mercredi 30 juillet 2008

Andrevon, Jean-Pierre : Reflux de la nuit (Le). (Le Masque Fantastique)

Une ville, une ville presque anonyme. Des rues, des espaces vides, des places et, à la lisière, un cimetière. Un cimetière où, tous les jours, se rend un homme dont la vie e été brisée par une cruelle disparition. Pour lui, Il y va d'une sorte de pèlerinage au milieu des ombres et des ténèbres et, bientôt, d'une lente et irrésistible descente vers le plus affreux des cauchemars. Car ce n'est pas impunément qu'on affronte l'univers des fantômes...

J'aime bien Jean-Pierre Andrevon malgré la qualité inégale de ses romans et nouvelles. Je l'avais découvert au début des années 70 dans FICTION puis dans son premier roman : LES HOMMES-MACHINES CONTRE GANDAHAR, un roman prometteur qui fut adapté au cinéma en un film d'animation de René Laloux : GANDAHAR.
Andrevon est aussi l'auteur, entre autres, d'un superbe roman de terreur : CAUCHEMAR... CAUCHEMARS !
J'ai donc attaqué LE REFLUX DE LA NUIT en espérant lire un bon petit bouquin. Autant l'écrire tout de suite, je n'ai pas été déçu.
L'histoire est assez classique. Le retour de morts vivants est traité sous un angle inhabituel puisque c'est le veuf inconsolable d'une femme décédée qui souhaite la résurrection de son épouse. Ce qui fait l'intérêt principal du livre est bien l'ambiance presque gothique dans lequel baigne le roman. Nuits pluvieuses, brouillard, cimetière, étrange et inquiétant personnage qui promet un miracle.... tous les ingrédients classiques du genre sont réunis pour réussir un bon petit texte d'horreur. Mais ce qui fait la force du récit, c'est le contraste entre ces éléments et la banalité de la vie de Pierre Merlin, petit employé de bureau, de la ville tout à fait ordinaire et des situations... avant l'apparition du surnaturel supposé.
LE REFLUX DE LA NUIT est un livre passionnant, extrêmement bien écrit, qui ménage de nombreux coups de théâtre et qui monte en puissance au fil des chapitres. L'auteur laisse des indices qui laissent présager le dénouement mais la fin reste quand même surprenante. J'ai pris un grand plaisir à sa lecture et je le conseille à tous ceux qui apprécient ce genre de littérature. Une vraie réussite.
À noter que l'auteur a publié pour la première fois cet ouvrage aux éditions Fleuve Noir « Angoisse » en 1972 sous le pseudonyme d'Alphonse Brutsche.
Vous pouvez lire l'opinion d'Oggy sur ce livre ICI



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lundi 28 juillet 2008

Joyce, Graham : Fée des dents (La). (Bragelonne)

" La Fée des dents ", ainsi appelle-t-on la " petite souris " qui passe sous l'oreiller des bambins en Grande-Bretagne. Une innocente invention, un conte pour enfants... jusqu'à cette nuit où le jeune Sam Southall la surprend dans sa chambre !
Voilà qui n'était pas prévu... ni le fait que la créature, qui s'appelle Quenotte, se révèle bien différente de la fée bienveillante qu'imaginent les petits. Perverse, dangereuse, elle va poursuivre Sam et sa bande de copains tout au long de leur adolescence, rythmée par des drames affreux, et changer leur vie pour toujours...

Voici enfin réédité le chef-d'œuvre de Graham Joyce sur le merveilleux et l'étrangeté du monde de l'enfance, un somptueux roman initiatique dans la lignée de Stephen King et de Ray Bradbury. Un classique effrayant, nostalgique et drôle, en cours d'adaptation au cinéma.

Graham Joyce est né en 1954 près de Coventry (Grande-Bretagne). Il a étudié et enseigné la littérature anglo-saxonne avant de s'exiler sur une île grecque pour écrire son premier livre. Depuis 1991, il a publié douze romans et de nombreuses nouvelles, récompensés par quatre British Fantasy Awards (dont La Fée des dents), deux Grands Prix de l'Imaginaire et enfin le World Fantasy Award pour Lignes de vie. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands écrivains anglais contemporains. Plusieurs de ses romans, dont celui-ci, sont en cours d'adaptation au cinéma.

Déjà avec FAËRIE, magnifique roman de Raymond E. Feist, mon ami Damien m'avait fait découvrir une oeuvre exceptionnelle. Voilà qu'avec ce livre, qu'il m' a gentiment offert, il récidive.
Je ne connaissais pas cet auteur (j'ai beaucoup de lacunes) mais en lisant le texte de présentation j'ai tout de suite su que j'allais aimer ce bouquin.
Et en effet, je me suis vraiment régalé à la lecture de LA FÉE DES DENTS.
D'abord le récit est tout simplement passionnant. L'enfance puis l'adolescence de Sam, le héros, de ses deux copains Terry et Clive ainsi que d'Alice dont ils sont tous amoureux, est raconté ici avec brio et humour. Leur histoire intime, parsemée de drames, de découvertes et phantasmes divers, est aussi, bien sûr, rythmée par une sexualité omniprésente tout au long du livre.
Et là ou l'auteur fait vraiment fort c'est que pendant tout le récit et ceci jusqu'à la fin du livre, on se demande si Quenotte, l'étrange et fantasque fée existe vraiment ou n'est présente que dans l'imagination fiévreuse de Sam. Deux lectures sont en effet possibles. L'irréel ou la démence.
Sam est-il vraiment la victime d'une fée perverse ou ne serait-il pas plutôt un garçon à l'imaginaire sur-développé ? Schizophrénie et perception faussée de la réalité ou pénétration d'un autre monde dans celui d'un adolescent anglais ordinaire ?
Tout l'immense talent de Graham Joyce est bien, en effet, de faire douter le lecteur tout en racontant d'une façon très réaliste l'extraordinaire complexité de cette période charnière qu'est l'adolescence. Ses doutes, ses révoltes et son lent cheminement vers l'âge adulte.
Je n'aime guère le terme de « roman initiatique » et pourtant c'est tout à fait le terme adéquat pour ce livre.
LA FÉE DES DENTS est vraiment un superbe et grand bouquin. Il mélange avec bonheur le fantastique, le suspense et l'humour avec une pointe de terreur pour pimenter le tout.
Bref un grand et beau livre que je conseille à tous. :top:
J'espère vous avoir convaincu de la nécessité de l'achat (ou du vol) de ce bouquin et en attendant de le recevoir, vous pouvez toujours vous plonger dans l'univers photographique très onirique de Damien. Son blog photographique CAMÉRA OBSCURA est un modèle du genre qui vous emmène jusqu'à la lisière du rêve.



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samedi 26 juillet 2008

Un "tag" de Calepin

Encore un tag lancé ou plutôt transmis par Calepin et déjà effectué entre autres par Sentinelle et Fattorius
Une lettre de l'alphabet = un auteur = un livre.
Je me suis lancé d'un coup car avec ce genre de défi, si on commence à réfléchir....
Autant vous prévenir, j'ai triché car pour certaines lettres je ne pouvais me décider.
Voilà le résultat.

A : AYMÉ, Marcel : pour ses nouvelles et ses petits contes poétiques plus que pour ses romans (que j'aime beaucoup aussi cependant).
A : AJAR, Emile : C'est sous ce pseudonyme que Romain Gary a écrit ses deux plus beaux romans, « La vie devant soi » et « L'angoisse du roi Salomon »

B : BRADBURY, Ray : Un de mes premiers amours littéraires. Je ne me lasserai jamais des fameuses « Chroniques martiennes. »
B : BUZZATI, Dino : « Le désert des tartares » bien sûr mais aussi « Un amour » et toutes ces merveilleuses nouvelles surréalistes et si porteuses d'humanité.

C: CARROLL, Lewis : « Alice au pays des merveilles, « De l'autre côté du miroir », « La Chasse au Snark.... indémodables et très profonds, des lectures que tous les adultes devraient reprendre.
C : CAMUS, Albert : « Plus que le mythique « L'étranger » j'apprécie ses essais philosophiques comme « Le mythe de Sisyphe » ou « L'homme révolté ». Ses livres m'ont beaucoup apportés.

D : DOSTOÏEVSKI, Fedor, Mikhaïlovitch : Rien à dire, « Crime et châtiment » est sans doute le plus beau roman jamais écrit (avec « Les Misérables ».) Je vais d'ailleurs le relire très bientôt.

E : ELLROY, James. Ses livres vont très au-delà du roman policier. Il y a une puissance évocatrice, un sens du réel qui en font presque des documentaires.

F : FALLET, René : Deux veines dans son oeuvre. La veine whisky pessimiste et, ma préférée, la veine beaujolais avec de grands romans à l'humour paillard et joyeusement anarchiste comme « Le beaujolais nouveau est arrivé » ou «  Ersatz ». Romans littéralement massacrés par des adaptations cinématographiques ineptes et honteuses.

G : GONTCHAROV, Ivan : Tout le vague à l'âme et l'humour russe en un seul chef d'oeuvre « Oblomov » qu'il faut absolument lire.
G : GRACQ, Julien : Une des plus belles plumes de la littérature française. Je ne remettrai jamais de la découverte de « Au Château d'Argol » ou d' »Un balcon en forêt ». Un auteur majeur.

H : HUGO, Victor. Bien sûr ! Les misérables... un livre dont on ne peut se lasser ! Démesuré, énorme, je le relis toutes les décennies. Ne pas oublier ses autres romans et ses poèmes gigantesques.
H : HARRISON, Jim. A mon avis l'écrivain contemporain américain le plus important. Avec « Dalva », « La route du retour », « La femme aux lucioles », « En route pour l'Ouest » et tant d'autres romans ou nouvelles, Jim Harrison nous montre des solitudes humaines dans l'immensité de l'Amérique. Humour, émotions... tout simplement éblouissant !
I : IZZO, Jean-Claude. Un auteur parti trop tôt. Ces polars, très engagés » étaient superbes. Son dernier roman : « Le soleil des mourants » est une oeuvre terrible dont on ne sort pas indemne.
I : IRVING, John , Un écrivain déjanté. Qui ne se souvent du génial « Le monde selon Garp » ? De « L'épopée du buveur d'eau » ou de « Liberté pour les Ours » ? De gros bouquins touffus dans lesquels on se plonge avec délice. Il me reste dans ma pile à lire son dernier (je crois) roman : « Je te retrouverai ». Un énorme pavé. Je vais me régaler.

J : JAENADA, Philippe. Des livres au rythme étourdissant. C'est drôle et plus profond qu'il n'y paraît. « La grande bouche molle », « Le chameau sauvage », « Néfertiti dans un champ de canne à sucre », « Le cosmonaute ».... Ils sont tous épatants.

K : KOTZWINCLE, William. « Le nageur dans la mer secrète ». Minuscule petit livre. Le seul que j'ai lu de cet auteur. Je ne m'en remettrai jamais ! Le plus bouleversant, le plus beau texte jamais paru. Un chef d'oeuvre indispensable.
K : KING, Stephen : parce qu'il a inventé le roman de terreur moderne. Il faut lire « ÇA » son meilleur roman. Un immense bouquin !
K : KAFKA, Frantz. Le réalisme allié à l'imaginaire. Des descriptions minutieuses de cauchemars intérieurs... Il faut lire « Le procès », « Le château », « La métamorphose »... il faut tout lire en fait.

L : LAUTRÉAMONT. Un OVNI dans la littérature française. L'éprouvant et terrible « Les Chants de Maldoror » est un patchwork étonnant de poésie, de policier, de théâtre... une oeuvre totalement inclassable, totalement originale, un livre terriblement fascinant. Des chants cruels et magnifiques.
L : LOVECRAFT. Le sulfureux écrivain fantastique américain. Il faut vraiment rentrer dans son oeuvre si particulière. Ce n'est pas un auteur facile mais si passionnant ! Les romanciers modernes, aujourd'hui encore explorent les arcanes des mythes qu'il a créés...

M : MANN, Thomas. Sans doute l'écrivain allemand que je préfère. De sa première nouvelle « Paillasse » à son dernier roman « La montagne magique », cet auteur prussien, grand bourgeois mais humaniste et résistant au nazisme distille dans ses écrits une nostalgie du temps ou l'Allemagne était grande parmi les grandes au niveau de la culture et des arts. Tout le monde connaît le formidable « Mort à Venise » magnifié au cinéma par l'adaptation de Visconti.Mais il faut lire aussi entre autres « Les Buddenbrook ».

N : NERVAL, Gérard de. « Sylvie », « Aurélia », « Les filles du feu »... inutile de présenter cet auteur dont les rêveries magnifiques, fantastiques et romantiques font de ses textes des voyages poétiques dans un imaginaire éblouissant. C'est beau. Point.

O : OWEN, Thomas. Un auteur belge qui nous offre un fantastique assez inquiétant. Ces nouvelles sont mystérieuses et laissent souvent au lecteur le soin de terminer le récit. L'angoisse est amenée par petites touches. Fascinant.

P : POE, Edgar, Allan. Un auteur culte ! Je ne me lasserai jamais de lire et relire « Histoires extraordinaires », « Nouvelles histoires extraordinaires »; « Histoires grotesques et sérieuses ». C'est un auteur extraordinaire que je vénère.
P : PEREC, Georges. « La vie mode d'emploi » est peut-être le seul exemple de roman « cinématographique » (avec « Les choses »). Perec ne laisse rien à l'imagination du lecteur. Il d'écrit tout ! C'est hallucinant !

Q : QUENEAU, Raymond. Parce que « Zazie dans le métro », « Pierrot mon ami », « Les fleurs bleues », parce que ses poésies....

R : RAMBAUD, Patrick. Sa trilogie napoléonienne « La Bataille », « Il neigeait » et « L'Absent » est formidable. J'ai adoré.
R : RAY, Jean : Le plus grand écrivain fantastique belge. Son roman "Malpertuis", complexe et envoûtant est un chef d'oeuvre. Mais c'est dans ses nouvelles que Jean Ray donne la pleine mesure de son immense talent. Je considère "La Ruelle ténébreuse" (in "Le Grand Nocturne") comme la plus belle et la plus étrange nouvelle de littérature fantastique jamais écrite.

S : STEINBECK, John. Prix Nobel de littérature, toute son oeuvre est pleine de révolte, d'humanité mais aussi d'humour. « En un combat douteux », « Les raisins de la colère », « Les pâturages du ciel », « A l'est d'Eden », « Des souris et des hommes ».... tous des romans devenus des classiques incontournables.

T : THOREAU, Henry, David : Une pensée anarcho-américaine tout à fait moderne qui a influencée les penseurs de La Commune et continue d'inspirer les alter-mondialistes. Il faut lire «  La désobéissance civile ».

U : UHLMAN, Fred. « L'ami retrouvé », un petit roman tragique et magnifique.
V : VAUTRIN, Jean. Avec « Le cri du peuple », Jean Vautrin a écrit avec des accents céliniens LE roman de la Commune. Ce livre est un chef d'oeuvre.
V : VIAN, Boris : Parce que ce génie universel est un incontournable de la littérature, du théâtre, du cinéma, de la chanson, de la traduction, de la poésie... « L'Automne à Pékin » est mon roman préféré. Mais tout est bon chez Vian !

W : WILLIAMS, Charles. : Je viens de lire le fameux "Fantasia chez les ploucs" et sa suite largement aussi drôle : "Aux urnes les ploucs !". De la vraie et bonne lecture de détente. Deux livres, deux régals.
X : Je cale là.... :rouge:

Y : YOSHIMURA, Akira. Un auteur que je viens de découvrir avec un livre contenant deux nouvelles enthousiasmantes. « La Jeune fille suppliciée sur une étagère » et « Le sourire des pierres ». Deux magnifiques récits ayant pour thème la mort mais traités d'une façon extraordinairement originale. Je vous le conseille.

Z : Zweig, Stefan. « La pitié dangereuse » est une pure merveille. Il faut absolument lire ce bouquin.
Z : ZOLA, Émile : Parce qu'avec la série des Rougon Macquart, c'est tout le 19° siècle que raconte Zola. Inutile de citer des romans, tout le monde connaît « L'assommoir », « La Terre », « La Débâcle » ou « Le ventre de Paris ». Je suis content de terminer en beauté avec cet auteur.

Bon, comme vous voyez, je n'ai pas respecté les règles mais c'était impossible pour moi. Je ne vais pas non plus relire ce billet. Je serais capable de rajouter quelques auteurs de ci de là.
Allez, j'engage mes lecteurs à relever aussi ce défi. Mais sans tricher cette fois. Nan mais !
:fou:

jeudi 24 juillet 2008

Salvayre, Lydie : Vie commune (La). (Folio)

Suzanne, la narratrice, est depuis plus de trente ans l'employée exemplaire de monsieur Meyer et ne souhaite rien d'autre que cette servitude bien réglée. Mais désormais elle va devoir partager son territoire avec une nouvelle secrétaire, une femme vulgaire, mamelue, péremptoire et dont les idéaux petits-bourgeois choquent sa morale pudibonde et sa conception de la vertu.
Au cœur de ce huis clos somme toute banal, les sournoiseries quotidiennes, les punitions, les petites batailles acharnées, dérisoires, prennent les dimensions d'une guerre civile. La gêne, l'antipathie, le dégoût deviennent obsession, haine, désespoir. Le délire puis la folie s'installent.

Lydie Salvayre, à travers cette fable ironique et cruelle, fait de la vie de bureau le révélateur du cadre où se déroulent toutes nos guerres, petites ou grandes : la vie commune.

Lydie Salvayre, avec ce livre, nous plonge dans le petit univers étriqué, plein de souffrances, de méchanceté et de solitude de Suzanne, secrétaire de bureau qui voit une nouvelle collègue venir empiéter sur son territoire. Très vite, à travers de futiles petites mesquineries, de non-dits, d'incompréhensions et de jalousies dérisoires, la haine s'installe. On assiste au dégoût grandissant de Suzanne, non seulement vis à vis de sa rivale de bureau mais aussi des habitants de son immeuble, du gardien, de son gendre et même de sa fille, bref de l'humanité. Sans rapports humains dignes de ce nom, ce dégoût glisse vers le désespoir pathétique et la folie paranoïaque.
C'est un très beau livre, presque un sombre documentaire, que j'ai beaucoup aimé. Il aurait mérité, à mon avis, d'être un peu plus développé mais je ne regrette pas ni mon achat ni la lecture de LA VIE COMMUNE.
Je remercie Sourifleur qui via son Blog LES LECTURES DE SOURIFLEUR, m'a fait connaître cette auteur.



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mardi 22 juillet 2008

Brussolo, Serge : Bêtes (Les). (Éditions Vauvenargues)

Il vivait dans un monde où les gens avaient honte de transpirer et s'aspergeaient de déodorant. Un monde où l'on commercialisait des chats sans griffes pour ne pas abîmer les moquettes...
Un jour il sentit que quelque chose s'était installé en lui, une force terrible qui remodelait son corps et ses instincts, une force que les services d'hygiène appelaient pudiquement l'épidémie. Il était devenu, comme beaucoup d'autres, un paria se terrant dans le labyrinthe des cités foudroyées par la maladie, un maudit aux métamorphoses imprévi­sibles.
Son corps était à la fois son meilleur allié et son pire ennemi. Bête, il devait manger et tuer comme une bête. Apprendre à survivre par la griffe et le croc...

Et hop ! Encore un petit Brussolo de derrière les fagots.
Une histoire de métamorphose, de lycanthropie mais à la sauce Brussolo. C'est à dire bien démesurée, partant dans tous les sens et pour tout dire assez fascinante. Encore une fois, on sent bien que l'auteur écrit d'un seul jet, suit ses délires intimes et se moque de préparer un plan. Alors il faut se laisser emporter sans essayer de comprendre, sans analyser.
Et là, il faut dire qu'avec LES BÊTES, on est gâté ! Cela commence par la description d'un monde (le nôtre ?) obsédé par l'hygiène et qui, dans un premier temps pourchasse et détruit les animaux. Du pigeon au chat domestique....
Puis, avec l'invention d'une viande qui peut se conserver presque indéfiniment, le cauchemar des transformations commence. Une épidémie touche certains qui, peuvent alors se transformer en animal. N'importe quel animal ou même, comme le héros, Zigfeld, en un patchwork d'animaux divers. Il est impossible de résumer la suite tellement elle est composée de scènes diverses toutes aussi délirantes et improbables que possible. On est littéralement happée par cette histoire complètement dingue.
Bien sûr, comme presque toujours avec Serge Brussolo, le manque de rigueur est flagrant et quelques petites contradictions parsèment le récit, mais c'est un peu la marque de l'auteur et pour ce livre, ce n'est pas vraiment gênant.
Un autre défaut de l'écrivain est d'avoir du mal à écrire des fins crédibles. Bonne surprise l'épilogue est ici, parfaitement réussi. Cette fin est à la fois logique et pourtant tout à fait surprenante. LES BÊTES est un bouquin très prenant, un « bon » Brussolo que les amateurs de fantastique/épouvante vont sans aucun doute apprécier.
En tout cas, je l'ai beaucoup aimé et je vous le conseille.



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dimanche 20 juillet 2008

Warde, Ibrahim : Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme. (Le Monde Diplomatique/Agone)

« Après chaque attentat, des experts autoproclamés dénoncent les réseaux de financement du terrorisme. Les enquêtes ont beau démontrer que ces attentats nécessitent en réalité très peu de fonds, pour les idéologues endurcis qui forment les bataillons des “guerriers de la finance”, l’absence de preuve ne signifie rien : il faut multiplier les attaques contre l’argent caché des terroristes. »
Or les frappes financières, si elles sont le plus souvent sans effets réels sur leurs cibles officielles, provoquent en revanche de considérables dommages économiques, politiques, sociologiques et psychologiques – parfois sur des pays entiers.
Ce livre ne montre pas seulement la manière dont, pour occulter toute relation entre terrorisme et politique étrangère, l’administration américaine s’est enfermée dans sa propre propagande, il dévoile également les contradictions entre la libéralisation à marche forcée prônée dans les années 1990 et le contrôle financier tentaculaire que les États-Unis mettent désormais en place partout dans le monde.
C’est ainsi que le domaine de la finance pourrait bien devenir le plus étendu et le plus durable de la « guerre au terrorisme », tout en étant le moins controversé et le plus vulnérable à la désinformation. Quand l’« ignorance informée » devient la norme, la finance est bien la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Mais une guerre contre qui ?

Spécialiste de l’économie et de la finance internationales, professeur associé à la Fletcher School of Law and Diplomacy (Massachusetts), Ibrahim Warde écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique. Il a notamment publié Mythologies américaines (Le Félin poche, 2002).

Ce livre est un sacré brûlot. Il démontre de façon plus que convaincante que la guerre économique et financière déclarée par les États-Unis contre le terrorisme et les états « voyous » est totalement inefficace contre une menace certes bien réelle mais qui, au point de vue financier est totalement fantasmée. Le pouvoir économique des réseaux terroriste est une légende créée de toutes pièces. En fait cette frappe financière n'était qu'un leurre pour faire patienter l'opinion. L'Amérique n'était tout simplement pas prête à une frappe militaire en Afghanistan. Beaucoup d'agitations, des millions de dollars dépensés pour ... rien.
Comme d'habitude, l'administration Bush a fait preuve, de mauvaise foi, de mensonges et surtout d'incompétence avérée.
Beaucoup de gesticulations, d'effets d'annonces et surtout de sanctions économiques distribuées au hasard et aux dépends de particuliers et de pays innocents n'ont aboutit à aucun résultats tangibles sur la lutte contre le terrorisme.
Quand à la guerre d'Irak,totalement hors de propos, les États-Unis comme le monde occidental n'ont pas fini d'en subir les conséquences...
Un livre passionnant qui remet les choses en place en dénonçant l'incurie et la désinformation dont le gouvernement Bush a fait preuve.



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vendredi 18 juillet 2008

Homme invisible (L)

Claude Rains nous offre une interprétation de premier ordre dans ses débuts au cinéma, dans le rôle d'un mystérieux médecin qui découvre le sérum de l'invisibilité. Enveloppé de bandelettes et cachant ses yeux derrière des lunettes noires, Rains débarque dans un petit village de la campagne anglaise et tente de cacher son incroyable découverte. Cependant, le sérum qui l'a rendu invisible le pousse également à commettre des actes d'une indicible horreur. Basé sur le roman de H.G. Wells et réalisé par le grand maître du macabre, James Whale, L'HOMME INVISIBLE a non seulement donné lieu à une kyrielle de suites, mais peut aussi se targuer d'effets spéciaux qui resteront longtemps inégalés.

Le début des années 30 fut une sacrée bonne période pour le cinéma fantastique. FRANKENSTEIN, sa suite, LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN, KING KONG , LES CHASSES DU COMTE ZAROFF...
L'HOMME INVISIBLE quoiqu'un ton en dessous ne dépare pas parmi ces chef d'oeuvres. Les trucages sont extraordinaires pour l'époque et le film n'en abuse pas. Le maquillage de l'acteur est fantastique et révèle d'une façon étonnante la méchanceté de l'individu. Un tour de force puisque ce ne sont en fin de compte que des bandages qui sont en oeuvre !
Le début du film est fidèle au roman de H.G. Wells. C'est d'ailleurs cette première partie qui est, à mon avis la plus réussie. Il est toutefois un peu dommage que quelques scènes soient traitées sur un mode comique qui « casse » un peu l'ambiance noire du récit. Une scène de poursuite autour d'une table fait plus penser à un « Laurel & Hardy » qu'à un film de terreur. Une autre, vers la fin du film où l'on assiste à la panique d'une vieille femme devant un pantalon qui marche tout seul n'est guère plus convaincante. Mais heureusement ses scènes sont courtes et peu nombreuses.
Le film est cruel, violent (pour l'époque) et terriblement sombre. L'homme invisible est un fou furieux, la police incompétente, les villageois pleutres, le professeur, maître de l'homme invisible peu préoccupé par les conséquences de l'invention de son élève et le collègue de celui-ci d'une lâcheté assez étonnante. Seule la fiancée de l'Homme invisible présente un certain courage.
La fin est très brève, comme dans la plupart des films de l'époque et guère optimiste.
Ce DVD fait passer un très bon moment et on peut affirmer que L'HOMME INVISIBLE, classique du genre, est une très belle réussite.


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mercredi 16 juillet 2008

Martin, Laurent : Ivresse des dieux (L'). (Gallimard / Série Noire)

"Je me souviens vaguement de quelques cauchemars pleins de carnavals tristes et de chagrins radieux. Je m'éveille enfin à l'existence. Je suis fatigué, fiévreux. Un bruit sonne. Ma tête résonne. Je reconnais mon salon. J'ai dormi vautré sur le canapé. Je reconnais les trois bouteilles vides de vieux malt, l'album de photo, les paquets de lettres, qui jonchent le sol. Il y a comme une odeur. Le chien Médor s'est laissé aller à ses fonctions primaires. Il a pissé, chié, devant la porte. Il a agressé violemment la poubelle pour tenter de se nourrir. Moi aussi, je me suis laissé aller. Les toilettes, le lavabo sont arrosés de vomissures séchées. Tout l'appartement pue, et moi plus encore. Je mets un disque. Schubert, Franz. La Jeune Fille et la Mort. stance."

Né à Djibouti, Laurent Martin vit actuellement en Normandie. Professeur de lettres et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel, il prépare une thèse sur l'art rupestre en Asie Centrale. L'ivresse des dieux est son premier roman.

Voici un polar très original. En effet, il est écrit à la façon d'une tragédie grecque.
On y lit donc le point de vue du héros, du choeur représentant la cité et du coryphée (chef de choeur) qui commente l'action.
L'action du roman se situe à Marne-La-Vallée dans une ambiance de désespoir partagée par tous les protagonistes du récit. Récit bien noir mettant en scène un flic municipal à la recherche du tueur de son ex femme. Tueur en série d'ailleurs qui défigure ses victimes après les avoir violées et assassinées. Dans ce roman, tout le monde à l'air fatigué et comme résigné. Un désespoir ordinaire d'une ville de banlieue ni pire ni meilleure qu'une autre, mais où tout à l'air de se dégrader, les bâtiments comme les mentalités et les âmes...
J'ai beaucoup aimé ce livre passionnant, très noir, aux chapitres bref et à l'écriture percutante. Un bon polar à conseiller pour l'été.



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lundi 14 juillet 2008

Coupland, Douglas : Génération X (10/18)

Pour Andy, « moins est une possibilité ». Dag, lui, ne voit « pas de vrai changement possible si on aime la viande ». Quand à Claire, plus pragmatique, elle recense tout ce qu'on peut faire seule dans le désert : regarder le paysage, parler tout seul, se prendre à poil au Polaroïd. Ainsi les trois amis diluent à coup d'assertions pop et psyché les promesses consuméristes de l'American Way of Life. GÉNÉRATION X suit leurs déambulations nocturnes dans les bars de Palm Springs et observe, avec la rigueur de l'entomologiste, le chamboulement cynico-festif de toutes les valeurs. Un vrai contre manuel de savoir-vivre à l'usage de toutes les générations !

« Par bien des aspects, la tendresse mêlée à la révolte, le portrait d'une classe d'âge, ce roman rappelle L'Attrape-coeur ou Moins que zéro » (Frédéric Beigbeder, Glamour). 

C'est un billet de Calepin sur son blog : ROMANS ET LECTURES qui m'a donné envie de découvrir cet auteur. Calepin conseillait de commencer avec ce titre...
Curieux bouquin que celui-ci. D'abord la mise en page qui laisse de grosses marges à droite comme à gauche. Ce n'est pas gratuit, rassurez-vous, ces marges sont occupées par des dessins, graphiques, pensées et aphorismes divers. Cela « casse » d'ailleurs un peu le rythme de lecture.
Autrement le roman raconte le quotidien de trois trentenaires désabusés qui vivent encore un peu comme des adolescents. C'est à la fois drôle et un peu triste. Un livre (un de plus) sur le désenchantement d'une génération. Le bouquin se lit rapidement, il se dévore même car l'écriture vive parfois saccadée, quelquefois humoristique, toujours en mouvement, empêche le lecteur de décrocher. Un livre que l'on dévore donc mais qui une fois terminé donne une impression de vacuité. Tout ça pour ça !
Il me semble que le bouquin manque en effet de profondeur et d'un manque de sens évident. Mais peut-être est-ce le but de ce livre que justement de raconter le vide de trois existences.
En tout cas, si vous l'avez lu, j'aimerais votre avis.... tellement je suis peu sûr du mien. :question:



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samedi 12 juillet 2008

Barker, Clive : Livres de sang tome 6. (La mort, sa vie, son oeuvre). (J'ai lu)

Pour s'être moqué des morts, le pseudo-médium Simon McNeal a vu chaque centimètre carré de son corps tatoué, gravé jusqu'au sang des histoires personnelles et toujours tragiques de défunts en colère. Il reste tout juste la place pour qu'Elaine raconte de quelle manière elle a cru devenir la maîtresse de la Mort; pour que Locke évoque l'épouvantable malédiction que lui ont lancée les indiens d'Amazonie qu'il tentait de déloger; ou pour que Swann, le grand illusionniste, explique de quelle manière on peut tromper les Enfers...
Quand à McNeal, il devra apprendre que, une fois entamée, la rédaction d'un livre de Sang ne s'arrête... jamais.

Me voici donc au dernier tome des LIVRES DE SANG de Clive Barker.

LA MORT, SA VIE, SON OEUVRE : une superbe nouvelle bien dans le ton général de cette série. Cela commence presque comme un polar, le mystère s'épaissit puis l'horreur arrive, d'abord insidieusement, puis éclate dans un final à la fois « gore » et étonnant. Du très bon Clive Barker.

LE SANG DES EXPLOITEURS : Sans doute le meilleur récit du livre mais aussi un des plus marquants de l'ensemble. Le thème classique de la malédiction est ici traitée avec maestria et l'histoire à l'atmosphère étouffante devient vite carrément épouvantable. L'horreur dans toute sa splendeur !

ENTRE CHIEN ET LOUP : Le mélange curieux de l'espionnage et de la lycanthropie donne une nouvelle parfois bancale mais écrite avec talent. Il me semble qu'elle aurait gagnée à être plus développée et même à prendre l'ampleur d'un roman. Elle reste toutefois tout à fait satisfaisante et, en tout cas, fait la preuve de l'imagination et du talent de renouvellement de l'auteur.

LA DERNIÈRE ILLUSION : Je pense que cette histoire est la plus faible du livre. Très bien écrite, avec certains passages vraiment « scotchants » , elle souffre, à mon avis, d'un manque de rigueur dans son déroulement. Par moment on peine à suivre l'auteur et la fin est un peu rapide et frustrante. Cette nouvelle est tout à fait lisible mais un peu longuette à mon avis.

JERUSALEM STREET (épilogue) : Comme son titre l'indique, le récit qui clôt le livre ET la série reprend l'histoire qui ouvrait le premier tome : LE LIVRE DE SANG et lui donne sa véritable signification en la terminant par cette phrase : "Ce que le garçon lui avait dit était vrai. Les morts ont leurs artères. Seuls les vivants sont perdus."
Phrase énigmatique sortie de son contexte mais qui clôture parfaitement cette série de six livres, aux nouvelles presque toutes passionnantes.
Je pense que l'ensemble des LIVRES DE SANG est une oeuvre indispensable à tout amateur de littérature de terreur. En tout cas j'ai eu beaucoup de plaisir à relire les deux premiers et lire les quatre suivants.


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jeudi 10 juillet 2008

Van Cauwelaert, Didier : Attirances. (Le Livre de Poche)

Un écrivain harcelé par l'étudiante qui lui consacre une thèse ; un peintre qui s'accuse de tuer les femmes à distance avec ses pinceaux ; une maison qui envoûte jusqu'à la folie ceux qui s'y attachent... Faut-il résister à l'attirance ?
Et si l'on y cède, est-ce pour se fuir ou pour se retrouver ? Liées par un même secret, trois passions vénéneuses où culmine le talent d'un des plus grands auteurs français d'aujourd'hui.

Trois nouvelles au ton fantastique. Les trois récits sont reliés entre eux par un lien ténu mais réel. Comme souvent, Didier Van Cauwelaert crée une ambiance qui pourrait être terrifiante sans un humour léger mais omniprésent qui désamorce l'angoisse. Cela n'empêche pas du tout un suspense et une étrangeté qui plonge le lecteur dans un léger malaise et une irréalité bien réjouissante. La troisième nouvelle, la plus longue est, à mon avis la meilleure, mais les deux autres méritent le détour. L'auteur nous offre avec ce livre un bon exemple d'un fantastique « quotidien » purgé de tout effet grand-guignolesque. De l'angoisse « soft » en quelque sorte. Le style est vif, la lecture aisée et ce livre se dévore d'une traite.
ATTIRANCES est le type même de bouquin sympathique qui, comme d'ailleurs les autres oeuvres de l'auteur, offre un bon moment de lecture, sans prétention, mais intense.


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mardi 8 juillet 2008

Le Chat

Un triste pavillon de banlieue abrite un vieux couple qui s'est aimé autrefois et se déteste aujourd'hui. Julien, le mari, reporte son affection sur un chat errant. Mais un jour, sa femme Clémence, éperdue de jalousie, tue le chat à coups de revolver. Là, désormais, la haine s'installe entre eux...

C'est une histoire ultra simple. Celle d'une haine apparente qui s'installe au sein d'un vieux couple. Et le réalisateur accentue cette simplicité en réduisant au maximum les dialogues, la musique et même les protagonistes du film. Ici tout tourne autour des deux « monstres sacrés » que sont Simone Signoret, au jeu extraordinaire et Jean Gabin, fidèle à lui-même, sans surprise mais toujours fascinant.
En fait, la véritable vedette du film en est le lieu. Un modeste pavillon de Courbevoie cerné par un gigantesque chantier. C'est bien au choc de deux mondes auquel on assiste. La fin d'une époque et la construction d'un futur assez désespérant de grands ensembles caractéristiques des années 60 et 70. L'omniprésence des bulldozers et autres camions rythment la destruction du couple.
Malgré la petite ruse assez commune de commencer le récit par la fin, on sait presque tout de suite absolument tout de l'histoire. C'est donc l'ambiance qui compte ici. Et c'est une réussite. L'image récurrente du camion d'éboueur qui passe dans le matin blême accompagné de ses rippeurs est presque fantastique. Ce camion ressemble à un corbillard ! L'incessant ballet des camions de chantier accentue l'atmosphère oppressante de la fin de la vie d'un couple et de la fin d'un monde en général.
Quand Julien Bouin ne communique plus avec sa femme que par de simples billets, on sent que l'étouffante cohabitation ne peut que toucher à sa fin.
Que dire d'autre sur LE CHAT ?
Que la fin (le début du film) donne un peu d'humanité au naufrage de ce couple.
Que, ayant vu ce film trois fois auparavant j'ai ressenti le besoin de l'acheter en DVD.
Que je ne vais sans doute pas tarder à lire le roman original de Georges Simenon d'où est tiré ce film sous peine de me faire engueuler par mon pote OGGY.
Que j'aime ce film pour son pessimisme, son désespoir et le jeu des acteurs.
Que je vous le conseille chaleureusement. :top:


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dimanche 6 juillet 2008

Benni, Stefano : Margherita Dolcevita. (Actes Sud)

Quinze ans, quelques kilos en trop et un (grand) cœur qui bat sur un rythme atypique, voici Margherita Dolcevita, la nouvelle héroïne de Stefano Benni.
Un père bricoleur acharné, une mère qui fume des cigarettes virtuelles, deux frères, l'un fana de foot, l'autre de mathématiques, un grand-père qui avale des yaourts périmés pour se mithridatiser, et un chien indéfinissable, Roupillon : c'est la famille de Margherita, habitant un dernier reste de campagne, aux portes d'une petite ville comme tant d'autres. Quant à Margherita, elle écrit des poèmes et dialogue avec la Petite Fille de poussière, un fantôme qui hante une maison frappé, il y a longtemps, par un bombardement.
Mais un jour apparaît, juste en face, un énorme Cube noir et menaçant. Il s'agit des nouveaux voisins, les Del Bene, image d'une "modernité" maléfique qui fait voler en éclats la vie paisible de l'adolescente. Seul Angelo, leur fils aîné, un beau "vampire blond", tente de se soustraire à la vie hypocrite de ses parents.
Jusqu'au bout, Margherita, qui a découvert les activités louches des Del Bene, se battra pour "notre miette de justice", avec son humour, avec son intelligence et son refus des stéréotypes, qui font d'elle une sorte de Zazie italienne. Dans un roman polyphonique, mêlant l'humour, la poésie et les codes du roman policier, Stefano Benni nous offre une fable moderne, qui a déjà remporté un immense succès dans de très nombreux pays.

Quelle belle découverte ! Je ne connaissais pas cet auteur mais je vous jure que ce livre m'a enthousiasmé !
J'ai de la chance avec mes lectures en ce moment mais là, avec ce roman, je suis gâté. Le texte de présentation ci-dessus peine à décrire ce merveilleux bouquin qui, il est vrai, est presque impossible à résumer. D'abord il est de tous les genres : policier, poésie, conte merveilleux, fantastique.... les mots sont inventés, étirés, triturés... c'est un plaisir de chaque instant de découvrir toutes les petites trouvailles littéraires dont l'auteur parsème son roman. Et puis la folie parcourt tout le livre pour notre plus grand bonheur.
On y croise une bicyclette aux tendances suicidaires, le fantôme d'une petite fille, un jardinier conteur, des objets et des lieux inspirés et surtout une jeune fille à la fois totalement déjantée mais non dénuée de sagesse et portant sur le monde des adultes un regard clairvoyant et sans concessions.
On pense à la poésie des nouvelles d'Italo Calvino, à l'étrangeté des écrits de Dino Buzzati, à la folle logique de Lewis Carrol... et puis non, Stefano Benni est un auteur tout à fait original.
Avec MARGHERITA DOLCEVITA nous offre une oeuvre géniale. Un livre où l'on rit, tremble, pense. Un de ces livres passionnants que l'on ne peut oublier. Je viens de commander deux autres livres de Stefano Benni qui est MA découverte de l'année.
J'espère vous avoir donné l'envie de lire ce bouquin. Si oui, je suis certain que vous ne le regretterez pas.



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vendredi 4 juillet 2008

Thiêp, Nguyên Huy : Général à la retraite (Un). (L'Aube poche)

La fin de vie et la mort d'un vieil officier qui fut une figure emblématique de la guerre du Viêt-Nam...
La malédiction qui poursuit durant cent ans la progéniture mâle d'une même lignée...
Un chasseur qui redécouvre en lui des restes d'humanité en observant une famille de singes...
Au fil de ses nouvelles, Nguyên Huy Thiêp traque chez chacun de ses personnages une grandeur d'âme disparue.

Nguyên Huy Thiêp vit Hanoi, où il est né en 1950. Son œuvre est traduite en français aux éditions de l'Aube.

Encore une petite merveille !
Avec les récits de Nguyên Huy Thiêp, on plonge dans le Viêt-Nam aussi bien traditionnel que moderne. L'écriture, dépouillée, d'une simplicité, d'un réalisme presque photographique est d'une grande beauté. Les situations racontent le quotidien souvent cruel d'une société bourrée de contradictions, de tiraillements entre une tradition, sans doute rassurante, et un modernisme attirant mais vénéneux.
Ce sont quatre nouvelles qui sont en fait des chroniques acérées, souvent amères et qui mettent en avant l'Homme, qui décrivent les êtres avec leurs violences intérieures, leur courage et les petites et grandes indignités dont tous sont capables.
Le charme de l'écriture ne peut cacher la tristesse silencieuse mais que l'on sent rageuse dont tout le livre est imprégné.
Un très très beau recueil de nouvelles qui procure de merveilleux moments de lecture.
Je vous le conseille fortement.
:top:


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mercredi 2 juillet 2008

Palahniuk, Chuck : Fight Club (Folio)

" Laisse-moi te parler de Tyler. Tyler dit : les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder. C'est seulement après avoir tout perdu que tu es libre de faire ce dont tu as envie. Le Fight Club t'offre cette liberté.
- Première règle du Fight Club : Tu ne parles pas du Fight Club.
- Deuxième règle du Fight Club : Tu ne parles bas du Fight Club.
Tyler dit que chercher à s'améliorer, c'est rien que de la branlette. Tyler dit que l'autodestruction est sans doute la réponse.

" Métaphore acide et jubilatoire d'un monde au bord du chaos, perdu faute de révolution, Fight Club a été porté à l'écran en 1999 par David Fincher, le réalisateur de Seven et Alien 3.  

De Chuck Palahniuk, j'avais déjà lu et apprécié CHOKE, livre totalement déjanté. Un livre étonnant qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais pu lire auparavant.
FIGHT CLUB est différent. Certes le roman est tout à fait délirant mais le récit sans être conventionnel est déjà plus classique. C'est un très bon récit, violent, prenant avec des pointes d'humour réjouissantes. Tout le livre baigne dans un climat paranoïaque à la Philip K. Dick. Pourtant ce n'est pas de la science fiction. En fait je ne l'aurais sûrement pas catalogué ainsi et je suis étonné du choix de cette collection pour ce livre. Un roman très nihiliste, violemment critique envers notre société qui met en scène un « héros » schizophrène dans un monde crépusculaire, désespérant qui n'est autre ... que le nôtre. Une écriture percutante qui ne laisse aucun répit jusqu'à un dénouement étonnamment énigmatique... bref une histoire atypique racontée dans un style dérangeant, cynique, choquant parfois, et qui atteint bien son but : scotcher le lecteur à son livre jusqu'à la dernière page.



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