mercredi 30 janvier 2008

Simenon, Georges : Demoiselles de Concarneau (Les) : Folio

Mentir. Chaque jour. Être surveillé dans ses moindres faits et gestes. Avoir deux soeurs qui lisent dans vos pensées et comptent le moindre centime. Jules Guérec a quarante ans. Il est le frère qui subit. Celui qui cache ses désirs, ses passions. Jusqu'au jour où l'irréparable arrive. Un accident. Le drame. De ces enchaînements de circonstances qui mènent au tragique.
Roman de l'intime et de l'égoïsme, roman d'une ville vouée à la mer et au crachin, LES DEMOISELLES DE CONCARNEAU est aussi le portrait d'une époque et d'un milieu, celui de la pêche, où l'oeil de Simenon aura su, une nouvelle fois, voir tout ce que l'humanité aimerait tant cacher d'elle-même.

Encore un bouquin qui m'est offert par mon ami Oggy, grand fan de Simenon et de la littérature en générale.
Ce livre se dévore d'une traite. L'histoire de cet homme, petit bourgeois, patron pécheur qui au détour d'une rue renverse, tue un petit garçon... et prend la fuite est fascinante. On le voit s'engluer dans ses mensonges, se dépêtrer dans la toile d'araignée que forme sa famille possessive puis rendre les armes et plier sous le joug familial en laissant ses soeurs le « sauver ».
Cet homme nous devient sympathique dans ses lâchetés. L'auteur nous montre bien comment il reste assujetti, comme un enfant, à trois soeurs impitoyables dans leur étouffant amour fraternel.
Mais Georges Simenon décrit aussi avec une incroyable justesse de ton, la vie de province, ses « non-dit », ses petits arrangements et ses grandes lâchetés. Avec des mots simples et des phrases justes, l'écrivain dresse un tableau saisissant d'une violence cachée et silencieuse et d'un désespoir profond.
Un beau et grand roman.
Et un grand merci à Oggy pour ce petit bonheur de lecture.



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lundi 28 janvier 2008

Claudel, Philippe : J'abandonne. (Folio)

« D'un signe, mon collègue me fait comprendre qu'il est encore trop tôt, qu'il vaut mieux attendre encore si nous voulons avoir une chance. Les hyènes que nous sommes ne sont jamais pressées. Elles tournent des heures autour de leur proie en attendant qu'elle faiblisse et se couche. C'est pourquoi nous ne présentons notre demande que lorsque le client est allé au bout, tout au bout de son chemin. C'est quand il est bien tendre, comme dit mon collègue, qu'il faut bondir et le dépecer. Et nous bondissons. Mais aujourd'hui, je ne veux plus bondir. »

Le dernier livre lu de Philippe Claudel, LE BRUIT DES TROUSSEAUX m'avait laissé sur une petite déception. Mais avec ce livre, je retrouve cet écrivain subtil et étonnant qui sait si bien faire ressentir des émotions complexes à ses lecteurs.
C'est un livre douloureux qui raconte la lassitude d'un homme, son dégoût et sa révolte vis à vis d'un monde de vulgarité et de souffrance . C'est l'histoire d'un homme, veuf, poignant de lassitude qui voit la vie sans nuance. Seule sa petite fille l'empêche, on le sent bien, de basculer totalement. Il est exaspéré par le « beauf » qui lui sert de collègue, par la bêtise, la méchanceté de ce qui l'entoure. Mais c'est dans l'exercice de son terrible métier qu'il rencontrera à travers une autre souffrance que la sienne une petite lueur d'espoir.
Philippe Claudel manie la causticité avec art. On peut même trouver de l'humour dans ce récit pourtant très noir.
Ce livre est encore une petite perle de l'écrivain décidément inspiré.
Il serait dommage de passer à côté.



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samedi 26 janvier 2008

Boulle, Pierre : Contes de l'absurde. (Julliard)

Ces contes de Pierre Boulle ont ceci d'irrésistible que, partant de bases scientifiques irréfutables mais poussant le raisonnement jusque dans les retranchements même du fantastique, ils nous entraînent dans un monde véritablement absurde mais d'une extravagance qui prête à sourire beaucoup plus qu'à pleurer. Peser un sonnet, par exemple. Quel savant, quel héros d'Edgar Poe se refuserait à en évaluer le poids à l'aide d'une balance micrométrique ? Eh bien, ce sonnet, Pierre Boulle le pèse et le reconstitue sous les yeux du lecteur. Ou alors, nous montrant un prisonnier de la machine à explorer le temps, il le condamne à revivre sans cesse le même épisode de sa vie. Voilà ce qu'il en coûte de jouer avec le progrès. Voilà qu'un romancier nous montre que le bon sens doit triompher du non-sens lorsqu'il a pour lui le goût de l'humour.

Voici un livre qui m'est très cher.
D'abord parce qu'il est bon. Très bon même et aussi (surtout) parce que c'est un cadeau de mon ami Oggy. Une édition originale tirée de sa propre bibliothèque ! Il m'est donc précieux dans tous les sens du terme. C'est le genre de bouquin qui se dévore d'une traite. Tout y est.. Inspiration, belle écriture, mystère, humour... Pierre Boulle est un maître (reconnu) de la littérature française de la deuxième moitié du XX° siècle. Personnellement, tout en reconnaissant la qualité de ses romans, j'ai toujours préféré ces recueils de nouvelles.
Celui-ci contient :

L'HALLUCINATION : un fabuleux petit récit sur le cauchemar d'un tortionnaire qui rêve de l'Enfer de Dante. Mais est-ce bien un rêve ?
Une nouvelle terrible et belle digne d'Edgar Poe.
UNE NUIT INTERMINABLE : Avec cette histoire bien déjantée, Pierre Boulle maie avec bonheur de multiples paradoxes temporels. C'est un tourbillon qui nous entraîne dans les contradictions diverses qu'impliquent les voyages dan le temps. Il est visible que l'auteur s'amuse beaucoup. Nous aussi ! Il faut remarquer la quantité incroyable de boissons alcoolisées qu'ingurgite le héros de ce récit.
LE POIDS D'UN SONNET : une enquête hallucinante que n'aurait pas osé rêver Conan Doyle pour son Sherlock Holmes. C'est du lourd ! Tenter de reconstituer un texte à partir des cendres de la feuille où il était écrit... merveilleuse nouvelle que n'aurait pas renié, encore une fois, le grand Poe.
LE RÈGNE DES SAGES : une farce sympathique à la Jules Verne lorsque celui-ci était d'humeur guillerette. Elle me fait d'ailleurs un peu penser à SANS DESSUS DESSOUS.
Ce n'est pas sérieux mais fort agréable à lire.
LE PARFAIT ROBOT : montre que la perfection n'est pas de ce monde et que donc pour être totalement réussi, un robot doit intégrer ce paramètre...

Un recueil de nouvelles que j'avais lu il y a bien... quarante ans et que je viens de relire avec plaisir et émotion grâce à mon pote Oggy que je remercie vivement encore une fois.

jeudi 24 janvier 2008

Maniac cop 1 & 2

MANIAC COP 1
Une série de meurtres sauvages dévaste les quartiers les plus mal famés de New York. Les victimes : les dealers, violeurs et autres hors-la-loi. Selon quelques témoins, un policier en uniforme serait le tueur. Accusé, Jack Forrest mène l'enquête. Dans les ténèbres d'une cité sous l'emprise de la peur, il voit se dessiner l'imposante silhouette de Matt Cordell, un flic supposé mort... et rancunier, très rancunier d'avoir été massacré par les malfrats qu'il avait lui-même jeté derrière les barreaux...

MANIAC COP 2
Porté disparu dans les eaux troubles du port de New York, le Maniac cop Matt Cordell est toujours vivant. Plus vivant que jamais et motivé par une nouvelle mission : la vengeance. Non pas contre les criminels qu'il exterminait hier, mais contre ses anciens frères d'armes, les flics. Associé à Turkell, un psychopathe de la pire espèce, il prend d'assaut un commissariat...

Un film culte paraît-il... quand je l'ai trouvé sur ebay, avec le n° 2 en prime, pour quelques euros, je n'ai pas hésité une seconde. Quelques euros seulement heureusement !
Une histoire de flic zombie qui tue tout ce qui bouge. Des flics d'une crétinerie pas permise, des invraisemblances à la pelle, des trucages et maquillages pathétiques...
Du (mauvais) grand guignol qui fait rire entre deux bâillements. On s'ennuie beaucoup, on rigole de temps en temps devant le ratage complet d'un petit film de série B qui aurait été sympathique s'il n'avait pas été aussi mauvais.
Le scénario comme la mise en scène sont ratés et surtout les acteurs sont nuls de chez nul !
Quand au deuxième, c'est une copie conforme du premier. Des incohérences multiples ne rachètent pas quelques scènes d'actions presque réussies. Évidemment à la fin, du cercueil renfermant Maniac cop enfin réduit en chair à pâté, une main sort... qui donne à penser que le MANIAC COP 3 ne va pas tarder... sans moi en tout cas !
Ces deux films sont une perte de temps. Je ne colle pas de lien pour l'acheter, je ne vous en veux pas à ce point là et j'ai assez d'ennemis comme ça !

:green:

mardi 22 janvier 2008

Bierce, Ambrose : Le Dictionnaire du Diable (Rivages)

ABDICATION : Acte à travers lequel un souverain atteste qu'il est sensible à l'élévation de température de son trône.
ANTIPATHIE :Sentiment inspiré par l'ami d'un ami.
ARRÊTER : Mettre fin avec autorité aux actes insolites d'un individu. « Dieu fit le monde en six jours et fut arrêté le septième. »
CANON : Instrument utilisé dans la rectification des frontières.
LONGÉVITÉ : Prolongation inconfortable de la peur de la mort.
JALOUX : Qui s'intéresse indûment à la préservation de quelque chose qui ne peut être perdu que s'il n'est pas gardé.
MENDIER : Demander quelque chose avec une énergie proportionnelle à la certitude de ne rien recevoir.
POLITESSE : La plus acceptable des hypocrisies.
TRAVAIL : Un des processus selon lequel A gagne des biens pour B.
YANKEE : En Europe, un américain. Dans les États nordiques de l'Union, une personne de la Nouvelle Angleterre. Dans les états du Sud, le mot est ignoré.

LE DICTIONNAIRE DU DIABLE entrepris en 1881 est le fruit d'un travail intermittent de 25 ans. C'est un livre inclassable, mais c'est peut-être avant tout un chef d'oeuvre d'humoriste, présenté aujourd'hui dans une nouvelle traduction établie à partir de l'édition définitive de 1911.
Ambrose Bierce était un esprit brillant, cultivé; contemporain de Marc Twain, il débuta comme lui dans de nombreux journaux américains avec des nouvelles, des reportages et des critiques (il fut longtemps l'un des éditorialistes les plus féroces de la presse Hearst).
A l'âge de 71 ans, il rejoignit l'armée de Pancho Villa et disparut à une date inconnue en luttant aux côtés des paysans mexicains.

C'est en parcourant le très bon blog ABRACADABLOG de Claudius, et en lisant le billet qu'il a consacré à ce livre, que l'envie de me replonger dans cet ouvrage m'est venue aussitôt.
Ce livre est savoureux. Un dictionnaire impertinent mais à la fois drôle et passionnant qui n'a pas prit une ride alors qu'il date en gros d'un siècle. Pratiquement toutes les définitions de ce dictionnaire peuvent très bien s'appliquer à notre époque.
C'est le genre d'ouvrage qu'il faut garder en permanence à portée de main pour pouvoir, de temps en temps, prendre une petite dose d'humour parfois cruel. Je suis certain qu'un homme comme Pierre Desproges devait apprécier ce bouquin !
Ambrose Bierce est aussi l'auteur de recueils de nouvelles assez noires et fantastiques.
C'est en tout cas un écrivain qu'il ne faut pas louper.



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dimanche 20 janvier 2008

Ballard, J-G. : Chasseurs de Vénus. (Denoël)

Du petit employé de bureau qui se découvre soudain un pouvoir absolu de vie et de mort sur le monde entier au mari jaloux qui traque avec sa caméra son épouse adultère, en passant par le téléspectateur pris au piège d'une boucle temporelle ou par le vacancier qui se voit offrir le catalogue d'excursions extra-terrestres le plus fou qu'on puisse concevoir, Ballard nous offre ici, en dix nouvelles, une gamme complète de ses talents : humour macabre, variations acrobatiques sur le temps, suspense au dénouement imprévisible, précision cruelle d'un esprit fin comme un scalpel qui analyse avec un détachement glacial le mécanisme d'une obsession telle que la jalousie."

Ce recueil est vraiment disparate. Il contient le meilleur (PERTE DE TEMPS, un chef d'oeuvre d'humour déjanté) comme , sinon le pire, disons le « vraiment pas terrible (PASSEPORT POUR L'ÉTERNITÉ) en passant par le moyen (LES CHASSEURS DE VÉNUS).
Visiblement les dix nouvelles composant ce livre ont été écrites à des périodes différentes. D'ailleurs cet auteur est capable de signer des romans très différents en passant de la science fiction classique (LE MONDE ENGLOUTI, LE VENT DE NULLE PART) comme des livres plus atypiques et plus ambitieux (CRASH, L'ÎLE DE BÉTON).
Pour ma part, mon opinion sur LES CHASSEURS DE VÉNUS est assez mitigé. Sur les dix nouvelles,seules quatre ou cinq sont vraiment convaincantes mais deux ou trois assez ennuyeuses et même indignes du talent habituel de Ballard.
Un livre qui, à mon avis, est loin d'être indispensable.



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vendredi 18 janvier 2008

Le Breton, Auguste : Malfrats and Co. (Robert Laffont)

Auguste le Breton a écrit MALFRATS AND Co pour compléter le triptyque commencé avec LES HAUTS MURS et LA LOI DES RUES, récits de son enfance et de son adolescence. Mais à la différence de ces deux derniers, qui prenaient l'allure de fictions, MALFRATS AND Co est écrit directement à la première personne. Et ce n'est pas une suite, c'est un livre en soi, cernant à la fois un monde fermé sur lui-même, avec ses lois et sa morale (« qui en vaut bien une autre », dit le Breton), et un problème plus que jamais aigu : celui d'une jeunesse au bord de l'âge adulte et qui, rejetée sur elle-même par le hasard ou les malfaçons de la société, finit par peser, comme l'écrit le Breton, « des tonnes de misère, de promiscuité, de révolte, de violence, de dégoûts, de rapines, de vols, de cris de rage et de haine, d'éclats de gueule et de rire ». Bref un livre d'une sincérité truculente, brutale et totale, mais « régulier », loyal, où le lecteur n'est jamais pris en traître, bien au contraire : toujours de front. Et puis, de ces pages, de ces personnages, tout ensemble libres et terriblement prisonniers de leur révolte, durs, tendres, cyniques et parfois « paumés » comme de pauvres gosses perdus, se dégage une vertu, peut-être étrange et paradoxale à première vue, mais qui, au bout du compte, donne singulièrement à réfléchir.

Contrairement à ce qu'affirme le texte ci-dessus, MALFRATS AND Co est bien la suite de LA LOI DES RUES, lui-même continuant le récit de LES HAUTS MURS.
On y retrouve Auguste le Breton et la faune bien particulière qu'il fréquente dans le Paris d'avant guerre. Comme dans le précédent volume, l'auteur nous fait vivre le milieu des petits et grands voyous, celui de toutes les magouilles, de toutes les misères. C'est la réunion de tout une série d'anecdotes et de petits récits qui arrive à nous imprégner de l'atmosphère particulière de cette vie de petit malfrat. Comme les deux précédents livre, cette autobiographie qui ose cette fois dire son nom est passionnante. La chronologie n'est guère respectée (on y retrouve La Glace, personnage assassiné à la fin du deuxième volume), mais l'écriture hachée, urgente même pourrait-on dire, rend ce livre totalement captivant.
Un regret. L'auteur ne va pas au fond des choses, ne développe pas assez ses chroniques et historiettes qui auraient méritées un traitement plus approfondi. Le livre se termine aussi abruptement que les deux premiers et je pense qu'un quatrième tome, à ma connaissance inexistant, devait être en projet.
Une trilogie indispensable pour qui veut se faire une idée de la vie d'un orphelin de guerre devenu voyou dans le Paris des années 30. Des livres à la fois attrayants et effrayants.
Je vous les conseille fortement. (Bouquineries ou sites de livres d'occasions.)

mercredi 16 janvier 2008

Louÿs, Pierre : Aphrodite / Moeurs antiques. (Éditions Fasquelle)

J'ai trouvé une édition (belge) non datée mais sans doute des années 50 de cet ouvrage. La couverture étant sans aucun titre ni décoration quelconque, l'illustration de ce billet n'est donc pas celle de mon exemplaire.
C'est un bouquin assez étonnant que cet « APHRODITE ».
Écrit un peu comme une pièce de théâtre, et même d'une façon très théâtrale, l'action du récit se déroule dans l'Alexandrie du premier siècle avant JC. L'histoire d''un amour entre un sculpteur Démétrios, amant de la reine et une courtisane Chrysis. Amour impossible bien sûr. Et la belle lui demande de voler trois objets...
Le livre est curieux, tout à fait typique d'un Orient fantasmé au XIX° siècle. C'est en fait assez kitsch ! Très lyrique, on pourrait comparer ce roman à une fausse reconstitution historique destinée à une sorte d'opéra baroque. Quelques scènes gentiment érotiques pimentent un peu ce livre au style désuet mais sympathique. Une sorte de faux classique,assez étonnant mais qui se lit avec plaisir. La vie et l'art sont les thèmes profonds de cette oeuvre curieuse.
A lire pour ce faire une idée de la façon dont on appréhendait l'orient antique au XIX° siècle.


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lundi 14 janvier 2008

Claudel, Philippe : Le Bruit des trousseaux. (Le Livre de Poche)

Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. « Vous êtes bien courageux d'aller là-bas ! »
Il n'y avait rien à répondre à cela.
Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque,oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : « Je sors de prison. » Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux ?

Après avoir écrit ce récit, Philippe Claudel le qualifie de 'Faux témoignage » et avoue : »Il me manque quelque chose d'essentiel pour parler de la prison, c'est d'y avoir passé une nuit. » Impressionnant.

C'est la première fois que je suis un peu déçu par un livre de Philippe Claudel. Il faut dire que c'est un peu de ma faute. Je m'attendais à un roman et c'est un documentaire dont il s'agit ici.
Le livre est une succession de témoignages et de réflexions sur la prison à travers son expérience de professeur de français venu enseigner dans le milieu carcéral. De petites scènes, des anecdotes sans liens entre elles. Le bouquin est court et tout en restant intéressant, n'apporte aucune nouvelle connaissance sur la vie pénitentiaire.
Bien sûr le récit composé de petits paragraphes est bien écrit et il se lit avec plaisir et intérêt. Mais, comme l'auteur qui jette l'éponge après plusieurs années de professorat, le lecteur n'est pas fâché de terminer ce livre.
Sympathique, édifiant, mais ni surprenant ni vraiment passionnant.



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samedi 12 janvier 2008

De Sà Moreira, Régis : Zéro tués. (Le Livre de Poche)

Joseph se leva du canapé. Il s'approcha de son frigidaire, ouvrit le congélateur et s'y accouda.
" T'as trouvé qu'elle allait bien ?
Autant que possible, répondit Françoise.
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire qu'on vit dans un monde pourri, dégueulasse, que tout... presque tout, pour peu qu'on le regarde de près, est à gerber, mais qu'elle doit bien s'en accommoder.
- La routine, quoi.
- La routine. "

voilà un livre étonnant. Il commence très mal. Il se termine de même. Il est d'un désespoir absolu et pourtant il est écrit sur un ton léger, drôle même parfois. La tristesse omniprésente est comme enrobée d'une gaieté qui sonne juste malgré le récit de vies ratées. C'est une histoire presque banale d'un homme qui ne peut pas vivre et d'une femme brisée par un amour impossible. Mais si l'histoire est banale, le livre ne l'est pas lui. Il possède un charme presque léger dans une émotion permanente.
Une réussite étonnante...



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jeudi 10 janvier 2008

Fiction n° 199 de juillet 1970

Je me suis encore laissé tenter par un FICTION de ma collection. Il s'agit du N° 199 daté de juillet 1970. C'est un rescapé de ma collection d'origine acheté par mes soins à cette époque. Bien sûr je l'avais lu en 1970 et bien entendu je n'en avais gardé aucun souvenir....
Mais quel sommaire ! Les connaisseurs vont apprécier

John Wyndham : LE RÈGNE DES FOURMIS : Une passionnante longue nouvelle assez terrifiante sur l'avenir de l'humanité vu par une femme des années 1950. C'est très noir et, alors que l'on croit à un « happy end » l'auteur dans un ultime rebondissement nous plonge de nouveau dans le cauchemar. Du grand John Wyndham....

Ray Bradbury : SCEPTRE ULTIME? DURABLE COURONNE : Une nouvelle typique du maître. Sombre et nostalgique à la fois. Cette belle nouvelle parue ensuite dans le recueil « Je chante le corps électrique » (Présence du futur)

Robert Silverberg : QUAND LES MYTHES EURENT DISPARU : dans un lointain futur, les hommes, pour tromper leur ennui se sont amusé à recréer les grandes figures du passé. Un conte assez cruel, original et très symbolique. La chute est étonnante de désespoir.

Isaac Asimov : INTUITION FÉMININE : Ce texte fait parti du GRAND LIVRE DES ROBOTS (Tome1), oeuvre majeure de l'auteur. Et c'est une des meilleures histoires. Il met en scène la fameuse docteur Susan Calvin confrontée à un robot de sexe féminin. Un régal.que j'ai lu plusieurs fois dans différentes anthologies.

Ensuite, une revue des livres, une revue des films, un courrier des lecteurs (où l'on trouve une lettre d'un certain J.P Andrevon de Grenoble qui devint un auteur français de science-fiction assez connu.) et une chronique scientifique : LA FRANCE AU TEMPS DES MAMMOUTHS? Clôture la revue. Comme vous pouvez le voir, ce numéro de FICTION est assez exceptionnel et bien représentatif de la qualité générale de cette revue disparue maintenant. En tout cas, si l'envie de constater par vous même combien était intéressant ce magazine, je vous conseille ce numéro.
Du coup je n'ai pas pu résister à l'achat sur ebay et priceminister d'une dizaine de numéros de FICTION, numéros que je possédais à l'époque et que j'avais donné car ils prenaient vraiment trop de place dans ma petite bibliothèque.
Ne donnez ou jetez JAMAIS vos bouquins !
Vous pouvez admirer ma galerie de revues FICTION ET GALAXIE ICI.

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mardi 8 janvier 2008

Jouet, Jacques : Une mauvaise maire. (P.O.L)

La vie quotidienne dans une mairie de gauche et de banlieue au temps de Chirac est un mélange d'affaires courantes et de situations cocasses.
Marie Basmati, qui n'est pas indienne, est madame la maire. Dans " sa " ville et dans son bureau, elle vit pleinement ses convictions et ses amours.
Suivons-la, quelques jours durant.
Un scandale rôde.

Voilà un petit livre sans prétention qui se laisse lire en une ou deux soirée.
C'est sympathique, plutôt bien écrit mais pas transcendant. Le genre d'histoire vite lue et sans doute vite oubliée. Cette tranche de vie d'une maire d'une petite ville est agréable à lire malgré une fin un peu décevante.
Sympathique donc mais sans plus...



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dimanche 6 janvier 2008

Devil's rejects (The).

Depuis la mort de son frère, le shérif Wydell ne vit plus que pour se venger de l'épouvantable famille Firefly. Un beau matin, décider à les éliminer sans pitié et au mépris de la loi, il encercle leur maison avec ses hommes. Seuls Otis et sa soeur Baby parviennent à s'échapper et se réfugient dans un motel perdu. Ils attendent de retrouver leur père, Capt'ain Spaulding, et tuent sans hésiter quiconque se dresse sur leur chemin. Aucun des deux camps n'arrêtera avant que l'issue soit définitive et absolue.

Ce film est une fausse suite de LA MAISON DES 1000 MORTS, film d'horreur assez éprouvant que j'avais vraiment beaucoup aimé.
Fausse suite car ici, la dimension fantastique a été évacuée. Il ne s'agit plus que d'un « road movie » sanglant. Sanglant, c'est le moins que l'on puisse dire. En fait c'est un carnage total, une succession de tueries sadiques. Ici, le shérif et ses sbires sont largement aussi antipathiques que les terrifiants rescapés de la famille Firefly. C'est corrosif, sanglant, déjanté et absolument sidérant de violence. Et pourtant c'est aussi un très bon film effarant, malsain mais d'une rare intensité. Une sorte de claque cruelle avec des dialogues presque surréalistes frôlant la dérision et même le comique. Les acteurs sont géniaux et jouent des personnages à la fois impitoyables et touchants. Une boucherie certes mais pas gratuite. Il n'y a plus de surnaturel ni d'interrogations comme dans LA MAISON DES 1000 MORTS mais une course poursuite infernale et violente. Il faut noter que a bande son est parfaite.
Bref un must pour les amateurs de gore.
Pour ma part, j'ai vraiment apprécié ce film mais je lui préfère quand même le premier. L'idéal étant, comme moi, de se procurer le coffret renfermant les deux films.



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vendredi 4 janvier 2008

Bours, Jean-Pierre : Celui qui pourrissait. (Marabout)

Que le fantastique soit aussi une disposition d'esprit, un regard privilégié porté sur les hommes et les choses, ce recueil de neuf contes nous le montre avec éclat. Il y a ici certes des déchirures brutales, d'horribles moments, des lueurs d'épouvante, de curieux dédoublements et d'incroyables méprises, mais aussi une quête passionnée de l'identité, une interrogation lancinante sur la difficulté d'être et de vivre – sur les foudroyantes incertitudes de la vie et de la mort. Avec Jean-Pierre Bours, le fantastique est bien ainsi la voix d'un désarroi panique. D'avantage : le chant désespéré d'une blessure.

Quel chouette livre que celui-ci ! Quelle belle découverte ! C'est ENCORE mon ami Oggy qui m'a fermement conseillé de me le procurer. Il sait, le bougre, que j'ai un mal fou à résister à l'attrait d'un bouquin dont on me vante les qualités. Je pense avoir hésité environ entre une et deux minutes avant de le commander....
Jean-Pierre Bours, l'auteur a signé avec ce livre son seul ouvrage. Et c'est bien dommage car la réussite est totale. Sur les dix nouvelles composants ce recueil, seule une m'a semblé assez faiblarde. Toutes les autres sont passionnantes. L'écriture est classique, presque gothique et bien dans la tradition du fantastique belge. Mais on ne peut comparer l'auteur qu'à lui-même tellement les récits sont originaux. Donc pas de Jean Ray, de Michel de Ghelderode ou de Thomas Owen mais du Jean-Pierre Bours. Une réédition de ce bouquin serait la bienvenue tellement il est bourré de qualités.
Dans ce livre on trouve :

CELUI QUI POURRISSAIT: Le récit qui donne son titre au livre. C'est une superbe et terrifiante nouvelle qui revisite avec bonheur le thème de Jack l'éventreur.

PROCÉDURE CONTRADICTOIRE : belle nouvelle non dénuée d'humour sur l'échange d'identité et la possession.

HISTOIRE D'A : du sadisme, du mystère et une fin étonnante.

LE PEUPLE NU : une superbe histoire de revenants dans un contexte médiéval.

DIVIN MARQUIS ! : quand le fantôme de Sade revient . Peut être la seule nouvelle décevante avec ce thème qui autoriserait toutes les folies.

LE CHATEAU DES RÉMINISCENCES : onirique, beau avec une nette influence de Claude Seignolle.

LA VÉRITÉ SUR LA MORT D'AARON GOLSTEIN : , un étrange marin, nouvel ami de bistrot aide le héros de la nouvelle à entreprendre une vengeance qui tourne mal.

LA MORT DU JUSTE : par l'intermédiaire d'un enfant, l'énigmatique descente en enfer d'un juge impitoyable.

ENTRE CHARYBDE ET SCYLLA : 7 jours d'angoisse et de doute, un essai de vie accéléré avant une opération redoutée.

AUJOURD'HUI L'ABÎME : fantastique aventure où l'on accompagne un jeune homme dans sa progressive transformation en fantôme, par l'intermédiaire d'une étrange prostituée.

Un livre magnifique qui a toute sa place au panthéon de l'école belge du fantastique. Je renouvelle mes remerciements à Oggy pour m'avoir permis de découvrir l'unique et formidable recueil de nouvelle de cet écrivain.
Vous pouvez vous procurer cet ouvrage sur
PRICEMINISTER

mercredi 2 janvier 2008

Maison des 1000 morts (La).






Deux jeunes couples, sillonnant les routes à la recherche d'attractions insolites, débarquent au Musée des Monstres du Capt'ain Spaulding au fin fond du Taxas. Lancés sur les traces du mystérieux Dr Satan, tueur en série et légende locale, ils finissent par se réfugier dans une sombre et mystérieuse maison où réside une famille toute aussi déjantée qu'adepte de rites sataniques en tout genre !
Le cauchemar peu commencer...

Le début fait vraiment penser à un film d'horreur classique avec ces quatre adolescents qui débarquent dans une station service bizarre au fond de la cambrousse. Mais très vite, le personnage du Capt'ain Spaulding, sorte de clown vénéneux nous démontre que ce film va être « différent ».
Et en effet, très vite tout bascule dans la folie la plus dévastatrice. Le film dérape vite dans une sorte de délire scabreux assez extraordinaire. Si au tout début l'humour n'est pas absent, celui-ci se transforme presque aussitôt en incroyable et grotesque festival de cruautés mentales et physiques d'une violence quasi insoutenable. Le baroque de l'ensemble tempère juste assez l'entreprise pour que le film soit « regardable ». Cette famille de pervers déjantés, cannibales et déments dans laquelle tombent nos quatre amis est parfois drôle mais toujours terrifiante et le film passe sans transition de la folie la plus démentielle à l'horreur pure. C'est tout simplement hystérique !
Rarement un film d'épouvante m'aura marqué comme celui-ci. Le rythme effréné empêche même de suivre et de comprendre vraiment toute l'histoire qui s'apparente à un train fantôme lancé à pleine vitesse. Il peut arriver que l'on confonde les protagonistes qui ne sont en fin de compte que des victimes de sévices insupportables, on peine à comprendre parfois où l'on se trouve et le scénario par moment assez nébuleux, n'éclaire guère le spectateur. Les flash back sont nombreux et contribuent à la confusion mais le résultat est là : Un pure merveille de film dérangeant et choquant. Les acteurs sont tous géniaux et la musique, très rock emmène LA MAISON DES MILLE MORTS à une vitesse hallucinante pour un cauchemar stressant, bourré d'humour très noir, presque « cartoonesque ».
Un film terriblement malsain mais très marquant. Une oeuvre extraordinaire à ne pas mettre devant tous les yeux !
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