Préface de Philippe Mermod : physicien chercheur au CERN, et auteur.

Terre-Zéro, année 9kp du 6e Cycle après Ô².

Des millénaires d’une paix furieuse avaient plongé la terre dans un calme effrayant… Jour et nuit, des hommes et des femmes s’assuraient du bon fonctionnement de la machine sociétale, tandis que d’autres s’acquittaient du sabotage prévu au contrat. Entre deux Crush-parties, les plus zélés travaillaient l’hypocrisie. Les meilleurs éléments finissaient au gouvernement. Maitre Moya devait ainsi son élection à avoir promis d’endiguer la sclérose planétaire, la démographie galopante et l’inquiétante diminution de la misère. Son idée ? Trouver l’ennemi extra-terrestre porteur du chaos idéal ! Ensemble, ils vaincraient la pâle fatalité d’un horizon sans vague… N’en déplaise à L’INDÉLICATESSE DU COSMOS !

De deux choses l'une... soit Eric Lequien Esposti est fou et je me demande comment il a pu déjouer la surveillance de la clinique où il prend un très long repos, soit il s'administre des substances hallucinogènes très puissantes et j'aimerais bien qu'il me donne l'adresse de son vendeur.
Parce que franchement je n'ai rien lu de pareil depuis certaines nouvelles de Robert Sheckley ou Fredric Brown et encore !
L'auteur nous construit un monde totalement dément où la torture est institutionnalisée et se pratique en famille (avec d'ailleurs quelques pages bien senties). Nous suivons donc une famille tout à fait respectable puisque comme cadeau de Noël Sly et sa sœur Nooba (!) offrent à leurs parents une belle seringue infectée par toutes sortes de maladies. En échange, Logan, le père s'offre aux sévices de ses enfants qui, sous l’œil attendrie de Pénélope, l'épouse et mère vont se faire une joie d'étriper leur père en le torturant jusqu'à la mort. Pas de panique, Logan va ressusciter en prenant d'ailleurs du galon.
Et c'est cette douce famille aimante qui va, avec d'autres partir à l'aventure dans un vaisseau spatial en quête d'un ennemi extra-terrestre qui puisse occuper l'humanité d'une manière saine.
Et c'est là que l'auteur nous offre un festival de non-sens, de trouvailles délirantes et de clins d’œil permanents. Nous découvrirons un « Maître Capelo » plus vrai que nature mais aussi un « Bob Bechrel » (inventeur du correcteur lexical vocal temps réel) et même des combinaisons de guerre « bibendum Michelin ». C'est d'ailleurs un tel feu d'artifice que je me demande si une seconde lecture ne serait pas nécessaire pour être bien certain de ne pas être passé à côté d'une idée ou trouvaille savoureuse du style : « C'était son heure, paix à son arme ». Éric Lequien Esposti ne nous laisse jamais dans l’expectative et prend toujours le temps d'expliquer aux ignares que nous sommes les termes du monde qu'il a créé.
Quand je pense qu'il y a encore quelques heures j'ignorais que l'holothêatre était le successeur de la télévision sensorielle 4D à entrelacement au réel ! (C'est con, je venais juste d'en acquérir une et elle est déjà obsolète ! ).
Mais dans ce livre nous assistons aussi à un carnage de cerveaux (qui étaient en fait un corps diplomatique cosmique) et à la piteuse tentative de détruire quelques plantes géantes.
La lecture de ce livre procure un vrai bonheur. L'auteur s'est visiblement amusé et est arrivé à nous faire partager son délire. On se régale du début à la fin et pas une seule page ne se tourne sans apporter son petit moment de joyeuse divagation.
Allez, un petit dernier pour la route. Sur le bouton devant déclencher la batterie d'annulocanons protégeant le vaisseau spatial est inscrit : « Tapotez autant de fois que de mégatonnes souhaitées ».
Moi je n'ai qu'un seul souhait. Que ce premier roman soit suivi de nombreux autres. Ce livre m'a enthousiasmé. Achetez-le!

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