d’espoir toutefois pour le futur à la fois du pays et d’un des protagonistes du roman. Les quatre nouvelles sont d’un ton plus léger mais restent toutefois des invites à la réflexion. L’écriture est belle et claire. La lecture des livres de cet auteur est un réel plaisir.
Je conseillerai également sa célèbre TRILOGIE composée de trois gros romans : IMPASSE DES DEUX PALAIS. PALAIS DU DÉSIR et LE JARDIN DU PASSÉ. La saga d’une famille égyptienne entre la fin de la première guerre mondiale et celle de la deuxième. J’ai aussi beaucoup aimé PASSAGE DES MIRACLES, l’histoire d’une rue du Caire à travers les petites chroniques de ses habitants.



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mardi 29 août 2006

Vernes, Henri : bob Morane (Marabout Junior)

En ce moment, je m'octroie quelques vacances littéraires. Je me sens feignant (qui a dit « comme d’habitude » ?) et je suis en train de relire deux ou trois de mes vieux BOB MORANE Des livres que j’achetais et lisais vers dix / douze ans (et jusqu’à seize ans environ) et qui passent bien la barrière du temps. Ces bouquins d’aventures pour adolescent ont un charme certain. Bob Morane et son acolyte Bill Ballantine (écossais amateur de whisky) se trouvent toujours mêlés à des histoires incroyables qui flirtent souvent avec la science fiction, et ils triomphent évidemment de tous les dangers et méchants de la planète. C’est plaisant, bien écrit et pour un gamin plus que passionnant.
Bien sûr maintenant il ne s’agit plus pour moi que de nostalgie mais les bouquins que je vais relire (ce sera fait en une soirée) sont de grands souvenirs de ma carrière de lecteur.
Il ne me reste de ma collection de jeunesse qu’une petite vingtaine de ces « Bob Morane » et cela me donne l’idée d’essayer d’en retrouver d’autres. Je me mettrai en chasse un de ces jours…
En attendant, vous pouvez en admirer quelques couvertures ICI.

dimanche 27 août 2006

Grève (La).

Dans la Russie tsariste de 1912, La révolte gronde au sein d'une des plus grandes usines du pays. Poussés à bout par des conditions de travail exécrables, les ouvriers ne tardent pas à faire valoir leurs droits en brandissant la menace de la grève.
Le suicide d'un ouvrier accusé de vol par la direction déclenche la colère des travailleurs qui s'empressent de descendre dans la rue. Désireuse de mettre au plus vite un terme à ces agissements, sans pour autant céder aux revendications, la direction de l'usine choisie l'affrontement et s'en remet aux troupes gouvernementales qui investissent le quartier des ouvriers.
C'est dans un massacre sanglant que le conflit prendra fin.

Ce film, le premier du grand cinéaste, précède de peu l’immense LE CUIRASSÉ POTEMKINE du même auteur. Il s’agit aussi d’une œuvre commandée par Staline lui-même qui raconte simplement l’histoire d’une grève. D’abord la révolte puis l’euphorie du début de grève. Vient ensuite la lassitude, le manque d’argent, la faim… ensuite les provocations de la police et enfin la répression dans le sang par l’armée tsariste.
Un film simple donc mais extrêmement rythmé même s’il n’a pas la force du suivant, le célèbre CUIRASSÉ POTEMKINE. Déjà Eisenstein fait preuve d’une maturité telle que l’on peine à croire que c’est sa première œuvre. Beaucoup d’effets spéciaux et de mouvements de caméras au début qui font que certaines scènes frôlent le surréalisme. Il y a bien sûr des caricatures (ce directeur d’usine, adipeux, au chapeau « haut de forme », aux mimiques méprisantes et aux liasses de billets sur son bureau. Ces capitalistes grimaçants qui pressent des citrons dans leurs cocktails en se tapant sur les cuisses et qui nettoient leurs chaussures avec le texte de revendication des grévistes… N’oublions pas qu’il s’agit d’une œuvre de propagande !
Mais le talent d’Eisenstein fait que l’on oublie les outrances pour apprécier le film. L’inventivité de sa mise en scène, le rythme époustouflant, les effets d’ombres, l’humour (Les savoureuses présentations des indics de la police : le Singe, le Bull Dog, le Hibou…) font de cette première œuvre une totale réussite. La fin montre la charge de l’armée et le terrible massacre qui en découle. Et enfin un carton écrit : « N’oublie pas prolétaire ! » Un grand et beau film qu’il faut voir absolument.



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... Ou sur Bach Films

vendredi 25 août 2006

Dick, Philip, K. et Zelazny, Roger : Deus irae. (Denoël)

Après l'holocauste qui a mis fin à la Troisième Guerre mondiale, les rares survivants devenus méconnaissables à force de mutations sont l'enjeu d'une lutte sans merci entre deux Eglises : celle du Bien et celle du Mal, qui vénère Deus irae, le Dieu de la Colère, celui qui a lâché sur le monde l'horreur atomique. Chargé de réaliser un portrait de cette funeste divinité pour ranimer la foi de ses fidèles, Tibor McMasters, un peintre sans bras ni jambes, part à sa recherche à travers une Terre dévastée, en proie aux stigmates d'un monde devenu fou. Un monde où se dissipe la frontière entre l'humain et le divin... Fruit d'une collaboration qui s'est étalée sur une douzaine d'années, Deus irae est un livre unique, un voyage halluciné dans les univers conjugués de deux géants de la science-fiction. (L'éditeur)

Deux grands auteurs de science fiction. Philip K. Dick, un écrivain que je vénère (Ubik, Le dieu venu du Centaure, Le Maître du haut château etc…) et Roger Zelazny que j’apprécie moins (Seigneurs de lumière, royaume d’ombre et de lumière…) mais qui, surtout dans ses nouvelles, est quand même talentueux. La réunion de ces deux géants de la SF devait donner un « grand » livre.
Autant le dire tout de suite, je n’ai pas du tout aimé. J’ai eu du mal à « rentrer » dans le livre, l’intrigue étant assez confuse, et j’avoue m’être ennuyé tout le long de ma lecture.
Cette histoire que j’ai trouvé assez fumeuse de deux églises concurrentes mais néanmoins complémentaires dans un monde sans queue ni tête est irritante. Le récit est embrouillé, désordonné… j’ai plus déchiffré que lu. Bref ce livre a été une véritable déception pour moi.
Pourtant beaucoup disent énormément de bien de ce livre. Je suis donc sans doute passé à côté de quelque chose. Je réessayerai peut-être de le lire d’ici quelques mois ou années.



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mercredi 23 août 2006

Wiazemsky, Anne et l'agence Roger-Viollet : Il était une fois... Les cafés. ( Roger-Viollet.Plume)

Á la fois rendez-vous mondain, refuge de toute une intelligentsia cosmopolite ou moment de détente pour travailleurs fatigués, découvrez les cafés en France de la fin du XIX° siècle aux années cinquante.
L’agence photographique Roger-Viollet propose une série de clichés originaux et pittoresques : un café-tabac de province, une terrasse au Bois de Boulogne, La Coupole des années trente, le bar du Select sur les Champs-Élysées au début du siècle, Paul fort à La Closserie des Lilas…


Anne Wiazemsky, comédienne et auteur de plusieurs romans dont CANINES (1993) et UNE POIGNÉE DE GENS (1998), Grand Prix du roman de l’Académie Française, nous fait partager, à l’occasion d’une nouvelle inédite, son intérêt pour ces lieux, havres de solitude propices à la création littéraire.




A priori, l’idée de réunir une nouvelle avec des photographies sur le même thème était bonne mais, autant le dire tout de suite, le résultat n’est absolument pas probant. Sans être extraordinaire, la nouvelle n’est pas mauvaise mais on cherche en vain l’association avec les photos. Le mariage ne ce fait pas. C’est même parfaitement agaçant et au bout de quelques pages il faut prendre son parti de lire en ignorant les clichés et de revenir ensuite à ce qui est quand même l’essentiel du bouquin : la représentation photographique des cafés français du XIX° à nos jours.
Mais là aussi nous sommes vite frustrés. Tout d’abord la part est faite trop belle aux cafés « de luxe » par rapport aux estaminets populaires.
Ensuite si le sujet est ô combien vaste et intéressant, le résultat est un bouquin « maigrichon » qui aurait demandé un développement au moins dix fois plus important.

Autre défaut majeur, les textes et légendes sont imprécis, ou même dans certains cas inexistants et en tout cas sans aucune originalité.
Un sujet aguichant qui aurait pu, aurait dû être mieux traité.


Une déception donc malgré certaines, trop rares, belles photographies.



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lundi 21 août 2006

Gary, Romain : Une page d'histoire et autres nouvelles. (Folio)

Qu'ils soient ambassadeur à Istanbul ou collectionneur d'art et amateur de belles femmes, soldats, prisonniers ou survivants de la guerre, tous les héros de Romain Gary sont des victimes du désespoir et de la folie humaine. Ils se débattent, s'agitent comme de pauvres pantins désarticulés et tentent en vain de résister aux forces qui les entraînent malgré eux... (L’éditeur)

Ce petit livre est tiré d’un recueil de nouvelles : LES OISEAUX VONT MOURIR AU PÉROU que je possède déjà. Je n’ai pas fait attention à l’achat. Mais ce n’est pas grave. Au contraire, cela m’a permit de relire quelques nouvelles de cet immense écrivain qu’est Romain Gary.
Ce diplomate de métier est un grand auteur. Son style est tout à fait particulier et inclassable. A la fois poétique, sarcastique, et même parfois cruelle, son écriture décrit un monde ou les gens sont désabusés et malheureux. Qu’ils soient riches et arrogants ou miséreux et méprisables, les protagonistes de ses romans et nouvelles vivent dans un Univers où tout peut les écraser. Il y a de l’humour chez l’écrivain mais cet humour est toujours acide et mordant.
La prose de romain Gary est étonnante de qualité et la lire est un plaisir d’esthète tellement la moindre phrase est subtilement remarquable. On ne sait si on préfère le fond ou la forme. Chaque histoire est originale et passionnante mais est aussi un petit bijou littéraire.
Il faut lire ou relire Romain Gary.



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samedi 19 août 2006

Prudon, Hervé : Ouarzazate et mourir. (Le Poulpe) (Librio)

Un homme est fragile et le Poulpe est un homme. Le macho chameau moche éméché à la Chimay en chie, chôme et chiale…
Facile de fourrer son nez dans les affaires des autres, mais se retrouver le nez dans le caca parce qu'on a laissé mourir un ancien pote devenu SDF, c'est intolérable ! Le Poulpe endosse les habits du clodo défunt et va voir au Maroc ce que cache d'incommunicabilité une agence de communication.
Sniff, sniff, notre héros n'arrête pas de se lamenter sur sa vie de privilégié. Dans le confort, les cons sont forts, pense-t-il. Et voila qu'il n'a plus envie d'être héroïque…
Heureusement, il y a Cheryl dont l'oreille est hardie.

Les « Poulpe » se suivent et ne se ressemblent pas. C’est tout à fait normal étant donné que l’auteur est différent à chaque aventure.
Celle-ci débute à Boulogne-Billancourt et se continue au Maroc. Le livre, comme souvent dans cette série, est truffé de jeux de mots. (Cela en devient même fatiguant) et on ne comprend pas grand-chose à l’enquête. Le Poulpe se laisse mener du début à la fin par les événements (souvent incompréhensibles d’ailleurs.)
Un livre assez pessimiste mais plutôt ennuyeux. Je n’irai pas jusqu’à dire que le bouquin est nul mais à mon avis c’est un des moins bons des « Poulpe ».



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jeudi 17 août 2006

Les Amis de l'Ardenne n°12 (Revue)

ÉDITO du n°12 de LES AMIS DE L’ARDENNE.
Ce numéro de printemps voit Eros visiter l’Ardenne. Un souffle amoureux anime passionnément nos auteurs qui ne se sont pas ménagés pour honorer comme il se doit un thème vieux comme le monde. Nous avons profité de ces pages passionnées pour vous présenter le dessinateur Hérouard, originaire de Rocroi et grand croqueur de femmes devant l’Eternel. L’œuvre de ce grand artiste est, comme vous le verrez, pleine de délicieuses figures féminines à la grâce coquine qui gagnent vraiment à être connues. Á l’élégance du trait d’Hérouard répond l’érotisme suggestif des études et tableaux de Félicien Rops, de l’autre côté de la frontière. En ce qui concerne les textes, nouvelles et poèmes, écrits pour l’occasion, célèbrent parfois avec audace l’amour qui transfigure la vie, quand Cupidon fait flèche de tout bois. Bienvenue donc, à bord de notre numéro galant à travers une Ardenne volontiers coquine, dans les pas langoureux d’Eros.

Comme d’habitude, cette revue de qualité propose des poèmes, textes, nouvelles, illustrations et photographies de grandes valeurs. Sous une belle présentation, la variété des genres et la visible jubilation des auteurs à rédiger leurs écrits donnent à ce magazine très esthétique un ton inimitable.
Un vrai plaisir.

mardi 15 août 2006

Monster

Depuis déjà longtemps, Aileen erre sans but et survit en se prostituant. Lorsqu'un soir, le moral au plus bas, elle rencontre dans un bar la jeune Selby, c'est le coup de foudre. Pour protéger leur amour et leur permettre de subsister, Aileen continue de se vendre jusqu'à cette nuit où, agressée par un de ses clients, elle le tue. Ce premier crime marque le déclenchement d'un terrible engrenage...

Ce film est à la fois un modèle de film « choc » et de film dérangeant. L’atmosphère en est très glauque et décrit une Amérique « profonde » guère appétissante. Ce récit inspiré d’une histoire vraie raconte comment une prostituée désespérée, au bord du suicide, va, par amour pour sa jeune amie, commencer à tuer ses clients et s’enfoncer dans la spirale infernale du meurtre en série.
L’originalité de ce film tient à ce qu’il est loin de tout voyeurisme ou sensationnalisme. Le réalisateur s’est ici attaché à montrer la fatalité d’un destin consacré au désastre. Le parcours à la fois terrifiant et pitoyable d’Aileen et de sa compagne est rendu avec une force et une véracité peu commune dans l’histoire du cinéma. Le tour de force de ce film est qu’on se trouve en totale empathie avec la tueuse en série. Cette fille est largement autant victime que coupable et l’on se rend compte qu’à partir d’un certain niveau de malheur il ne sert pas à grand-chose de vouloir lutter contre un destin toujours contraire.
Les actrices Christina Ricci et surtout la stupéfiante Charlize Theron sont formidables de vérité.
Si ce film n’est pas un chef d’œuvre au sens strict du terme, c’est néanmoins une œuvre exceptionnelle, audacieuse et puissante. Un grand film terriblement émouvant !



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dimanche 13 août 2006

Attanasio & Goscinny : Les étonnantes aventures du signor Spaghetti. (Le Lombard)

A la fin des années cinquante, Dino Attanasio, jeune dessinateur italien installé à Bruxelles rencontre, dans un bureau du journal Tintin, René Goscinny, scénariste français au talent prometteur. De leur collaboration vont naître le signor Spaghetti, débrouillard et naïf, prêt à exercer tous les petits métiers lui permettant de subsister, et son cousin et « frère de pizza », Prosciutto, spécialiste de la bévue et des coups fumeux. La base d’une série humoristique qui demeure aujourd’hui un « Classique du rire ».

Cet album contient les aventures suivantes :
- L’émeraude rouge.
- L’étonnante croisière du signor Spaghetti.
- La peintoure à l’houile.
- Le talon d’Achille.
- Spaghetti à Paris.

Les péripéties de Spaghetti et de son cousin faisaient les beaux jours du journal Tintin dès 1959 et ceci durant 16 histoires. Des aventures très drôles, bien dans le ton de l’époque. Ceux qui lisaient ce journal au début des années 60 se souviendront de l’humour « bon enfant » de cette série.
C’est avec plaisir que je me suis replongé dans ces histoires. Elles ont certes un peu vieillies mais restent tout à fait lisibles, même pour un jeune lecteur.
Un moment très sympa.



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vendredi 11 août 2006

Masterton, Graham : rituel de chair. (Pocket)

Lorsqu’on est critique gastronomique et que l’on a fini par se lasser de la cuisine médiocre que proposent les auberges américaines, on se sent plein d’appétit en apprenant l’existence, au fin fond du Connecticut, d’un restaurant français très fermé qui, attrait supplémentaire, ne figure sur aucun guide.
Aussi Charlie McLean n’aura-t-il de cesse de s’y faire admettre. Mais pour la secte qui tient le « reposoir », la cuisine n’est pas seulement un art, c’est une véritable religion à laquelle on se dévoue… corps et âmes. Et chacun doit donner du sien.

Graham Masterton est un auteur que connaissent bien les amateurs de littérature fantastique et d’épouvante. Il est même sans doute l’écrivain anglais le plus connu dans le genre et ces livres sont presque tous des réussites (« MANITOU », « APPARITION », « WALHALLA » etc.)
RITUEL DE CHAIR est un livre qu’il faut classer à part dans son œuvre. En effet, ce n’est pas du fantastique à proprement parler. Il n’y a aucune sorte de surnaturel dans ce récit. Par contre c’est, à mon avis, le plus effrayant de cet écrivain.
Cette histoire de secte anthropophage est tout simplement atroce et par moment insoutenable. Une imagination délirante au service d’un suspense de tous les instants, des rebondissements incessants et captivants et surtout des scènes d’épouvantes presque insupportables. Du véritable « Gore ». Mais l’horreur n’est jamais gratuite et l’histoire, aussi grand guignolesque soit-elle est crédible. C’est ce qui fait la force de l’ouvrage. Un récit de cannibalisme moderne qui donne réellement des frissons.
Un livre que je conseillerai tout en prévenant les âmes sensibles qu’elles risquent de perdre le sommeil pour un bon bout de temps.
Il est hélas actuellement indisponible sur Amazon.



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mercredi 9 août 2006

Claudel, Philippe : Les Âmes grises. (Le Livre de Poche)

" Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé. " C'est peut-être enfin la paix... hasarda Grosspeil.
-La paix mon os ! " Lui lança son collègue qui rabattit la .aine trempée sur le corps de la fillette. "

Les Âmes grises (Prix Renaudot 2003, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire, Grand Prix des lectrices de Elle catégorie roman) a été traduit dans vingt-cinq pays.

J’avais lu et beaucoup aimé il y a peu de temps LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH du même auteur et j’étais assez curieux de lire celui-ci. Hé bien je ne suis pas déçu. Même belle écriture imagée que l’on pourrait croire du XIX° siècle, même délicatesse dans les descriptions et la psychologie des personnages. Toujours de très belles formules pour une histoire simple mais juste. Le récit évoque un meurtre mais est surtout une belle peinture des mœurs d’une petite ville française pendant la première guerre mondiale. C’est un roman de réflexion subtil sans être inutilement complexe. On a ici à faire à de la très bonne littérature populaire sans pour autant être racoleuse.
Un auteur à suivre.



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lundi 7 août 2006

Thierry la Fronde. (DVD)

L’autre jour, en allant acheter quelques journaux, mon regard fut attiré par un de ces DVD qui pullulent dans les Maisons de la presse.
Celui-ci réunissait les deux premiers épisodes d’une série mythique du début des années 60 : Thierry la fronde. Alors pour un euro et quelques centimes, je me suis laissé tenté par ce qui était pour moi un rendez-vous incontournable de mes rares soirées TV.
Je n’avais pas beaucoup d’illusions sur la qualité de cette série et j’avais bien raison. Il faut le dire ici, Thierry la Fronde est un mauvais pastiche d’une série anglaise : Robin des bois. Tout y est pompé au point d’en être comique.
La musique du début fit naître en moi une profonde nostalgie. La suite… Les décors sont en carton pâte et on a même un peu peur qu’ils s’écroulent sur les acteurs. Les acteurs justement sont très mauvais mais il faut dire que les dialogues déconcertants de bêtises ne les aident pas beaucoup. Le scénario pourtant plus que simpliste est bourré d’incohérences. Bref, un Nanar de chez Nanar.
Et pourtant, j’ai regardé les deux épisodes de 26 minutes avec un certain plaisir. La nostalgie fait des miracles !
Content d’avoir revu le début de cette série près de 45 ans après sa sortie, je n’irai quand même pas jusqu’à acheter la suite. Point trop n’en faut !

jeudi 3 août 2006

Saeki, Toshio : Japon intime. (Albin Michel)

Hokusai, Yoshitoshi et Ekin, ces anciens maîtres graveurs fous de dessins cruels, grotesques ou lubriques, ont leur digne descendant: Toshio Saeki. La nonne vicieuse, le vieillard à la tête de phallus, la femme à trois têtes, les amants ébouillantés, l'écolière possédée par l'esprit-renard... autant de personnages issus d'une imagination débordante et qui se jouent avec maestria de la culture érotique du Japon. (L’éditeur)

Voici un livre réjouissant.
Il s’agit de dessins gentiment pervers où la tradition érotique du Japon est revendiquée et appliquée en la modernisant. Sulfureuses dans la limite du raisonnable, ces illustrations passent en revue des situations banales pour les faire basculer dans un érotisme très libidineux. C’est un régal de débordements oniriques, de perversions étranges et de dévergondages où la luxure côtoie la débauche dans la représentation de rêves et cauchemars où le sexe est toujours omniprésent.
Les images sont belles, et enflamment l’imagination avec leurs représentations joliment obscènes. Un recueil vraiment très plaisant.
Vous pouvez admirer quelques unes des œuvres de Toshio Saeki sur ce SITE.



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mardi 1 août 2006

Brutus, Fabienne : chômage, des secrets bien gardés. (Jean-Claude Gawsewitch Éditeur)

ANPE, quatre lettres lourdes de sens pour un nombre croissant de Français. Pour la première fois, une conseillère à l'emploi lève le voile sur cette noble institution, conçue à l'origine pour favoriser la rencontre entre l'offre et la demande d'emploi, devenue au fil du temps une machine à " gérer des stocks ".
Pour avoir côtoyé des travailleurs précaires, des chômeurs toujours plus nombreux dont elle a fait partie, Fabienne Brutus dénonce l'instrumentalisation à des fins électoralistes de la " politique du chômage ". À l'heure du démantèlement du Code du travail, d'un plan ironiquement baptisé " de cohésion sociale ", à l'heure où le CDI devient un graal improbable, elle passe au crible les dysfonctionnements, commente les chiffres introuvables ou " arrangés ", les formations inappropriées, les bilans de compétence hors sujet... Malgré le devoir de réserve professionnelle qui lui est imposé, elle revendique son droit à la liberté d'expression et nous révèle le dessous des cartes.

Agée de 31 ans, l'auteur exerce la profession de " conseillère à l'emploi ". Elle a rencontré la minorité de tricheurs qui alimente la machine à fantasmes néo-libéraux, mais elle s'est surtout trouvée confrontée aux innombrables personnes sans emploi prêtes à tout pour retravailler. Lasse d'entendre parler d'une supposée " baisse significative du chômage ", elle signe ici un document édifiant. (L’éditeur)

Ce livre documentaire n’est pas une surprise pour qui suit un peu l’actualité politique et économique actuelle. L’auteur dénonce avec vigueur toutes les manipulations des chiffres du chômage, tous les petits ou grands arrangements pris avec la réalité pour présenter au public des données statistiques acceptables. Il faut savoir que les courbes de la baisse du chômage officiel et les radiations administratives des demandeurs d’emploi sont tout à fait parallèles.
Fabienne Brutus, elle-même employée à l’ANPE confirme ce que le plus grand monde se doutait, à savoir que les chiffres communiqués sont loin, très loin de la réalité. Stages « bidon », pressions sur les chômeurs pour leur faire quitter d’eux-mêmes le statut de demandeur d’emploi.
Il y a 8 catégories de personnes inscrites à l’ANPE et seule la première apparaît dans les statistiques. Celle des personnes sans emploi, immédiatement disponibles, recherchant un emploi à temps plein. Toutes les autres ne sont pas recensées.
Un demandeur d’emploi qui travaille ne serait ce que 2 heures par mois n’est pas considéré comme chômeur ! Un chômeur en maladie (même une simple grippe) n’est pas comptabilisé dans les chiffres du mois. Etc, etc… Absolument tous les pays industrialisés (à l’exception notable de la chine) comptent en réalité un pourcentage de chômage compris entre 15 et 20 %. Chaque pays détourne à sa façon les statistiques. Certains transfèrent leurs chômeurs longue durée, d’autres les ignorent littéralement quitte à leur verser des appointements comme le RMI par exemple tout en les dispensant de recherche d’emploi.
Fabienne Brutus dévoile les petits secrets de l’agence et aligne sans sourciller tous les chiffres officiels comme officieux et démontre l’escroquerie qui consiste à faire croire au « bon peuple » que le chômage baisse. Un livre à lire pour ses documents. Il faut ici oublier l’écriture, au style inexistant ainsi que certaines digressions malvenues, pour se plonger dans le monde des dissimulations et des fausses affirmations.



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