lundi 31 mai 2010

Madani, Karim : Cauchemar périphérique. (Éditions Philippe Rey)

Paris et la banlieue sud. 1991. La trajectoire hallucinée de Samy, ex-voyou devenu chauffeur pour les frères Berkowitz, deux étoiles vieillissantes du milieu, sérieusement concurrencés par un jeune caïd avide de pouvoir et par le clan des Arméniens…

Dans cette galaxie de gangsters qui entrent régulièrement en collision, Max Prado, flic corrompu asphyxié par des dettes de jeu, entame quant à lui sa descente aux Enfers, entraînant ses coéquipiers dans son sillage. Le tout sous l'œil féroce de Froissart, le patron de l'IGS, la police des polices.

Flic pourri, petit dealer, grossiste en cannabis, maquereau pathétique, jeune tapineuse, député amateur de parties fines sado-maso, truand sociopathe… tous se côtoient dans un déluge de jazz, de grosses bagnoles, de corruption, de came, de luxure et, bien sûr, de flingues. Le style vif, rythmé et inventif de Karim Madani porte ces figures à travers leurs virées nocturnes dans les bas-fonds de Paris, tandis que Samy et son jeune frère Ismaël, en périphérie de cette ronde infernale, cherchent la voie de leur propre rédemption.

Un bouquin vraiment étonnant et très noir. Ici les flics sont des ripoux, les politiques corrompus, les truands minables, bêtes et très méchants. Les décors sont glauques à souhaits : bas-fonds de Paris intra-muros ou banlieues minables, bars interlopes, appartements repoussants de saleté... les protagonistes sont tous à la fois coupables et victimes, tous sont épuisés par la vie et aucune lueur d'espoir ne traverse ce bouquin. Seul Sammy, chauffeur mélomane au service de deux truands, qui semble détaché de ce monde d'une noirceur totale, apporte une petite touche d'humanité ainsi que son petit frère et son histoire d'amour sans issu
Ce livre très ambitieux qui dépasse largement le polar classique pour offrir une étude de mœurs très fouillée, baigne dans une atmosphère étouffante, presque cauchemardesque sans pourtant verser dans la violence gratuite ou le gore. C'est dur, très dur mais sans scène vraiment insupportable. Un livre extrêmement dru, fouillé et absolument passionnant malgré certaines longueurs : la description minutieuse de toutes les armes par exemple ou les longues digressions musicales mais qui, en fin de compte, participent au climat de ce récit assez éprouvant et ménagent quelques poses bienvenues.
En tout cas, je ne peux que vous conseiller ce gros pavé d'un pessimisme rare mais à l'écriture à la fois vive et minutieuse.
Ce livre a été lu à l'occasion d'une opération "Masse critique" de Babelio.



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jeudi 27 mai 2010

Millet, Richard : Petit éloge d'un solitaire. (Folio)

Il était de ces êtres, si incompréhensibles aujourd'hui, qui ont le goût de la solitude : une solitude qui était plus un accomplissement que de la misanthropie ou la contestation de l'ordre social qu'elle est devenue dans une société qui a fait du vivre-ensemble, de la transparence, du festif, de la convivialité, une des figures de la démocratie où les solitaires sont suspects aux vertueux hédonistes du nouvel ordre moral. Mais s'il aimait autant la solitude, c'était qu'il pouvait ainsi laisser libre cours à ce qu'il faut bien appeler son originalité ou ses bizarreries. "

Richard Millet est né à Viam, en Corrèze, en 1953. Il a passé son enfance au Liban. Il a écrit une trentaine de livres (romans, récits, essais, sur la langue et sur la musique - dont Le Sentiment de la langue, qui a obtenu le Prix de l'Essai de l'Académie française en 1994). Il vit et travaille à Paris. Il est membre du comité de lecture des Éditions Gallimard.

Ce petit livre, au titre à mon avis mal choisi, raconte la réflexion d'un homme sur ses origines familiales et ses ancêtres. Mêlant réalité et imaginaire, il revient sur les destins de son père et de son grand père. Il imagine la vie de ce dernier, mort quelques jours, après la naissance de l'auteur, à travers quelques témoignages et quelques photographies jaunies.
Ce récit nostalgique est très beau. Le rythme lent et l'écriture élégante et limpide transmettent au lecteur le tranquille sentiment légèrement mélancolique du temps qui passe en effaçant des pans entiers de l'histoire d'individus qui ont contribué à former une famille.
Un bon petit livre que je vous conseille.


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lundi 24 mai 2010

Curval, Philippe : Un soupçon de néant. (Presses Pocket et Denoël / Présence du futur)

Et si l'on vous donnait le pouvoir de transformer à votre guise vos amis, les grands de ce monde et la femme de votre vie ?
Soudain, plus rien ne vous résiste mais, comme le héros d'Un soupçon de néant vous vous apercevez très vite que vous êtes seul et que le rêve tourne au cauchemar.
Ce cauchemar, Philippe Curval a choisi de le raconter sur le mode humoristique, dans cette langue imprévue et raffinée dont il use pour transcrire ses rêves.

Quelle bonne surprise que ce petit livre ! Je me suis régalé comme rarement à la lecture de ce bouquin complétement frapadingue que l'on dirait sorti directement d'une substance hallucinogène interdite. D'ailleurs il est question d'une drogue : le Lidi qui se révèle capable de matérialiser les rêves de son utilisateur !
Et Philippe Curval s'en donne à cœur joie et nous offre un délire à la Lewis Carroll ou, plutôt à la Robert Sheckley (qui aurait passé sa soirée avec Fredric Brown).
On croise dans ce bouquin inracontable, un ver de sable parlant, une fille qui change de personnalité, un ordinateur très spécial, des extraterrestres bizarres, des mondes parallèles et un héros bien paumé....
L'auteur multiplie les clins d'œil aux classiques de la science fiction. Van Vogt et son MONDE DU NON-A. Frédric Brown et son fabuleux L'UNIVERS EN FOLIE, on croise le robot Jenkins de DEMAIN LES CHIENS de Clifford D. Simak (Clifford étant aussi le nom de l'irrésistible ver de sable) qui pulvérise les lois de la robotique inventées par Isaac Asimov. Ce même Asimov qui apparaît sous les traits du professeur Vomisa... bref vous l'avez compris. UN SOUPÇON DE NÉANT est un livre parodique à l'humour permanent et qui se dévore !
Preuve de sa qualité, ce livre de 1977 a été réédité et est trouvable dans une édition de la collection Présence du futur. Ne vous privez pas de ce merveilleux délire !


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jeudi 20 mai 2010

Lemaitre, Pierre : Cadres noirs. (Calman-Lévy)

Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir.
Ancien DRH, il accepte des petits jobs démoralisants. A son sentiment de faillite personnelle s'ajoute bientôt l'humiliation de se faire botter le cul pour cinq cents euros par mois...
Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d'étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l'argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme, de ses filles et même à participer à l'ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d'une prise d'otages.
Alain Delambre s'engage corps et âme dans cette lutte pour regagner sa dignité.
S'il se rendait compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre.

Grâce à Argantel qui a eu la gentillesse de m'offrir ce livre, j'ouvre pour la première fois un ouvrage de cet écrivain et je dois dire que cette découverte m'a littéralement enthousiasmé.
Nous sommes tout de suite en empathie avec Alain Delambre, chômeur qui a le courage de ne pas se laisser abattre et d'effectuer de petits boulots bien loin de ses qualifications. Sa dignité, sa persévérance, son cran force le respect. Mais sa pugnacité va l'entraîner un peu trop loin... et à vouloir jouer au plus malin, on risque beaucoup plus que de ne pas décrocher l'emploi rêvé...
CADRES NOIRS est un livre passionnant, une sorte de thriller psychologique qui possède deux parties distinctes. La première offre une bon aperçu de la mentalité qui peut régner au sein d'une grande entreprise, la lutte sans merci et de tous les instants que se livrent les cadres supérieurs pour obtenir ou garder un emploi et les coups tordus que s'autorise une entreprise vis à vis de ses employés. Un monde impitoyable !
Dans ce monde Alain Delambre joue et semble perdre. Et c'est là que l'écrivain passe à la vitesse supérieure et, dans la deuxième partie du livre, nous offre un superbe exemple de billard à trois bande littéraire. L'action monte en puissance et le lecteur se retrouve, admiratif, bousculé par des rebondissements, des scènes passionnantes et de faux épilogues qui font passer ce roman de la psychologie la plus fine au polar le plus glauque.
La fin (la vraie) est tout à fait étonnante puisque le triomphe annoncé se teinte d'un sacré revers pour le héros.
CADRES NOIRS est un superbe et captivant roman noir qui fascine littéralement par la maitrise de son sujet, l'inventivité des péripéties et la fluidité de l'écriture. Je ne l'avais pas encore terminé que je commandais déjà un autre livre de Pierre Lemaitre.
Un grand merci à Argantel pour ce grand moment de lecture. :etreinte:


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lundi 17 mai 2010

Devaux, Pierre : XP. 15 en feu ! (Magnard)

Vous voulez tout savoir dur le « Spoutnik » et les voyages interplanétaires ? Lisez le célèbre roman « XP.15 en feu ! » de Pierre Devaux où vous verrez le jeune et dynamique Robert Lyax, avec ses camarades, s'élancer sur les lignes astronautiques du système solaire !
Qu'y a-t-il derrière la Lune ? Peut-on chasser le diplodocus sur Vénus ? Quel est le secret des « canaux » de mars ? Vous le saurez en lisant le célèbre roman interplanétaire « XP.15 en feu ! » où Pierre Devaux, nouveaux Jules Verne, a prédit les satellites artificiels, la fusée Terre-Lune, toutes les fantastiques réalisations auxquelles nous assistons aujourd'hui.

Enfin ! J'ai réussi a retrouver ce bouquin qui m'avait enchanté quand j'avais une dizaine d'années. XP. 15 EN FEU ! Est un livre pour la jeunesse dont la première édition date de 1945 (celle que je présente est de 1963) et cela ce sent ! Le bouquin est pétri de notions de devoir, de sacrifice et de patriotisme. Mais j'ai retrouvé le plaisir de mon enfance et la passion pour les aventures de ce très jeune homme qui après avoir contribué à neutraliser une bande de malfrats est admis dans la prestigieuse école des cadets de l'espace. Robert va vite se trouver au centre d'événements extraordinaires qui le fera voyager dans le système solaire à la poursuite d'un bandit. Il vivra des aventures sur la Lune, Mars, Vénus (ou il adopte un petit diplodocus qu'il relâchera en Camargue !) avant de revenir en triomphateur sur la Terre.
Le texte de présentation compare l'auteur de ce livre à Jules Verne et cela n'est pas faux dans le sens ou Pierre Devaux donne de véritables cours sur les planètes du système solaire, les fusées et la balistique. Bien sûr ces explications prêtent maintenant à sourire mais devaient être passionnantes pour les jeunes lecteurs de l'époque. Comme dans les romans de Jules Verne, chaque chapitre est précédé de quelques lignes qui dévoilent les futurs péripéties. Du genre : « Cabrioles aériennes – Une ville Lunaire – Un terrible accident - Le hublot fendu - Paysage saturnien – Un précipice de 1000 mètres – etc. »
Je suis vraiment content d'avoir pu relire ce livre, même si la nostalgie a été prépondérante dans le plaisir que ma procuré sa lecture.
Je n'irai pas jusqu'à en conseiller l'achat à un enfant actuel mais si vous voulez avoir un bon exemple de la littérature pour la jeunesse des années 50 vous pouvez vous le procurer. Sa lecture est divertissante.


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jeudi 13 mai 2010

Ecken, Claude : Enfer clos. (Le Bélial)

1945.
La porte d'une triste masure se referme sur une fratrie marquée par le malheur et la honte. Bernadette et Suzie ont été tondues pour avoir couché avec l'occupant. Tondues et violées sur la place du village... Putains ! Putains ! Guillaume, le plus jeune, muré dans sa terreur, parle si peu qu'aux yeux de tous il n'est qu'un attardé doublé d'un déserteur. Quant à l'aîné, Clément, il a beau se poser en héros, on devine sous la patine du mensonge une vérité aux couleurs plus troubles...
Et c'est lui, Clément, violent et paranoïaque, qui prend la décision de cloîtrer son petit monde derrière les volets de cette cabane insalubre. Car il faut se protéger des autres, de l'extérieur, de ceux qui ne crient qu'un seul mot en cette période exultante de l'après-guerre : vengeance ! Ainsi débutent quarante années d'un enfermement total, quarante années pour libérer le monstre qui sommeille en chacun, quarante années d'enfer clos...
Enfer clos, livre coup de poing s'il en est, roman d'une maîtrise psychologique époustouflante inspiré d'un fait divers inconcevable, démonte avec lucidité les mécanismes du vernis social sous lequel gronde la bestialité. Terrifiant.

Le titre de ce livre est parfaitement adapté à son contenu et le décrit parfaitement. Le texte de quatrième de couverture résume toute l'histoire. Ces quatre frères et sœurs qui s'enferment volontairement dans un taudis isolé vont plonger dans une régression totale et abandonner en peu de temps toute trace d'humanité et de civilisation. L'expression « descente en enfer» prend ici toute sa signification. Claude Ecken ne nous épargne aucun détails et les descriptions souvent très « gore » relèvent presque du roman  fantastique de terreur. Pas de surnaturel certes mais une plongée dans l'abject et l'horreur. Violence, inceste, meurtre, cannibalisme.... ce livre est tout simplement effroyable pour ne pas dire épouvantable.
ENFER CLOS est un roman traumatisant, outrancier même, un livre « coup de poing » réservé à ceux qui ont le cœur bien accroché. Mais on le dévore, scotché par le récit qui déroule ses chapitres dans une spirale infernale (le mot n'est pas trop fort) en ce demandant où cela s'arrêtera. Cela ne s'arrête pas...
Merci à mon ami Pat (Suisse24) pour m'avoir conseillé ce livre que l'on peut qualifier de monstrueux mais qui restera longtemps dans ma mémoire.



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lundi 10 mai 2010

François, Annie : Bouquiner : autobiobliographie. (Points Seuil)

Il suffit de lire un bouquin par mois pour avoir des manies, ciel préférences. Tout est plaisir, tout fait problème. Préfère-t-on lire couché ou assis, dans un fauteuil sur une chaise ? User d'un marque-pages ? Emprunter ? Prêter, sans espoir de retour ? Se Fier aux critiques, n'écouter que ses amis ou son flair ? Engranger encore, toujours, au risque de devoir déménager ?
Le livre ne sollicite pas seulement l'intelligence, la vue, mais l'ouïe, l'odorat, le toucher. Les muscles, les nerfs. La mémoire et l'oubli. Le cœur, le temps et l'espace. Le livre peur envahir la vie domestique, amoureuse, familiale, amicale, professionnelle. Toute bibliothèque est une sorte d'autobiographie d'un couple, d'une tribu d'amis, d'une confrérie de lecteurs. Où chacun peut se retrouver.

Voici un livre qui ne laissera pas indifférent tous ceux qui, comme moi, ont la passion de la lecture. Il est amusant de comparer les habitudes d'Annie François, ses manies et tics vis à vis du livre avec les nôtres. Le plaisir d'acheter, d'emprunter, de prêter, de caresser une belle reliure ou au contraire le rejet d'une illustration de couverture ratée. La peur d'être en manque (cette fameuse PAL à la fois nécessaire et haïe), les achats compulsifs, les flâneries dans les librairies, la fréquentation (ou pas) des bibliothèques.... bref tout ce qui fait la vie d'une lectrice pour qui le livre est aussi indispensable que l'air qu'elle respire est raconté ici avec humour et passion. En vérité nous ne sommes guère surpris et nous n'apprenons pas grand chose car... nous sommes de la même race. Celle des lecteurs fous.
BOUQUINER est un livre (forcément) sympathique qui nous conforte dans notre passion. Seule petite remarque, Annie François ne cesse de citer des titres et des auteurs. Certains que nous connaissons (on est content) et d'autres inconnus que nous ne pouvons empêcher de noter pour un achat éventuel. En cela BOUQUINER est un petit livre dangereux pour notre porte-monnaie et pour notre satanée PAL qui ne cesse de grandir, de grandir....



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jeudi 6 mai 2010

Pagel, Michel : Sylvana (Fleuve Noir "Anticipation")

« L'histoire est simple.
Sylvana, ma femme, était un vampire. Jean, mon frère, était sa victime. Victime consentante qui s'offrait avec joie, avec amour. Tous deux sont morts désormais."
L'histoire est simple, et il n'y a pas de justice...

Voici, tiré de ma collection Fleuve Noir « Anticipation » , un petit bouquin qui m'a laissé une impression mitigée.
SYLVANA est un bon petit roman assez original sur le thème du vampirisme. Tout ce passe dans un petit village baignant dans le soleil ou dans un Paris tout à fait banal. Le début du récit est assez laborieux mais prend assez vite un rythme satisfaisant. L'histoire de cette fille, buveuse de sang, mais sans les attributs des vampires (dents normales, absence de réactions à l'eau bénite, au crucifix, à l'ail, etc.) est assez plaisante malgré quelques grosses invraisemblances. Comment fait-elle sans dents pointues pour mordre la veine de sa victime consentante sans lui déchirer totalement le bras ou le cou ? Les actions des différents protagonistes du livre sont aussi parfois assez aberrantes. Mais dans l'ensemble, le roman se lit avec plaisir. Plaisir toutefois un peu gâché par le fait que le dénouement soit dévoilé dès les premières pages. Le récit est assez linéaire mais donne un agréable divertissement.
Au final, SYLVANA est un petit roman assez plaisant qui ne me laissera sans doute pas un souvenir impérissable mais qui, les premières pages passées, se lit facilement et au final nous offre une bonne petite soirée de sympathique détente d'autant plus que vous pouvez trouver ce petit livre pour un prix dérisoire.


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lundi 3 mai 2010

Benameur, Jeanne : Les Demeurées. (Folio)

La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?
L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

LES DEMEURÉES est le premier roman pour adultes que signe Jeanne Benameur. Auparavant, elle a publié de la poésie (Naissance de l'oubli), des pièces de théâtre (Fille d'Ulysse) et des nouvelles (Une bouffée de lilas), mais surtout de nombreux ouvrages pour la jeunesse (Ça t'apprendra à vivre), tous profondément ancrés dans l'humain et la jouissance de la vie. Laure Anciel.

Quel admirable petit livre ! Loin de verser dans le misérabilisme, il montre que le bonheur ne se trouve pas forcément dans l'intelligence et la culture. En faisant cette découverte, une maîtresse d'école verra ces certitudes basculer et elle ne résistera pas à cette révélation.
L'amour qui unit La Varienne, idiote du village et sa petite Luce, probablement déficiente elle aussi est rendu d'une façon superbement poétique et avec une sobriété dans l'écriture assez étonnante. L'émotion qui se dégage de ce très court roman de moins de 100 pages n'est jamais entachée de mièvrerie. C'est beau, fort, touchant et je vous jure que l'on prend un immense plaisir à la lecture de ce récit.
LES DEMEURÉES est le premier livre que je lis de Jeanne Benameur mais je viens déjà d'en commander un autre (plus épais) bouquin de cette auteur.
Pour moins de deux euros, laissez-vous tenter par cet opuscule. Je suis certain qu'à votre tour vous serez conquis par cette magnifique histoire.



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