Tabitha Winshaw a 81 ans et elle est folle. Démence sénile ? Pas du tout. Elle a perdu l'esprit un soir de l'hiver 1942 quand son frère préféré, Godfrey, a été abattu par la DCA allemande au-dessus de Berlin. Le chagrin alors ? Ce n'est pas cela non plus. Elle est persuadée que la mort de Godfrey a été commanditée par son frère aîné, Lawrence, qu'elle déteste. Une folle dans la famille, l'aristocratie britannique en a vu d'autres. Mais voilà que Tabitha se mêle de commander à Michael Owen, un jeune homme dépressif, une histoire de la dynastie des Winshaw qui occupe tous les postes-clés dans l'Angleterre des années quatre-vingt. Il y a du jeu de massacre dans l'air d'autant que Tabitha n'est peut-être pas aussi folle qu'il y paraît.
Cette cinglante satire de l'establishment, passionnante comme un polar et teintée d'un humour très british, quatrième roman d'un critique littéraire né en 1961, a valu à Jonathan Coe une renommée internationale et a obtenu en France le prix Femina étranger en 1995.

J'ai ce livre dans ma bibliothèque depuis très longtemps et comme, pour je ne sais trop quelle raison, il n'est pas passé par la case « Pile à lire », je m'étais persuadé l'avoir déjà bouquiné. Et l'autre jour en parcourant mes rayons, je l'ai sorti, j'ai lu le texte de quatrième de couverture et j'ai réalisé à ce moment que j'étais passé à côté... Whoaaaaa quel livre !
:boing:
TESTAMENT À L'ANGLAISE est un roman « puzzle » incroyablement fouillé, un tour de force littéraire qui mêle intimement une enquête policière à une satire politique. Cette histoire raconte, à travers les destins croisés de ses membres et de témoins divers, une dynastie familiale dont les membres sont tous d'une incroyable immoralité. Que ce soit Henry, l'homme politique qui retourne sa veste, Thomas, le marchand d'armes ou Hilary, la journaliste, tous sont tout simplement pourris jusqu'à la moelle et bien représentatifs de l'ère « Thatcher », la toile de fond où se déroule la plus grande partie des événements.
Le biographe de cette famille, Michael Owen, jeune homme dépressif se rend compte, petit à petit, de la criminalité des Winshaw. Ce qui fait l'intérêt de ce gros roman c'est, au-delà de l'intrigue palpitante, de l'humour anglais omniprésent, des personnages attachants et de la critique sociale, c'est la remarquable construction du récit. Chaque petite anecdote ,qui paraît sur le moment presque insignifiante, trouve sa place exacte et indispensable plusieurs centaines de pages plus loin et j'ai rarement lu un livre aussi précis dans la création et le déroulement du récit.
TESTAMENT À L'ANGLAISE est une merveille littéraire et même si le final grand guignolesque est assez improbable, il est indispensable, étourdissant de cynisme mais aussi de dextérité dans l'écriture.
Jonathan Coe, dont j'avais déjà adoré le formidable roman BIENVENUE AU CLUB est décidément un grand écrivain. J'ai dans ma PAL encore deux livres de lui. Je veux croire qu'ils sont aussi bon que celui-ci.
Au passage je me demande quel écrivain francophone aurait le talent pour écrire un si gros roman étourdissant d'élégance et de virtuosité. Si vous avez un tuyau....
:question:


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