Dans cette rubrique, je vais placer pêle-mêle et dans le désordre les livres qui m'ont marqués, qui ont comptés dans ma vie de lecteur. Cela ira des livres pour enfants aux ouvrages de philosophie en passant par une montagne de romans divers. Tous m'ont laissés un souvenir impérissable.

samedi 24 novembre 2007

Barjavel, René : Le Voyageur imprudent. (Omnibus)

« Mon premier voyage après l'accident me ramena au lieu même où il s'était produit. Sous la coupole, dans la lumière des champignons, les débris de chair de mon maître mettaient leurs taches sombres sur l'or roux de la chevelure de la tête coupée. L'expression de celle-ci n'avait pas changé. Les yeux clos, les lèvres enfin calmées esquissaient un sourire de paix totale. «

  J'ai comme l'impression qu'en ce moment René Barjavel revient à la mode. Ce n'est pas une mauvaise chose pour certains de ces romans mais il me semble qu'il est surtout aimé pour LA NUIT DES TEMPS, roman qui n'est certes pas mauvais mais quand même un peu trop « new age » pour moi.
Par contre, je pense qu'il faut vraiment s'intéresser à RAVAGE, très bon roman apocalyptique, malgré un début un peu vieillot et surtout à ce chef d'oeuvre qu'est LE VOYAGEUR IMPRUDENT.
Le récit commence pendant la deuxième guerre mondiale. Un jeune caporal, Saint-Menoux, qui est aussi un mathématicien est hébergé dans des circonstances étranges par un vieux scientifique infirme, Noël Essaillon et par sa fille Annette. Le savant est en train de mettre au point des scaphandres qui permettront de voyager dans le temps. Et l'aventure commence...
C'est un roman passionnant et original. Il mêle habilement l'aventure, la (pseudo) science et le sentiment. La première partie est plaisante, presque comique et on se régale des aventures du jeune Saint Menoux. Puis le récit devient plus sombre avec même quelques scènes que ne renierait pas un écrivain moderne comme Stephen King, Clive Barker ou Dean Koontz. On plonge vite dans l'horreur et un pessimisme assez étonnant. Quelques allusions au roman précédent de l'auteur (RAVAGE que je conseille également) en fait, non pas une suite mais un prolongement cohérent. La vision du futur par Barjavel est à la fois terriblement sinistre et inquiétant. L'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire un avenir plus que sinistre.
Puis le drame atteint son point culminant vers la fin du roman. L'histoire est vraiment terrible et les événements catastrophiques s'enchaînent sans temps morts. La fin est tout simplement abominable.
Et le roman se termine par un fantastique épilogue décrivant un paradoxe temporel, sans doute un des meilleurs jamais écrits dans l'histoire de la science fiction. C'est à la fois excitant pour l'esprit et terriblement mélancolique.
Barjavel n'a jamais écrit de meilleur roman que celui-ci. C'est un coup de maître. La lecture de RAVAGE puis de ce chef d'oeuvre qu'est LE VOYAGEUR IMPRUDENT offre ce qu'il y a de meilleur dans la littérature fantastique française.
L'édition que je possède est un recueil composé de huit romans de Barjavel dont les deux livres que je vous conseille : RAVAGE et surtout LE VOYAGEUR IMPRUDENT. Outre ces deux titres on peut y trouver : LE DIABLE L'EMPORTE, COLOMB DE LA LUNE, LA NUIT DES TEMPS, LE GRAND SECRET, LE PRINCE BLESSÉ et LA TEMPÊTE.



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jeudi 22 novembre 2007

Barjavel, René : Ravage. (Omnibus)

« De l'autre côté de la Seine une coulée de quintessence enflammée atteint, dans les sous-sols de la caserne de Chaillot, ancien Trocadéro, le dépôt de munitions et le laboratoire de recherches des poudres. Une formidable explosion entrouvre la colline. Des pans de murs, des colonnes, des rochers, des tonnes de débris montent au-dessus du fleuve, retombent sur la foule agenouillée qui râle son adoration et sa peur, fendent les crânes, arrachent les membres, brisent les os. Un énorme bloc de terre et de ciment aplatit d'un seul coup la moitié des fidèles de la paroisse du Gros-Caillou. En haut de la Tour, un jet de flammes arrache l'ostensoir des mains du prêtre épouvanté. « 

Une fois n'est pas coutume, je vais parler ici d'un livre que j'ai lu plusieurs fois certes mais pas récemment. En effet, j'ai décidé de mettre prochainement dans « Ma bibliothèque idéale un chef d'oeuvre de Barjavel : LE VOYAGEUR IMPRUDENT qui fera l'objet de mon prochain billet. Comme RAVAGE lui est antérieur et que d'une certaine manière il lui est relié, j'ai donc décidé de vous en parler.
Il s'agit d'un très bon roman « apocalyptique ». Dans un futur proche (2052) la civilisation a atteint des sommets de technicité et tout ou presque se fait par l'intermédiaire de machines.
C'est cette première partie, décrivant une société « idéale » qui a un peu vieillie et qui est la moins intéressante. Mais ce n'est qu'un préambule.
Brutalement, l'électricité disparaît ! Ou tout au moins est modifiée de telle manière que tout ce qui aidait l'homme à vivre devient totalement inutile... C'est bien sûr aussitôt le chaos et une panique générale subvient aussitôt. Les morts se compte en milliers puis, très vite, en millions. La violence règne sur une humanité en proie à une folie aveuglement destructrice. C'est la fin de la civilisation que nous décrit Barjavel avec une puissance d'évocation rarement égalée. Tueries, pillages... rien n'est épargné au lecteur. C'est dans ce contexte de nouvelle barbarie que quelques survivants s'unissent pour essayer de survivre d'abord puis de s'échapper de la ville ù la vie devient tout simplement impossible. Commence alors un long périple qui doit les conduire dans un havre situé dans le Sud de la France où, pensent-ils ils pourront recommencer à reformer une petite société basée sur l'agriculture. Cet exode est parsemé d'embûches et de pièges terribles dont ils ne sortiront pas indemnes. Des rivalités entre hommes, des attaques extérieures, des phénomènes divers et toujours meurtriers déciment la petite troupe. François, le chef déterminé de la bande est impitoyable, oeuvrant pour le bien général et pour défendre Blanche, sa fiancée.
Tout au long du roman les scènes cauchemardesques se succèdent et le livre passionne littéralement le lecteur. On ne peut s'en détacher avant la fin. Le pessimisme est extrême et on ne peut s'empêcher de comparer la fuite des protagonistes de l'histoire avec l'exode devant l'occupation allemande durant la deuxième guerre mondiale. (Ce livre ayant été écrit en 1942).
La fin est assez représentative de la pensée « pétainiste » sévissant à cette époque. Il est saisissant de voir l'auteur prôner un ordre nouveau basé sur l'obéissance, le travail et la famille. Bien sûr le contexte explique beaucoup mais c'est par moment assez gênant.
Ceci étant dit et malgré un début un peu laborieux qui ne doit absolument pas décourager le lecteur, on a à faire avec RAVAGE à un des meilleurs livres de la science-fiction française. INDISPENSABLE !
La vignette de présentation n'est pas celle de mon livre, recueil de huit (8) romans de l'auteur. Vous pourrez la découvrir en illustration de mon prochain billet consacré au chef d'oeuvre de René Barjavel : LE VOYAGEUR IMPRUDENT.
Je colle donc deux liens vers Amazon. Celui vers RAVAGE et celui vers ROMANS EXTRAORDINAIRES qui contient, outre RAVAGE, Le formidable LE VOYAGEUR IMPRUDENT ainsi que d'autres romans fantastiques ou de science-fiction de l'auteur.
Je vous conseille plutôt d'acquérir ce gros bouquin qui contient l'indispensable de Barjavel.


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vendredi 16 novembre 2007

Calvino, Italo : Marcovaldo (10/18)

Marcovaldo est manoeuvre. Il est pauvre et chargé de famille. Mais il rêve beaucoup. A la nature, surtout, qui n'est guère présente dans l'univers d'asphalte et de béton où il lui faut vivre.
Cela lui vaudra une suite d'aventures et de mésaventures, où on le verra successivement cueillir des champignons à l'arrêt du tram, prendre un bien curieux bain de sable, s'amouracher d'une plante d'appartement singulièrement envahissante, être amené -par un chat dont il est l'ami et, accessoirement, par une truite- à rencontrer une étrange vieille marquise, et faire bien d'autres choses encore. On pourrait dire de Marcovaldo que c'est un Charlot père de famille.

Marcovaldo, homme de peine est un poète. Il vit à la fois dans un monde guère intéressant, le nôtre, et dans un autre, parallèle qui parfois côtoie la réalité.
Il arrive de bien curieuses aventures à Marcovaldo et à sa famille tout au long des vingt petits chapitres de ce livre. Mais dans son univers, la méchanceté est bannie. Seule reste la sagesse du petit, du sans grade, toujours étonné, jamais bluffé par la sinistre grande ville où il vit son quotidien.
Un livre extraordinairement beau, drôle, sympathique tout empreint de douce mélancolie. Un livre poésie qui fait chaud au coeur. Ce Marcovaldo là restera pour toujours dans ma mémoire.
Ce livre est un petit bijou. Il faut le lire et le relire.



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mercredi 26 septembre 2007

Ray, Jean : Malpertuis. (Labor)

" Malpertuis ! C'est la première fois que le nom coule, d'une encre lourde, de ma plume terrifiée. Cette maison imposée comme point final de tant de destinées humaines, par des volontés terribles entre toutes, j'en repousse encore l'image ; je recule, j'atermoie, avant de la faire surgir au premier plan de ma mémoire. D'ailleurs, les personnages se présentent moins patients que la maison, pressés sans doute par la brièveté de leur terme terrestre. Après eux, les choses demeurent, comme la pierre dont se font les maisons maudites. "

Voici un livre qui, pour moi, est tellement indispensable, tellement évident que j'avais négligé de le présenter dans « Ma bibliothèque idéale ». C'est en prenant connaissance de l'excellente critique de Eeguab sur son blog BLOGART (LA COMTESSE) que j'ai eu l'envie de relire pour la n-ième fois ce grand livre.
Il s'agit d'un des plus grands romans de la littérature fantastique. Comme dans les grands classiques du genre, la narration est multiple et se déroule sur plusieurs plans temporels. Après un avant-propos intriguant et terrible, on assiste à la présentation d'une bien étrange famille réunie pour la mort annoncée de l'oncle Cassave, patriarche redouté, qui dicte les conditions de la transmission de son héritage : Malpertuis, cette glaçante maison devra être habitée en permanence par les prétendants à sa fortune.
Et le cauchemar commence...
Une rage infernale hante cette maison maudite et le lecteur est emportée dans un récit fascinant et terrifiant. On ne peut que perdre pied devant les témoignages fébriles des intervenants de ce roman à nul autre pareil. On partage la fièvre des narrateurs et on plonge dans l'horreur de situations d'autant plus inquiétantes qu'elles sont confuses, inexpliquées et effrayantes. Impossible de pouvoir résumer ce livre ni même de tenter d'expliquer les rouages complexes de cette histoire si atypique. Sachez seulement que vous ne pourrez pas lâcher votre lecture avant le dernier mot. Ensuite il vous faudra un long moment pour « digérer » ce monument littéraire.
Mêlant terreur, mythologie et tradition gothique, Jean Ray signe avec ce livre un chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Un livre exigeant, baroque de par sa construction et vraiment terrible par ce qu'il dévoile d'un univers de folie et de mal absolue.
Après cette (re) lecture, je crois que, d'ici peu, je vais me plonger de nouveau dans le monde, si original, de Jean Ray à travers d'autres nouvelles et romans.
En attendant, je ne peux que vous conseiller la lecture de MALPERTUIS, immense oeuvre de « l'école belge de l'étrange ».



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lundi 21 mai 2007

Doderer, Heimito, von :Les Fenêtres éclairées. (Rivages)

On peut être un homme respecté, avoir mené une vie exemplaire, avoir fait carrière dans l'administration en gravissant tous les échelons du mérite, et se retrouver pourtant nu quand sonne l'heure de la retraite. Comme un ange déchu, l'inspecteur Julius Zihal «tomba d'abord dans un espace vide, une sorte de zone intermédiaire, un étrange no man's land intercalé entre une autorité mystique, ou du moins mystérieuse, et la vie». Pour se protéger de cette vie qui le désoriente mais dont il est curieux et qui l'attire comme ces silhouettes entraperçues le soir dans l'encadrement de fenêtres éclairées, il va peu à peu tisser autour de lui un cocon d'où n'émerge, à la lueur de la lune, que le tube oblique d'une lunette indiscrète. Occupé à cataloguer ces étoiles terrestres, enfermé dans un système astronomico-administratif patiemment élaboré nuit après nuit, il ne verra pas venir la chute. Elle aura des conséquences inattendues.
On retrouve dans ce court roman aux apparences de tragi-comédie le thème central de l'univers de Doderer : la découverte de soi, la marche vers l'authenticité. L'analyse du cas Julius Zihal est conduite avec la précision, la jubilation et l'humour qui caractérisent cet auteur viennois que l'on n'a pas fini de découvrir.

Ce livre est un petit bijou ! Je l'avais déjà lu il y quelques années mais j'en avais oublié le titre... et l'auteur. C'est donc par un pur hasard que je l'ai retrouvé à la bibliothèque municipale. La seconde lecture a tout de suite confortée ma première opinion. C'est un de ces livres que l'on déguste avec gourmandise tellement l'écriture en est belle et délicate. Quand au récit ! Il conte avec brio l'histoire d'un tout récent retraité qui devient voyeur et, la nuit venue espionne grâce à des jumelles ses proches voisins. Beaucoup d'humour mais aussi de réflexion et, encore une fois, une écriture superbe.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler l'intrigue mais sachez que le livre se dévore d'une seule traite.
Bon, cette fois le bouquin ne m'échappera plus. je vais l'acheter car ce livre est de ceux qu'il faut absolument posséder pour pouvoir de temps à autre en relire ne serait-ce que quelques pages. Je vais aussi essayer de me procurer d'autres ouvrages d'Heimito von Doderer.

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dimanche 13 mai 2007

Boulgakov, Mikhaïl : Le Maître et Marguerite. (Robert Laffont)

Écrit sous la terreur par un homme malade et désespéré, " Le Maître et Marguerite " a mis vingt-cinq ans pour s'imposer comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature russe et devenir un livre culte dont la construction diabolique n'a pas fini d'enchanter les lecteurs. Comment définir un mythe ? Les personnages de ce roman fantastique sont le diable, un écrivain suicidaire, un chat géant, Jésus et Ponce Pilate, la plus belle femme du monde...
On y trouve des meurtres atroces et des crucifixions. C'est une satire acerbe, une comédie burlesque, une parodie politique, un poème philosophique dévastateur avec des fantômes et des transformations magiques. Mais cette fantasmagorie baroque, ce film noir, cette vision d'apocalypse est aussi l'une des plus belles histoires d'amour jamais écrites.

Ce gros roman est à la fois le chef d'oeuvre de Mikhaïl Boulgakov et un des romans «phares » de la littérature, non seulement russe, mais mondiale. Sa complexité est réelle mais, comme pour tous les grands romans, ne génère aucune difficulté, aucune gêne dans sa lecture. Celui qui commence à entrer dans Le MAÎTRE ET MARGUERITE ne peut plus se séparer du livre avant d'en avoir tourné la dernière page.
Si il y a bien un roman qui soit inclassable c'est bien celui-là. Une belle histoire d'amour, un délire fantasmagorique, un long poème mythologique, une analyse virulente du régime soviétique, un « anti »ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, ou tout simplement un formidable récit fantastique, il est tout cela à la fois et bien plus encore...
On est émerveillé à la lecture de cette oeuvre inspirée et torturée ou le burlesque de certaines situations ne doit pas faire oublier le dramatique de l'ensemble. On pense au FAUST de Goethe, en même temps qu'à une pièce satirique de Molière. Le démoniaque côtoie le merveilleux et on est emporté par un tourbillon d'événements ahurissants.
Impossible de résumer le roman mais sachez que vous y croiserez Wolland, un mystérieux étranger expert en magie et son incroyable équipe, un poète, Berlioz, un curieux directeur de revue littéraire, un écrivain interné dans un hôpital se faisant appeler « Le Maître », Ponce Pilate en personne, un chat noir qui parle... et bien sûr Marguerite, obsédée par Le Maître et qui, pour l'amour de celui-ci, se laisse entraîner par des forces démoniaques dans une course folle. Vous assisterez à des incendies et toutes sortes d'événements incroyables et insensés où la logique n'a guère de place. Quoi que...
vous l'avez compris, ce livre, est inracontable. Sachez seulement qu'il est totalement indispensable à qui se pique d'une certaine culture littéraire. J'espère vraiment vous avoir donner l'envie de découvrir cette oeuvre extraordinaire à tous les points de vues.
Achetez le, lisez le, vous ne le regretterez pas.



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mardi 27 mars 2007

Hamsun, Knut : La Faim. (Le Livre de Poche /Biblio)

« La seule chose qui me gênât un peu, c'était, malgré mon dégoût de la nourriture, la faim quand même. Je commençais à me sentir de nouveau un appétit scandaleux, une profonde et féroce envie de manger qui croissait et croissait sans cesse. Elle me rongeait impitoyablement la poitrine ; un travail silencieux, étrange, se faisait là-dedans. »

C’est un livre étrange est fascinant que celui-là. L’histoire d’un petit écrivain, sans doute raté, qui essaie pourtant de survivre avec sa plume. Nous suivons son inexorable descente au plus profond de la misère. Ses périodes d’euphories, de lassitude, d’épuisement aussi bien physique que psychique. Son incroyable fierté et son ahurissante honnêteté malgré le dénuement le plus complet force notre respect. Mais on est aussi agacé par la naïveté de ce jeune homme et son besoin de reconnaissance. Et sa perpétuelle et exténuante recherche du souffle, de l’inspiration qui lui permettra d’écrire un article, un essai qui pourrait lui rapporter quelques couronnes scotche le lecteur comme rarement un roman peut le faire.
Et on assiste au naufrage de ce pauvre parmi les pauvres. Sa quête de plus en plus vaine presque dérisoire de quelques piécettes qui pourraient le faire survivre. La vente de son gilet, puis de quelques boutons montre à quel point il est tombé. Il rencontre la pitié aussi bien que l’indifférence ou le mépris. Et son effroyable orgueil le pousse, la plupart du temps, à rejeter avec morgue les quelques tentatives que font de bonnes âmes pour le secourir. Il lui arrive même à faire la charité à autrui !
Au cœur de cette descente aux enfers, une curieuse histoire d’amour le consume. Et c’est là que le récit est extraordinaire. Est-ce un amour réel ou l’invention d’un esprit malade de privations ? La fin du livre le voit vaincu s’engager comme matelot sur un trois-mâts à destination de Leeds. On sent que sa fuite de Christiania vers l’Angleterre ne verra pas la fin de ses tourments.
Ce livre très réaliste et pourtant traité d’une façon quasi fantastique est un chef d’œuvre de la littérature norvégienne du XIX° siècle. L’écriture en est tout simplement enchanteresse et lumineuse. Bref, je vous conseille fortement, si vous ne l’avez pas encore lu, d’ajouter ce livre à votre liste d’achat. Non, en fait je vous l’ordonne.
:dents:
Merci à Oggy De m’avoir remit en mémoire ce grand bouquin. Du même auteur, je conseille « PAN » que je ne tarderai pas à relire.


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jeudi 8 mars 2007

Céline, Louis-Ferdinand : Voyage au bout de la nuit. (Gallimard)

Le VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est non seulement un livre qui marqua d’une façon notable son époque mais c’est aussi un grand roman « moderne » qui est devenu un classique de la littérature. On aime ou on déteste Céline peut-on lire un peu partout. Pour ma part, je considère que VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est un immense livre, MORT Á CRÉDIT , un grand livre et je mets un peu à part d’autre écrits de l’auteur qui vont du banal au remarquable. Il est vrai que l’auteur lui-même est par certains aspects un personnage de roman et son antisémitisme notoire et sa collaboration avec les allemands durant la deuxième guerre mondiale ont fait couler beaucoup d’encre.
Mais c’est de l’œuvre qu’il faut parler.
Ce livre est étonnant dans la forme et dans le fond. La forme car l’écriture de Céline est caractéristique et ne ressemble à aucune autre. La syntaxe est souvent tordue et le rythme des phrases s’apparente à l’urgence pour donner un style proche de la BD avec force points d’exclamations (moins que dans ses romans suivants cependant.) Des mots sont inventés de toutes pièces un peu comme le feront par la suite Perec ou Vian. On est emporté dans ce roman comme par un tourbillon. Chaque page offre un rebondissement, une énigme, une nouveauté. Ici encore on pense à la BD. Le héros, Bardamu étant un anti-Tintin.
VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT nous fait vivre les tribulations d’un aventurier aux quatre coins de la civilisation occidentale : Bardamu.
S’étant engagé dans l’armée, le narrateur, jeune homme naïf, est blessé, puis réformé, après avoir participé aux combats de 1914. Il part ensuite pour les colonies et travaille, en Bambola-Bramagance, pour la compagnie Pordurière. Incapable de rendre des comptes de sa factorie, il y met le feu. Pendant une maladie qui le fait délirer, les noirs le vendent au capitaine d’un bâtiment espagnol. Débarquant illégalement à New York, il séjourne à Manhattan avant de gagner Detroit où il devient ouvrier dans une usine Ford. Amant de cœur d’une prostituée, il fuie à nouveau et regagne la France où il achève ses études de médecine. Il ouvre un cabinet à La Garenne-Rancy et, comme médecin dispensaire il se compromet dans une affaire de famille crapuleuse. Ruiné il travaille comme figurant dans un music-hall, devient l’amant d’une danseuse, fait un petit tour par Toulouse avant de se faire embaucher comme médecin dans un asile d’aliénés…
Ce livre est un cri de désespoir très noir qui possède une force considérable. C’est un sommet de la littérature française mais aussi une rupture avec le ton habituel de celle-ci. Le ton est ironique, dur, cruel même. Entre la guerre et l’usine, on assiste bien à la fin de l’innocence. L’auteur ayant lui-même goûté aux joies de la première guerre mondiale et étant médecin, on sent bien le vécu à travers le roman. Roman qui obtint à sa sortie en 1932 le Prix Renaudot, le Goncourt lui ayant échappé de quelques voix.
Un livre marquant qui doit se trouver dans toute bibliothèque digne de ce nom.



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samedi 18 février 2006

Guilloux, Louis : Le Sang noir. (Gallimard)

Le Sang noir est l'histoire d'une journée de 1917, dans une ville provinciale de l'arrière. C'est à travers le calvaire du professeur de philosophie Merlin, dit Cripure (à cause de la Critique de la raison pure), le tableau d'une société de pharisiens, de grotesques, de haïssables, en face de gentils, de révoltés, de victimes. Cripure, lui, s'il a été un révolté, ne l'est plus guère. Il est la caricature d'un homme à la fin d'une civilisation, un homme extrêmement pitoyable. Moqué par ses élèves, vivant avec une gothon, sachant qu'une révolution se lève à l'Est, trop tard pour lui, haï par tous les patriotes de l'arrière, il veut se battre en duel, dans un dernier sursaut. Et, comme on le prive de ce duel et de son honneur, il ne lui reste plus que le suicide. Cripure qui, la nuit, dans son sommeil, entend une voix de femme lui demander : " Pourquoi as-tu envie de pleurer ", est une des figures les plus présentes qu'un romancier ait jamais créées. Il a beau sortir du roman, grotesquement vautré dans une troïka lamentable, agonisant, lentement escorté à travers la ville, jusqu'à l'hôpital, par deux agents cyclistes, il ne sera jamais oublié. Bien que retentissant des problèmes de 1917, Le Sang noir est un roman métaphysique, plus que politique. Cette dimension métaphysique et le foisonnement des personnages : Cripure, Maïa, Nabucet, Moka, Lucien... font du Sang noir le roman le plus dostoïevskien de la littérature française.
Le chef-d'oeuvre d'un écrivain de sensibilité anarcho-communiste. Un roman de "l'humiliation et de la colère" (selon A. Meyer), qui a pour cadre une petite ville française, à l'époque d'une guerre qui n'en finit plus (1917), à la recherche d'un bouc émissaire: ce sera Cripure, figure dostoïevskienne et inoffensif professeur auquel on fera payer cher son non-conformisme. (L’éditeur)

Louis Guilloux était un auteur incontournable des années 30. LE SANG NOIR, sans doute le plus connu de ses livres, est une œuvre qui devrait être lue par tous. Ce roman est bien plus qu’une critique et une dénonciation des élites de la société de l’époque, bien plus que la confrontation entre les hommes « non-combattants et la guerre. Le patriotisme insensé et souvent hypocrite de certains qui se déchaîne contre le détachement affiché de Cripure, sorte de « bouc émissaire » de la société en général est dans ce magnifique gros roman admirablement rendu.
Le livre est une analyse psychologique des habitants d’une petite ville de province pendant la Grande Guerre. Certains passages glacent le sang. D’autres sont loufoques et prêtent à rire. Les descriptions des personnages sont souvent savoureuses et la lecture de ce récit passionnant est un pur moment de bonheur. La richesse mais aussi la rigueur du style de Louis Guilloux est totale et ce roman bouleversant (très moderne dans le fond et la forme) laisse un souvenir impérissable.
Une lecture indispensable.



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jeudi 16 février 2006

Meyrink, gustav : Le Golem. (GF Flammarion)

1915. Tandis que la Première Guerre mondiale ensanglante l'Europe, un auteur quasiment inconnu publie son premier roman, qui connaît un succès foudroyant.
Placé sous le signe du Golem, cette créature d'argile façonnée jadis par un rabbin, et qui revient hanter la ville tous les trente-trois ans, le livre ressuscite la Prague du tournant du siècle : Prague et son ghetto, rasé quelques années avant la guerre par des autorités soucieuses d'« assainissement ». Dans ses rues tortueuses où sont tapis des êtres fantastiques, dévorés par la passion et la haine, des crimes se commettent, tandis que les couples dansent dans des cabarets sordides. La folie sourd des vieilles pierres... elle poisse les songes et les souvenirs, elle sème sous les pas des passants des arcanes indéchiffrables. Jusqu'où le narrateur ira-t-il pour se libérer de son emprise et connaître enfin son destin ? (L’éditeur)

C’est assez récemment, grâce à une amie que j’ai découvert ce livre. Je ne connaissais que le film « Der Golem » de Paul Wegener, véritable chef d’œuvre du cinéma « expressionniste » allemand, un film muet de 1920 que j’avais visionné plusieurs fois.
De Meyrink, je n’avais lu que quelques nouvelles dans diverses anthologies consacrées à la littérature fantastique.
Comment ai-je pu passer si longtemps à côté de ce roman aussi génial que célèbre est un mystère…
Mêlant habilement le mythe populaire à un impressionnant mélange de descriptions de la vie dans le ghetto juif de Prague, d’une histoire d’amour, de fantômes, d’occultisme et des considérations philosophiques, Gustav Meyrink a ici réussi un roman de la trempe de « Frankenstein » de Mary Shelley (Mais Frankenstein étant le résultat d’un assemblage de morceaux de corps humains est un livre de science-fiction alors que le golem est lui créé par des incantations rituelles sur de l’argile est donc un livre fantastique). Un véritable cauchemar que ce Golem qui revient tous les trente trois ans hanter les ruelles du ghetto. Une entité dont nul ne peut se souvenir de l’apparence. Ainsi quand Athanasius Pernath, le héros du livre, se vit confier un livre à restaurer par le Golem, à peine la porte franchie qu’il ne pouvait se rappeler de son aspect.
L’écriture est dense et prenante. Des poses dans l’action permettent quelques réflexions toujours bienvenues du style : « La vie entière n’est rien d’autre que des questions devenues formes qui portent en elles le germe de leur réponse… et des réponses grosses de questions. Celui qui y voit autre chose est un fou. »
L’ensemble donne un gros bouquin touffu, foisonnant d’idées et très plaisant à lire. Une ambiance onirique très sombre plane en permanence sur ce magnifique ouvrage.
Un livre que je vous engage à lire si ce n’est déjà fait.



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dimanche 5 février 2006

Prévert, Jacques : Paroles & Histoires. (Folio)

CHANSON DANS LE SANG

Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s'en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors
si sage... si monotone...
Non la terre ne se saoule pas
la terre ne tourne pas de travers
elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
la pluie... la neige...
le grêle... le beau temps...
jamais elle n'est ivre
c'est à peine si elle se permet de temps en temps
un malheureux petit volcan
Elle tourne la terre
elle tourne avec ses arbres... ses jardins... ses maisons...
elle tourne avec ses grandes flaques de sang
et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent...
Elle elle s'en fout
la terre
elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
elle s'en fout
elle tourne
elle n'arrête pas de tourner
et le sang n'arrête pas de couler...
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres... le sang des guerres...
le sang de la misère...
et le sang des hommes torturés dans les prisons...
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman...
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons...
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit
Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né... avec l'enfant nouveau...
la mère qui crie... l'enfant pleure...
le sang coule... la terre tourne
la terre n'arrête pas de tourner
le sang n'arrête pas de couler
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués... des humiliés...
des suicidés... des fusillés... des condamnés...
et le sang de ceux qui meurent comme ça... par accident.
Dans la rue passe un vivant
avec tout son sang dedans
soudain le voilà mort
et tout son sang est dehors
et les autres vivants font disparaître le sang
ils emportent le corps
mais il est têtu le sang
et là où était le mort
beaucoup plus tard tout noir
un peu de sang s'étale encore...
sang coagulé
rouille de la vie rouille des corps
sang caillé comme le lait
comme le lait quand il tourne
quand il tourne comme la terre
comme la terre qui tourne
avec son lait... avec ses vaches...
avec ses vivants... avec ses morts...
la terre qui tourne avec ses arbres... ses vivants... ses maisons...
la terre qui tourne avec les mariages...
les enterrements...
les coquillages...
les régiments...
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.

Prévert !
Comment ne pas avoir quelques recueils de ce poète dans sa bibliothèque ?
Un auteur populaire dans le bon sens du terme. Depuis longtemps ses œuvres ont du succès. Une estime méritée car si ses écrits sont limpides et accessibles à tous et que souvent c’est avec Jacques Prévert qu’un jeune collégien fera l'apprentissage de cet art, ses poésies magnifiques n’en sont pas moins de brillants et talentueux éléments de la littérature française.
Le style est lumineux, les poèmes clairs et d’une simplicité qui n’empêche absolument pas la profondeur. Bref, Prévert était un anarchiste qui a écrit des livres qui ne prennent pas la poussière sur des rayons élevés d’une bibliothèque à l’abri d’une belle reliure. Ce sont des bouquins à lire et relire.
Vous pouvez lire ces deux livres magnifiques mais aussi SPECTACLES, LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS ou le formidable FATRAS. Bref toute son oeuvre.
Un dernier pour la route.


LA PLAGE DES SABLES BLANCS

Oubliettes des châteaux de sable
Meurtrières fenêtres de l'oubli
Tout est toujours pareil
Et cependant tout a changé
Tu étais nue dans le soleil
Tu étais nue tu te baignais
Les galets roulent avec la mer
Et toujours toujours j'entendrai
Leur doux refrain de pierres heureuses
Leur gai refrain de pierres mouillées
Déchirant refrain des vacances
Perdu dans les vagues du souvenir
Déchirants souvenirs de l'enfance
Brûlée vive par le désir
Merveilleux souvenir de l'enfance
Éblouie par le plaisir.

PAROLES :
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HISTOIRES :
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vendredi 3 février 2006

Chesbro, George : Bone. (Rivages/Noir)

Qui est Bone ? Un parmi les milliers de sans-abri qui hantent les rues de New York ? D'où vient le fémur humain qu'il tient dans la main ? De quel enfer revient-il ? Qu'y a-t-il vu pour perdre la parole et la mémoire ? Pourquoi son apparition dans Manhattan semble-t-elle être à l'origine d'une série de meurtres sanglants ? Est-il le tueur maniaque qui décapite les clochards pendant la nuit ?
Un thriller émouvant, qui est aussi un véritable cri d'alarme sur une société qui laisse mourir quotidiennement de faim et de froid ses membres les plus démunis. (L’éditeur).

Georges C. Chesbro est un écrivain extraordinaire. Il a notamment créé le personnage de Mongo, un nain détective, ancien acrobate de cirque. Tous ses bouquins sont des livres policiers formidables qui versent souvent dans le fantastique.
Ce livre est sans doute le meilleur de l’auteur. L’intrigue nous emmène dans le dédale des sous-bassements et souterrains de New York avec ses sans abris alcooliques, ses désespérés, ses tueurs déments et tout un monde ignoré de la surface. Le rendu de la communauté impitoyable des SDF est ahurissant. Bone, le héros est un amnésique plus qu’attachant. Est-il un tueur ? Le mystère est total. L’ambiance du bouquin est pesante, le suspens haletant et jusqu’au bout on croit à l’intervention du surnaturel.
Un livre étonnant de par la maîtrise et la virtuosité de l’auteur. Un thriller terrifiant à lire absolument.



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jeudi 26 janvier 2006

Vautrin, Jean : Le cri du peuple. (Grasset)

« Á travers les mille péripéties de son roman, ses intrigues amoureuses, ses intrigues politiques, ses explosions langagières, Jean Vautrin donne une ampleur étonnante à toutes les modulations de ce cri du peuple, jailli du plus profond de la déchéance et du désespoir, cri de haine et cri d’amour indissolublement confondus. » Pierre Lepape, LE MONDE. (quatrième de couverture)

Jean Vautrin, dans ce livre nous plonge dans le Paris de la Commune, cette aventure révolutionnaire authentiquement populaire. Il nous faire vivre cet événement dans tout son esprit et sa truculence. Il ressuscite avec talent ce pan essentiel de notre histoire et l'ambiance du Paris à la fin du XIX° siècle. LE CRI DU PEUPLE fait irrésistiblement penser aux romans feuilletons de cette époque avec ses chapitres courts, ses rebondissements incessants et ses personnages hauts en couleur. C’est la littérature de tradition populaire qu’il fait revivre ici. Le livre commence déjà avec plusieurs énigmes et une nuée de personnages: Gueule d'amour, Fil de fer, Caracole, Œil de velours... Grondin, ancien bagnard devenu chef de la Sûreté cherche à se venger. Mais de qui ? Tarpagnan, le jeune capitaine passé du côté des insurgés est amoureux de Caf’conc’ une belle chanteuse révolutionnaire. Le commissaire Mespluchet, et son adjoint finiront-ils par découvrir l'assassin de la noyée du pont de l'Alma ? Les récits passionnants se multiplient sans nous faire oublier la Grande Histoire. Et les héros de fiction côtoient les personnages de nos livres d'histoire, les Jules Vallès, Claude Monet, Louise Michel... Au comptoir des bistrots ou sous la mitraille, c'est notre Histoire qui nous saute à la figure. Dans une écriture à la « Céline ». Vautrin a tout compris du roman populaire et met son talent au service de celui-ci. Ce livre truculent est le fils du COMTE DE MONTE CRISTO et du JUIF ERRANT. Des MISÉRABLES et de LA PORTEUSE DE PAIN. C’est un bouquin « canaille », une plongée au plus profond de cette tragédie qu’était La Commune de Paris, qui ravira les amateurs de belles histoires bourrées de rebondissements et les connaisseurs en littérature (Vautrin écris plus que bien).
Ce livre est un régal !
Je viens de me procurer à la bibliothèque les quatre tomes de la BD de Tardi tirée de ce livre. Je pense que la rencontre de cette œuvre et de ce formidable dessinateur sera à la hauteur.



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mardi 24 janvier 2006

Duncan, David James : La vie selon Gus Orviston. (Albin Michel)

Lorsque Gus Orviston, jeune prodige de la pêche à la mouche, claque la porte de la demeure familiale, il sait qu'il n'y remettra plus les pieds. Finies les ridicules querelles de ses parents, à lui la liberté et les eaux sauvages de l'Oregon. Sur son chemin, l'attendent de drôles d'oiseaux : un vieil Indien, un philosophe et son chien savant Descartes, une souris qui chante, un cadavre et une énigmatique "pêcheuse" qui l'enverra au coeur de la nuit remonter la rivière en compagnie d'une femelle saumon.
Invitation à la philosophie de la vie, célébration de la nature et de la liberté, l'autobiographie de Gus Orviston, assurément l'un des personnages les plus attachants de la littérature américaine contemporaine, est unique d'irrévérence, d'humour et d'intelligence. Ce premier roman, devenu un livre-culte aux États-Unis, a imposé d'emblée David James Duncan aux côtés de Richard Brautigan et de John Irving.
Bien au-delà d'une autobiographie imaginaire, un livre de sagesse qui est devenu un "classique" aux Etats-Unis. (L’éditeur)

Ce livre merveilleusement bien écrit est une fable écologique mais aussi une petite leçon de philosophie et un hymne à la vie et à la nature. Un bouquin bourré d’humour mais extrêmement intelligent. L’écriture est lumineuse et subtile, le récit soutenu, drôle et inventif. Une œuvre brillante qui narre le chemin que doit faire le héros avant de découvrir, grâce à une apparition féerique, la paix et une vie d’épanouissement dans une existence toute entière dédiée au bonheur.
Un livre optimiste à dévorer.
Un livre que je suis absolument certain de relire.



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samedi 21 janvier 2006

Baricco, Alessandro : Novecento : pianiste. (Mille et une Nuits)

Novecento n’a jamais connu d’autre univers que la mer. Devenu pianiste sur ce bateau dont il ne descend jamais, il en devient un rouage et n’existe qu’à travers lui. Virtuose enflammant les « Roaring Twenties », défiant Jelly Roll Morton « l’inventeur du jazz » Novecento joue une musique jamais entendue, merveilleuse, à laquelle il restera lié pour l’éternité.

C’est une histoire troublante, touchante et assez extraordinaire que celle de cet homme qui refuse le monde extérieur et qui passe sa vie entière sur le même bateau.
Un monologue d’une finesse stupéfiante qui tient du chef-d’œuvre.
De cet auteur, je mettrai bientôt aussi dans cette rubrique le fabuleux CHATEAU DE LA COLÈRE., autre « Grand » livre de Alessandro Baricco.



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